La Cour pénale internationale est une juridiction possible lorsque les justices nationales ne traitent pas ces affaires de violences sexuelles lors de conflit.
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Par RFI Publié le 25-11-2019 Modifié le 25-11-2019 à 04:23

La Fédération internationale des droits de l’homme a publié un rapport vendredi sur les procédures judiciaires dans les affaires de violences sexuelles en Afrique. La FIDH constate dans ce rapport que les crimes commis en période de crise ou de conflit restent toujours impunis.
En Guinée, dix ans après le massacre du 28 septembre 2009, avec 157 morts et une centaine de femmes violées, le procès des responsables n’a toujours pas commencé. Au Kenya, les victimes des violences sexuelles pendant la crise post-électorale de 2007 n’ont pas encore obtenu réparation.

« Le facteur principal est souvent le manque de volonté politique. C’est-à-dire que compte tenu du contexte politique, les dirigeants n’ont pas forcément intérêt à faire avancer ces procédures. Comme dans le cas du Soudan, où ce sont les responsables des crimes de masse qui ont été commis qui étaient à la tête de l’État », témoigne Daisy Schmitt, responsable des droits des femmes à la Fédération internationale des droits de l’homme.

Autre cas emblématique : la Libye contemporaine. Des ONG s’activent pour lutter contre la violence faite aux femmes. Fadwa al-Aawar, présidente de l’ONG Al-Kamel, organise à partir de ce 25 novembre une compagne de dix jours dans le pays pour sensibiliser la femme sur ces droits…

« Dans les zones de conflits, les femmes sont victimes de violence verbale et physique. Elles subissent les menaces des hommes armés… Elles subissent encore plus de violence dans le conflit libyen en raison du chaos et de l’absence de l’état de droit. Nous avons remarqué que cette violence a beaucoup augmenté depuis 2011. Lors des combats, les belligérents considèrent les femmes comme des proies, des possessions, et elles ne sont plus traitée en tant qu’être humain.
Les cas d’enlèvements, de viols, de séquestrations et de divorces en raison de violences conjugales se sont multipliés. Nous, nous agissons, avec nos humbles moyens, contre cette violence, et cette année, nous menons une campagne télévisée. On informe les femmes sur leurs droits à se défendre. Nous encourageons les Libyennes à s’insurger pour dénoncer cette violence. Nous sommes cependant confrontés à des problèmes : dans la société libyenne, les femmes craignent de parler et préfèrent se taire. »

L’option de la CPI

Et quand les justices nationales sont défaillantes, les instances internationales peuvent être une solution pour les victimes. Même si la Cour pénale internationale n’a pas toujours agi sur le sujet, Daisy Schmitt note des améliorations : « On voit que les crimes sexuels sont davantage pris en compte par la Cour, et ça permet de donner un espoir aux victimes. Parce que cette cour est une juridiction de dernier recours, et lorsque les justices nationales échouent, il reste encore potentiellement l’option de la CPI. »

Pour la Fédération internationale des droits de l’homme, une meilleure formation des acteurs du système judiciaire et des politiques plus ambitieuses dans les pays africains sont les principales solutions pour que ces crimes ne soient plus impunis.

■ Les étudiants kenyans ont lancé depuis le 19 novembre 60 jours d’action contre le harcèlement sexuel sur les campus scolaires

C’était une première. Il y a quelques mois, plusieurs organisations ont mené un sondage auprès de 1000 étudiants. Résultat : la moitié des femmes et un quart des hommes disent avoir été victimes de harcèlement sexuel par un employé de l’université, en majorité un professeur. Eglar Mokera à 23 ans. Étudiante en géographie, elle participe à la campagne.

« Imaginons que j’estime avoir reçu une note injuste à un examen. Quand je vais voir le professeur pour qu’il réexamine ma copie, il va chercher des faveurs sexuelles en échange. Ça commence par une invitation à boire un café, mais vous découvrez qu’il attend totalement autre chose. Pour éviter une mauvaise note, certaines étudiantes succombent aux demandes par désespoir. C’est comme du chantage. »

Même si le phénomène est connu, très peu de faits sont signalés par les étudiants, alors que les institutions elles brillent par leur inaction. « Les étudiants se taisent car ils craignent les conséquences sociales négatives, la stigmatisation des victimes. On commence à vous traiter de prostituée. Par ailleurs aucune mesure n’est prise car les universités veulent protéger leur image pour avoir plus d’étudiants. Enfin les personnes chargées d’appliquer ces règles sont elles-mêmes impliquées. Donc le cycle du harcèlement sexuel continue, et rien n’est réglé », analyse Macrine Ondigo, d’Action Aid Kenya.

La campagne vise à obtenir une série de mesures standardisées dans toutes les universités du pays : une sensibilisation pour les nouveaux inscrits, des formations annuelles pour le personne, l’ouverture d’un bureau spécial dans chaque université ou encore la création d’un comité d’enquête spécialisé dans le harcèlement sexuel.