L’UNION AFRICAINE

N’A RIEN A VOIR AVEC

LE PANAFRICANISME

 

 Publié par Frédéric Ganapamo le 31 octobre 2018

L’une des plus proéminentes séquelles de la colonisation est le morcèlement de l’Afrique en de petits états exhibant des difficultés chroniques à fonctionner. Le Panafricanisme de Marcus Garvey, George Padmore et Kwame Nkrumah fut le premier mouvement qui s’était assigné comme objectif de résorber cette anomalie. 

Certes, il eut existé des périodes durant lesquelles le territoire africain a été organisé en fédérations mais les causes de ces changements dépendaient du bon vouloir du colonisateur : Par exemple entre 1944 et 1958, les territoires d’outre-mer eurent existé à partir de la conférence de Brazzaville de 1944, avant d’être modifiée par la Loi-cadre de Gaston Defferre en 1956. Ensuite l’union fut rebaptisée communauté par le Général De Gaulle, en 1958, par voie référendaire (Wamba-dia-Wamba, 1996). Ce référendum de 1958 signifiait surtout la fin des grandes entités fédérales qu’étaient l’Afrique Occidentale Française et l’Afrique Equatoriale Française (AOF et AEF ; Ndoye, 1995). Donc, Charles De Gaulle décidait la balkanisation de l’Afrique noire en accordant des semi-souverainetés aux territoires francophones, les associant ensuite à la France sous forme de communauté franco-africaine. 

Créer un grand état fédéral en Afrique est un projet salutaire mais qui, à l’époque, butait contre, le déficit en cadres africains adéquatement formés pour gérer les institutions et l’administration d’un pays moderne. Cette carence était très prononcée durant la période allant des dernières années de la colonisation au début des indépendances. Ce fut l’acuité de cette situation qui avait amené les concepteurs du grand état fédéral africain à envisager une forme de gouvernement dont les membres auraient dû être les Africains de la diaspora notamment ceux appartenant à l’Association universelle pour l’amélioration de la condition de vie du nègre (Universal Negro Improvement Association ; UNIA ; Mboukou, 1983). Le slogan « l’Afrique pour les Africains d’ici et d’ailleurs » résumait cela. 

Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans cette configuration. L’Afrique s’est depuis dotée d’un réseau formel de cadres capables d’assumer divers niveaux des responsabilités dans le fonctionnement d’un état fédéral. Par conséquent, l’enjeu de l’heure pour les partisans des Etats-Unis d’Afrique est de repréciser cet idéal en lui donnant un contenu clair, un agenda cohérent et une méthode pour le mener à bien. Il leur faudra convaincre sur les avantages pratiques de ce supra-état africain sachant que la taille d’un pays n’est pas un indicateur fiable de sa prospérité (Le Singapour 719 km2, PIB  323, 91 milliards USD (2017) et le Nigeria 923 768 km2 PIB 375,77 milliards USD) (2017), ni que le fait qu’un pays soit très peuplé suffirait à le rendre florissant (Nigeria 190 632 261 habitants (2017) et le Singapour 5 888 926 habitants (2017). Ils doivent s’efforcer de dépasser le cadre accessoire des attributs de souveraineté notamment la monnaie dont certains ont fait leur objectif principal. Ils ont l’obligation d’argumenter sur la manière de juguler les handicaps associés aux petits états africains en constante instabilité, mais aussi ceux observés chez la plus grande entité fédérale africaine du moment qu’est le Nigeria. 

Quoiqu’il en soit, l’avènement d’un grand état fédéral en Afrique sera plus difficile aujourd’hui que pendant les premières années de l’indépendance, et pour cause : Les disparités entre les états d’une part, et d’autre part les divergences de stratégies entre les organismes sous régionaux se sont accentuées. 

Par ailleurs, l’existence des communautés économiques régionales (CER) présentées par l’Union Africaine (UA) comme « les catalyseurs de l’intégration régionale pour le développement de l’Afrique », suggère que le consentement sur la mise en place de cette fédération d’états Africains s’est fait sur des bases économiques (ACBF ; Rapport 2016). Or cette approche qui présente les mêmes caractéristiques que celle empruntée par l’Union Européenne (UE), n’est pas une garantie de réussite. En effet, contrairement à l’Europe, l’Afrique n’a pas les moyens de supporter les conséquences d’une intégration régionale qui ne privilégie que les aspects économiques et financiers. Car, pour arriver au stade où elle est actuellement, l’UE a dû transférer avec une ampleur rare, depuis les années 1970, des richesses vers des régions défavorisées. Entre 2000 et 2020, elle est en passe de dépenser environ 858 milliards d’euros (992 milliards USD) dans le but reconstituer une Europe politiquement et économiquement unifiée. Cet effort n’a pas empêché la réémergence du nationalisme qui met en danger la survie du grand projet européen (Norman et Hinshaw, 2018). 

Ce qui précède incite à la prudence mais surtout cela révèle à quel point l’UA ne saurait être une émanation des idéaux panafricains originels, si l’on se fie à la définition la plus inclusive du Panafricanisme que propose l’historien Ouest Africain P. Olisanwuche Esedebe et qui est la suivante : « Le panafricanisme peut être décrit comme un phénomène politico-culturel qui, à ses débuts, considérait l’Afrique, les Africains et les personnes d’origine africaine comme une unité. Il a toujours visé à la régénération et à l’élévation de l’Afrique et à la promotion d’un sentiment d’unité parmi les Africains en général. Il glorifie également le passé africain et inculque la fierté de la culture africaine » (Esedebe ; 1970). 

Dès lors que l’approche adoptée par l’UA pour parvenir à un supra-état africain est similaire à celle entreprise de l’UE, le panafricanisme qui est un mouvement identitaire perd toute sa substance. Ce faisant l’UA reconnait l’universalité du modèle fédéral européen et confirme par la même occasion l’incapacité de l’Afrique à puiser dans ses cultures et dans son passé une démarche devant lui permettre de se doter d’une fédération d’états : Sur ce sujet le Dr Mambo Ama Mazama avait bien fait d’insister sur le fait que l’essence du panafricanisme qui est de  « glorifier le passé africain et inculquer la fierté de l’Afrique nécessite l’intégration de l’ordre ontologique africain, qui inclut (entre autres) les esprits ancestraux et divins, dans le cadre du processus de régénération des valeurs culturelles africaines (Mazama, 2002). Malheureusement jusqu’ici, l’UA n’a rien entrepris dans ce sens confirmant ainsi son choix de mimer l’EU. Donc, l’UA n’a rien à voir avec le panafricanisme.

L’auteur M. Frédéric Ganapamo