Un manifestant enveloppé dans le drapeau national lors d’un rassemblement contre les résultats des élections législatives. le 6 octobre à Bishkek. © Vladimir Pirogo, Reuters
Texte par : FRANCE 24
Publié le : 06/10/2020 – 20:39

Le Premier ministre kirghiz Koubatbek Boronov, soutien du président en place, a démissionné, mardi, cédant aux manifestants protestant contre les résultats des élections législatives. Il a été remplacé par un homme politique libéré de prison la veille.

C’est une victoire pour les manifestants mobilisés depuis dimanche 4 octobre contre les résultats des élections législatives. La Commission électorale centrale du Kirghizstan a annulé les résultats controversés de ce scrutin, après une nuit de violences post-électorales qui ont fait un mort et amené à la libération par la rue du grand rival du chef de l’État.

Le Premier ministre kirghiz Koubatbek Boronov a démissionné, remplacé par Sadyr Japarov. « La décision a été prise lors d’une réunion extraordinaire » du Parlement, a annoncé le service de presse de l’assemblée, ajoutant que la réunion avait eu lieu dans un hôtel à cause de la prise du siège de l’assemblée par les manifestants.

Plus tôt, mardi 6 octobre, des manifestants avaient envahi le siège du pouvoir à Bichkek, la capitale, contestant les résultats de ce scrutin, et ont libéré de prison l’ancien président Almazbek Atambaïev. Les protestataires, qui réclamaient la démission du président Sooronbay Jeenbekov et la tenue de nouvelles élections législatives, n’ont rencontré aucune résistance.

Des accusations de fraudes, notamment d’achats de voix, ont terni les élections organisées dimanche 4 octobre. Le chef de la mission de l’OSCE venue observer les élections, Thomas Boserup, avait jugé que les élections s’étaient « bien déroulées dans l’ensemble », mais que « des allégations crédibles d’achats de voix suscitent une inquiétude sérieuse ».

Pas de résistance

La cellule de l’ancien dirigeant, qui purgeait une peine de 11 ans de prison et est un ancien protégé de l’actuel président, se trouvait dans le bâtiment du Comité pour la sécurité nationale et les gardiens n’ont opposé aucune résistance selon lui. Des vidéos diffusées peu après sur les réseaux sociaux ont montré Almazbek Atambaïev saluant ses partisans.

Un témoin ayant participé à l’entrée dans le Parlement mais ayant requis l’anonymat a indiqué à l’AFP que les protestataires s’étaient forcé un passage dans le bâtiment. « Personne n’essayait de le protéger lorsque la foule est entrée », a-t-il indiqué. « Nous nous sommes arrêtés, nous avons chanté l’hymne national et nous sommes entrés dans le bâtiment sans (rencontrer) de résistance », a-t-il ajouté, précisant que seuls quelques « agents techniques » se trouvaient alors à l’intérieur et se sont rapidement retirés.

Plus de 600 blessés et un mort

Les résultats controversés des législatives de dimanche ont fait descendre des milliers de détracteurs du pouvoir dans les rues de la capitale lundi 5 octobre.

Des affrontements ont éclaté dans la soirée après que les forces anti-émeutes ont voulu disperser les protestataires à l’aide de grenades assourdissantes, de gaz lacrymogène et de canons à eau. Les manifestants ont répliqué avec des pavés et d’autres projectiles, se protégeant de policiers avec notamment des poubelles en feu.

Mardi 6 octobre, un groupe d’hommes armés a attaqué avec des armes une importante mine d’or du pays qui a dû suspendre ses activités, selon une porte-parole de l’entreprise Alliance Altyn, qui opère la mine.

Les heurts ont fait un mort et plus de 600 blessés dont 164 ont été hospitalisés selon le ministère de la Santé.

Exception démocratique

Avant l’annulation mardi 6 octobre du résultat d’élections législatives controversées et la démission du Premier ministre, l’histoire du Kirghizstan, ex-république soviétique d’Asie centrale, a été marquée par de multiples épisodes mouvementés.

La place Ala-Too avait déjà été le point de départ de deux révolutions en 2005 et 2010, qui avaient renversé successivement deux présidents. Entouré de régimes autoritaires, le Kirghizstan, pays pauvre et montagneux, fait figure d’exception démocratique en Asie centrale, même si les transitions politiques ont toujours été houleuses.

Avec AFP