Des manifestants soudanais venus de la ville d’Atbara arrivent à Khartoum, le 17 août 2019, pour célébrer la transition vers un régime civil. Ahmed Mustafa, AFP
Texte par : FRANCE 24
Publié le : 29/11/2019 – 10:07 Modifié le : 29/11/2019 – 10:07

Les autorités de transition soudanaises ont ordonné, jeudi, la dissolution du parti du président déchu Omar el-Béchir et le « démantèlement » de son régime qui a régné sans partage pendant près de 30 ans.

Une loi met officiellement fin au régime mis en place au Soudan il y a près de 30 ans par Omar el-Béchir. Les autorités de transition ont en effet ordonné, jeudi 28 novembre, la dissolution du parti du président déchu et le « démantèlement » de son régime.

« Le Parti du Congrès national est dissous » et tous ses biens sont confisqués, proclame une loi intitulée « démantèlement du régime du 30 juin 1989 », adoptée par le nouveau Conseil souverain au pouvoir et par le gouvernement du Premier ministre Abdallah Hamdok. « Aucun symbole du régime ou du parti n’est autorisé à s’engager dans quelque activité politique que ce soit pendant dix ans », ajoute le texte.

De son côté, le Parti du Congrès national (NCP) a accusé vendredi les autorités de transition de vouloir confisquer ses biens pour résoudre la crise économique, qui avait déclenché le mouvement de contestation en décembre 2018 et que le nouveau gouvernement n’a pas su résoudre, a-t-il affirmé.

« Un scandale moral »

« L’idée de compter sur les biens du parti, si tant est qu’il y en ait, n’est rien d’autre qu’un scandale moral, une faillite intellectuelle et un échec total du gouvernement illégal », a écrit le parti sur sa page Facebook. Le NCP n’est « gêné par aucune loi ou décision prise contre lui puisque le NCP est un parti fort et ses idées l’emporteront », a-t-il affirmé

Omar el-Béchir, arrivé au pouvoir en 1989 par un coup d’État soutenu par les islamistes, a dirigé le Soudan d’une main de fer pendant trois décennies. Destitué par l’armée le 11 avril après des mois d’un mouvement de contestation populaire inédite, il est actuellement emprisonné à Khartoum. Le verdict de son procès pour corruption est attendu le 14 décembre.

Les militaires qui avaient pris le pouvoir après la chute d’Omar el-Béchir ont toutefois refusé de le livrer à la Cour pénale internationale (CPI) de la Haye, qui l’accuse de « crimes contre l’humanité » et de « génocide » au Darfour.

Le parti dissous d’Omar el-Béchir dénonce un « gouvernement illégal »

La dissolution du Parti du Congrès national ne constitue « pas une vengeance », a affirmé Abdallah Hamdok sur Twitter. Elle « vise à préserver la dignité du peuple soudanais qui a été écrasé par des gens indignes », a ajouté le Premier ministre.

Cette mesure « constitue un grand pas en avant vers les objectifs de la révolution et sur le chemin de la construction d’un État civil démocratique », s’est félicité dans un communiqué l’Association des professionnels du Soudan (SPA), le mouvement à l’origine des protestations qui étaient venu à bout du régime d’Omar el-Béchir.

Vendredi, le parti d’Omar el-Béchir a dénoncé sa dissolution par un « gouvernement illégal ». « L’idée de compter sur les biens du parti, si tant est qu’il y en ait, n’est rien d’autre qu’un scandale moral, une faillite intellectuelle et un échec total du gouvernement illégal », a écrit le Parti du Congrès national sur sa page Facebook.

Le Conseil souverain a également approuvé jeudi l’abrogation d’une loi sur l’ordre public, en vertu de laquelle des milliers de Soudanaises ont été condamnées au fouet, à de la prison ou à de lourdes amendes pour « tenue indécente » -comme le simple port du pantalon- ou pour avoir fait la fête. Cette abrogation avait été annoncée mardi par le gouvernement.

Avec AFP