Weekend très mouvementé en Centrafrique alors que la Cour constitutionnelle rendait son verdict suite à la saisine des forces vives de la Nation aux fins d’annulation du décret portant mise en place du Comité de rédaction d’une nouvelle Constitution. Verdict cinglant, contre toute surprise, les juges suprêmes, dans leur décision déboute le camp présidentiel. L’echos de cette raclée juridique va au delà des frontières centrafricaines. Hormis les lauriers dressés par les vrais constitutionnalistes Camerounais en hommage à leurs confrères Centrafricains, l’éditorialiste de RFI, Jean Baptiste Placca, parle des « juges dignes », guidés par le sens du courage et l’esprit républicain.

Le verdict de la Cour constitutionnelle vient ainsi mettre fin aux atermoiements constatés ces derniers jours. Sinon, la Cour a enterré les velléités de troisième mandat nourries par le Président et son entourage.

Que la lecture juridique de l’arrêt de la Cour soit réservée aux praticiens du droit. Pour nous, il convient de reporter le sentiment que le Peuple a exprimé la semaine dernière suite à la décision historique des gardiens de la Démocratie.

Primo, il s’agit en tout et avant tout de rendre ici des hommages mérités à Madame Danielle DARLAN ainsi qu’à ses collègues juges, pour le courage qui a été le leur dans ce moment critique de l’histoire de notre jeune Démocratie. En Afrique où l’on nous a habitué à l’abaissement même des grands juges face à la pression des tyrans, nul ne s’attendait à une décision qui allait mettre un coup d’arrêt aux ambitions démesurées de l’actuel Chef de l’État de confisquer le pouvoir du Peuple. Il a donc fallu beaucoup de courage mais un sens profond de patriotisme de la part de nos juges constitutionnels pour que l’on arrive à cette décision saluée par les amis d’Afrique. En agissant de la sorte, Mme Darlan et ses collègues ont inscrit leur nom dans les marbres de l’histoire de notre pays au même titre que Barthélémy BOGANDA, Ruth Rolland, Elisabeth Domitien et autres. De plus, désormais, ils seront pris pour modèle de patriotisme et de probité intellectuelle, même au-delà du Continent. Une telle attitude devra amplement inspirer tous les autres chefs d’institutions en Centrafrique, leur asséner  l’indépendance et l’efficacité des institutions républicaines ne sont guère liées aux très peu de moyens d’action ou à la pression qu’exerce le pouvoir le plus tyrannique. L’indépendance des institutions et leur vitalité résident plutôt dans la volonté d’incarner, en tant que dirigeants, des valeurs dont la République en saura gré. La Cour dirigée par Mme Darlan incarne bien ces valeurs.

Le verdict des juges constitutionnels ne sonne donc pas comme la victoire d’un camp sur un autre comme certains partisans surexcités de l’opposition ont voulu nous faire savoir. Du dernier coup d’arrêt de la Cour constitutionnelle, l’on voit clairement la volonté souveraine du Peuple centrafricain, exprimée lors du Forum de Bangui, des suites des larges consultations populaires à la base. Les opposants qui ont crié ce weekend à la victoire doivent pouvoir savoir raison gardée, que la Centrafrique, à travers la dernière décision de la Cour constitutionnelle, ne saura plus faire un retour fâcheux à la monarchie ou à l’empire. Les méthodes de conquête du pouvoir par les armes ou de confiscation illégale de la légitimité du Peuple étant révolues, nous y veillerons pour que personne n’abuse plus jamais et pour aucun motif du pouvoir du Peuple.

Dans une certaine mesure, le verdict de la Cour constitutionnelle devrait appeler l’actuel Chef de l’État à moins de condescendance. L’on sait qu’après un mandat et demi, les conseillers obséquieux du Président l’ont pris en otage au point de lui faire croire qu’il était possible pour lui de rester longtemps au pouvoir par des moyens antidémocratiques, antirépublicains et antinationaux. Le régime a « banqué » pour ses conseillers privés de toute éthique morale et intellectuelle. C’est l’occasion pour le Président de tirer les conséquences du très mauvais choix de ses collaborateurs qui, au lieu de l’aider à être à la hauteur des attentes du Peuple, l’ont plutôt poussé à se déconnecter de ce Peuple au point de le livrer à la pègre internationale.

Si le Président Touadera veut sortir par la grande porte au lendemain de son SECOND et DERNIER quinquennat, c’est l’occasion pour lui de créer un FRONT NATIONAL, en appelant autour de lui toutes les compétences du pays quelles qu’elles soient afin de sauver le navire Centrafrique en naufrage.

La Cour a dit le droit, que les griots du pouvoir se taisent et commencent un tant soit peu à s’occuper des affaires pour lesquelles ils ont été choisis.

La Cour a dit le DROIT, que vive la Cour !

par Ben Wilson NGASSAN