Le Conseil de sécurité de l’ONU, ici en réunion, à New York, comporte cinq membres permanents et d’autres sièges non-permanents. Johannes EISELE / AFP
Texte par : RFI
Publié le : 17/06/2020 – 05:14 Modifié le : 17/06/2020 – 15:11

Une longue bataille diplomatique entre deux pays africains va trouver sa conclusion ce mercredi 17 juin, à l’ONU. Le Kenya et Djibouti s’affrontent depuis un an pour revendiquer le siège africain non-permanent qui est ouvert au sein du Conseil de sécurité pour les années 2021 et 2022, en remplacement du sortant, l’Afrique du Sud.

Avec nos correspondants à New York et à Nairobi, Carrie Nooten et Sébastien Nemeth
La dernière ligne droite pour les présidents

Le Kenya se présente, fort du soutien officiel de l’Union africaine, affirmé en août 2019 et répété la semaine dernière. Ce serait un avantage politique important pour le Kenya, puissance régionale anglophone, notamment dans ses disputes avec l’Éthiopie ou la Somalie. Un soutien que Djibouti estime « illégal », puisqu’il n’a pas été entériné par les chefs d’État : « L’UA a examiné la situation lors du dernier sommet et a constaté les vices de procédure. Normalement, c’est là que les chefs d’Etat valident le candidat officiel, mais ils n’ont pas pu le faire », dit l’ambassadeur de Djibouti, Mohamed Siad Doualeh.

Djibouti pour sa part estime que son tour est venu, n’ayant siégé qu’une fois en 1993. Le succès diplomatique du sommet entre la Somalie et le Somaliland, dimanche, lui semble un bon argument pour prouver son rôle pivot, dans une région encore très troublée. Djibouti a multiplié les liens diplomatiques et se targue d’avoir notamment le soutien de la Francophonie, de l’Organisation de la coopération islamique et de la Ligue arabe.

Dans cette dernière ligne droite, les présidents kényan et djiboutien se sont eux-mêmes jetés dans la bataille. « Un vote pour le Kenya est un vote pour la paix », a déclaré mardi soir Uhuru Kenyatta lors d’une visioconférence avec des diplomates étrangers basés à New York. Le président kényan a rappelé la contribution de Nairobi dans les missions de maintien de la paix, la présence de nombreuses agences onusiennes dans la capitale. « Si nous sommes élus, le Kenya fera avancer la paix, la solidarité et le multilatéralisme », a-t-il promis.

De son côté, Ismaël Omar Guelleh a envoyé un message en Anglais aux délégués onusiens. Le président djiboutien a rappelé l’implication de son pays dans la paix régionale, citant par exemple le sommet historique organisé dimanche entre la Somalie et le Somaliland. Ismaël Omar Guelleh a cité la participation de Djibouti à la lutte contre la piraterie, le terrorisme ou encore la présence de nombreuses bases militaires étrangères sur son sol.

Décrocher un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité, c’est un enjeu énorme, explique Alexandra Novosseloff, chercheure associée au centre Thucydide de l’université de Paris II.

Siéger au Conseil, c’est participer pendant deux ans à l’ensemble des décisions que le Conseil prendra, à égalité presque avec les autres. Vous n’avez pas de droit de veto, mais vous participez à l’ensemble du processus décisionnel. […] Au cours de leur mandat, ils auront une capacité d’initiative, ils pourront porter un éclairage sur tel ou tel sujet qui leur tient particulièrement à coeur mais qui est aussi de leur région. C’est un mandat qui accapare toutes les forces diplomatiques d’un pays pendant deux ans. C’est un enjeu très importants pour la diplomatie de ses États qui parviendront à être élus
Alexandra Novosseloff
Marie Normand

Les diplomates font leur rentrée à l’ONU pour la première fois depuis le mois de mars. Un retour bref : il s’agit pour les représentants des 193 pays d’élire les cinq candidats qui siégeront au Conseil de sécurité dès janvier 2021. Avec une surprise pour le siège réservé à l’Afrique : au lieu du candidat unique d’habitude présenté, la place est disputée par deux pays cette année : Djibouti et le Kenya.

Mesures sanitaires exceptionnelles oblige, le scrutin public de l’Assemblée générale de l’ONU à New York risque de durer longtemps. Chaque État membre doit exprimer son vote à une heure convenue, sous la surveillance du président de la séance. Et cette procédure est amenée à être recommencée, en cas de nouveau tour de scrutin.