Les deux principales familles politiques du Parlement européen, la droite conservatrice du PPE et les sociaux-démocrates, ne détiennent plus à elles seules la majorité.
JOHN THYS / AFP
Par RFI Publié le 27-05-2019 Modifié le 27-05-2019 à 06:20

À quoi va ressembler le nouveau Parlement européen ? Les urnes ont en partie confirmé certaines prévisions des sondages comme le recul des grands partis traditionnels et une poussée des partis eurosceptiques, mais la nouvelle configuration du Parlement risque de se révéler compliquée.

La poussée des partis populistes, eurosceptiques ou carrément europhobes a bien eu lieu dimanche, mais finalement dans une mesure bien moindre qu’annoncée, analyse notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet. Au total, ils ne gagneraient à eux trois qu’une quinzaine de députés supplémentaires sur les 751 élus que compte le Parlement. Et la perspective du départ du Royaume-Uni priverait cette famille politique de la petite trentaine de sièges que peut escompter le parti du Brexit de Nigel Farage. Ce qui, en fin de compte, réduirait drastiquement la poussée des eurosceptiques lors de ce scrutin.

Les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), avec 179 sièges contre 217 auparavant, et les sociaux-démocrates, avec 150 élus contre 186 dans le Parlement sortant, sont en revanche les grands perdants de ces élections puisqu’ils perdent à eux deux plus de 70 sièges au total et perdent du même coup leur majorité absolue. Une première depuis 1979.

Une situation qui va les obliger à composer et à créer des coalitions avec les deux véritables grands vainqueurs du scrutin, à savoir les Verts qui gagnent 20 sièges (70), et surtout les Libéraux, qui bondissent de plus de quarante sièges avec 107 députés grâce en particulier à l’arrivée des députés de La République en marche, et deviennent un des trois partis majeurs de ce Parlement. Mais pour ces derniers aussi, le Brexit devrait compliquer la donne puisqu’ils perdront les seize députés britanniques du Parti libéral-démocrate.

Tractations pour trouver une majorité

Les nouveaux députés européens prendront leurs fonctions le 2 juillet prochain et ils le feront donc dans un Parlement nettement recomposé. La famille pro-européenne reste majoritaire, mais la dispersion des voix augure de difficiles tractations entre les groupes puisqu’aucun des quatre premiers n’est en mesure d’atteindre la majorité absolue sans les trois autres. Il va donc y avoir une recherche de coalition qui va mettre au centre du jeu les Verts et les Libéraux.

Les Libéraux de l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ADLE), qui deviennent le troisième groupe du Parlement, comptent bien jouer un rôle pivot dans le nouvel hémicycle.

« Pour moi, ce qui est aujourd’hui est important, c’est qu’il existe un centre pro-européen réformiste qui a un poids qui est nécessaire pour former une majorité dans ce Parlement. » Guy Verhofstadt, président de l’ADLE au Parlement européen

Trois candidats pour la présidence de la Commission européenne

L’enjeu de ces tractations, c’est aussi la présidence de la Commission européenne. Trois prétendants sont entrés en lice dimanche pour succéder à Jean-Claude Juncker. Normalement, le président doit être choisi dans la famille politique arrivée en tête, en l’occurrence les conservateurs. Mais la tête de liste des conservateurs, l’Allemand Manfred Weber, semblait dimanche soir en perte de vitesse, ce qui pourrait ouvrir la voie à des tractations imprévues qui pourraient être favorables aux deux autres candidats.

Le candidat du Parti populaire européen a en tout cas appelé dimanche soir à former une coalition europhile avec les socialistes, les centristes et jusqu’aux écologistes.

« Ceux qui veulent d’une Europe forte doivent joindre leurs forces. Je renouvelle mon invitation aux socialistes, aux libéraux mais aussi aux Verts parce que lorsqu’on regarde les chiffres, les Verts sont aussi les vainqueurs de ce scrutin et c’est pourquoi ils constituent des partenaires potentiels. Je pense que nous devons nous asseoir autour d’une table pour définir le mandat de ces cinq prochaines années. » Même chose pour le Néerlandais Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne et candidat des sociaux-démocrates : « Je veux travailler avec des partis qui comprennent vraiment qu’il faut prendre des décisions audacieuses sur le changement climatique, les injustices sociales, sur le besoin de transformer notre économie en une économie durable, d’imposer des taxes à des entreprises qui n’en paient pas, a-t-il déclaré. Et tous ceux issus de partis démocratiques qui partagent nos idées, je veux discuter avec eux et essayer de monter une coalition. Les seuls, et je l’ai dit tout au long de ma campagne, avec qui je ne veux pas travailler c’est l’extrême droite ; je ne scellerai jamais d’accord avec eux parce que nous ne partageons pas la même vision de l’Europe et la même vision de l’humanité et de l’humanisme. Mais tous les autres partis qui partagent notre vision d’une Europe progressiste qui doit aller de l’avant, je pense pouvoir travailler avec eux. »

Membre de l’Alliance des Libéraux, la Danoise Margrethe Vestager, 51 ans, est la troisième prétendante. « Nous pouvons avoir une femme à la tête de la Commission », a-t-elle lancé dimanche en plaidant elle aussi pour « une coalition de gens qui veulent changer les choses » après avoir félicité les Verts pour leur ascension. Les Verts qui, avec 68 voix, apparaissent comme les faiseurs de roi.Manfred Weber, candidat à la présidence de la Commission européenne