Des policiers sécurisent la zone proche des lieux de l’attaque à Conflans-Sainte-Honorine, le 16 octobre 2020. REUTERS/Charles Platiau
Texte par : RFI
Publié le : 21/10/2020 – 17:05 Modifié le : 22/10/2020 – 00:28

L’enquête sur l’assassinat de Samuel Paty a été confiée ce mercredi 21 octobre à un juge d’instruction pour « complicité d’assassinat terroriste » et de « tentative d’assassinats » sur les forces de l’ordre, « en relation avec une entreprise terroriste », ainsi que pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

Cinq jours après l’assassinat du professeur Samuel Paty, décapité vendredi 16 octobre par un jeune homme d’origine tchétchène de 18 ans dans la commune de Conflans-Sainte-Honorine, sept personnes ont été déférées devant la justice et mises en examen.

L’enquête vise notamment un père d’élève, Brahim C., et le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui pour la campagne qu’ils ont menée sur internet contre le professeur Paty. Ils ont tous les deux été mis en examen pour « complicité d’assassinat terroriste ». Mais parmi ces sept personnes figurent également deux collégiens de 14 et 15 ans, soupçonnés d’avoir désigné l’enseignant à l’assaillant Abdoullakh Anzorov, en échange d’une somme d’argent, a déclaré mercredi le procureur de la République antiterroriste Jean-François Ricard. Ils ont été mis en examen pour « complicité » et placés sous contrôle judiciaire mercredi, a-t-on appris de source judiciaire.

300 à 350 euros pour désigner Samuel Paty

La conférence de presse donnée par le procureur national antiterroriste a permis de comprendre un peu mieux le déroulé des faits. Il est environ 14h ce vendredi 16 octobre quand l’assaillant propose à un premier collégien 300 à 350 euros pour désigner le professeur. Le jeune accepte, recoit une partie de la somme et patiente avec le tueur. Vers 16h, l’adolescent propose à d’autres jeunes de s’associer à sa mission. Certains partent, d’autres restent.

Le collégien et un camarade donnent alors une description physique de Samuel Paty à l’assaillant, alors même que celui-ci leur a indiqué son intention de filmer le professeur, l’obliger à demander pardon pour la caricature du prophète, de l’humilier, de le frapper, souligne le procureur. Ces deux collégiens et le terroriste se mettent alors à l’écart, apparemment pour éviter la vidéo-surveillance et une patrouille de police. Vers 17h, plusieurs adolescents en lien avec les premiers désignent à l’assaillant Samuel Paty au moment où il sort du collège.

La notion de « complicité » montre que selon son enquête, le parquet national antiterroriste, qui a été saisi de l’affaire, estime que certains suspects avaient une connaissance précise de la finalité du projet terroriste d’Anzorov. Un chef pour lequel la peine maximale encourue est la perpétuité, ramenée à un maximum de 20 ans pour les mineurs de moins de 16 ans.

Trois proches de l’assaillant

Trois hommes proches de l’assaillant ont également été mis en examen. Il s’agit d’Azim E., 19 ans, « ami de longue date » d’Abdoullakh Anzorov dont « il avait constaté la radicalisation depuis plusieurs mois » et qui est soupçonné « de l’avoir accompagné la veille des faits dans une coutellerie à Rouen » ainsi que d’avoir fait des démarches pour se procurer d’autres armes.

Egalement déféré : Naïm B, 18 ans, accusé d’avoir « convoyé » le jeune homme de 18 ans à la coutellerie, puis de « l’avoir déposé devant le collège peu avant 14h » le jour des faits. « Les deux hommes contestent à ce stade avoir eu connaissance des projets mortifères de leur ami », a rapporté le procureur. Le dernier suspect, Youssouf C, est déféré « du fait de contacts très rapprochés et du partage manifeste de l’idéologie radicale » d’Azorov.

« Contexte d’appels aux meurtres »

Selon une source proche du dossier à l’AFP, l’assaillant aurait d’ailleurs envoyé un message audio en russe sur les réseaux sociaux dans lequel il dit qu’il a « vengé le prophète », en reprochant au professeur d’histoire-géographie de l’avoir « montré de manière insultante ».

L’assassinat de Samuel Paty s’inscrit dans un « contexte d’appels aux meurtres » lancés depuis la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo début septembre avant l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 à Paris, a encore indiqué ce mercredi le procureur antiterroriste.

Pour détailler ce contexte, Jean-François Ricard a notamment évoqué l’attaque au hachoir perpétrée le 25 septembre devant les anciens locaux du journal satirique et « trois communications » d’al-Qaïda et de sa branche yéménite qui appelaient au « meurtre » de ceux qui avaient été à l’origine de la rediffusion de ces dessins.

(Avec AFP)