Manifestation devant la Cour suprême après l’arrêt approuvant la légalité du décret présidentiel qui durcit les conditions d’entrée aux Etats-Unis des ressortissants en provenance de certains pays majoritairement musulmans, à Washington, le 26 juin 2018. Mark Wilson/Getty Images/AFP
Texte par : RFI
Publié le : 20/10/2020 – 11:46

Le Michigan fait partie des États-clés du scrutin du 3 novembre. C’est là, à Dearborn, que vit la plus importante communauté musulmane du pays. La plus grande mosquée des États-Unis se trouve dans cette ville. Originaires d’Irak, du Liban, de la Syrie ou du Yémen, beaucoup d’habitants de Dearborn ont été choqués par le « muslim ban », cette décision de Donald Trump d’interdire aux ressortissants de plusieurs pays arabes l’entrée sur le sol américain. C’est aussi une communauté qui a été durement frappée par l’épidémie de coronavirus. Ici, comme ailleurs dans le Michigan, beaucoup d’électeurs ont déjà voté.

Avec nos envoyés spéciaux à Dearborn (Michigan), Stefanie Schüler et Bertrand Haeckler.

À Dearborn, les devantures des magasins sont écrites en anglais et en arabe. Yaser Gailan est originaire du Yémen et durant les quatre années de présidence Trump, il s’est senti stigmatisé. « Il a fait une « fixette » sur les musulmans. Il dit que l’islam équivaut au terrorisme. Mais ici dans le Michigan vivent beaucoup de musulmans. Nous sommes loyaux vis-à-vis des États-Unis, nous payons nos impôts et nous soutenons le gouvernement. »

« L’une des premières choses que Joe Biden fera, c’est d’abolir le « Muslim ban » », souligne Ali Dagher, un avocat d’origine libanaise. Il est persuadé que Joe Biden remportera l’élection du 3 novembre et que Donald Trump n’aura pas d’autre choix que de partir même si le président tente de semer le doute.

« Même les plus grandes démocraties tombent parfois dans le piège de l’illusion, insiste-t-il. Et parfois, sous un mauvais dirigeant et dans de mauvaises circonstances, ce piège de l’illusion crée l’illusion encore plus grande que les choses vont mal tourner. Mais la Constitution américaine est très claire : la présidence de Donald Trump se termine le 12 janvier 2021. S’il n’est plus président, il n’a pas le droit de rester à la Maison Blanche. L’équipe de transition sera là. Le « secret service » n’hésitera pas un instant à le sortir de la Maison Blanche s’il décidait d’y rester. Cette question hante aujourd’hui même jusqu’à dans les rangs de l’armée. Mais qui constitue l’armée ? Ce sont des Latinos, des Afro-Américains et des Américains blancs qui croient en la Constitution. Ils ont prêté allégeance à la Constitution, pas au président des États-Unis. Ce pays ne se base pas sur un homme. Il est fondé sur la loi. »

« Bon pour le commerce dans notre communauté »

Optimiste, Ali Dagher reste lucide.« Le nombre de bulletins par correspondance qui ont été demandés est historique ! Dans mon voisinage, il n’y a pas une seule affiche de Trump. Ça ne veut pas dire pour autant que les jeux sont faits. »

L’avocat ne croit pas si bien dire. Dalala travaille dans un restaurant libanais du voisinage. « J’aime voter pour le président Trump. Il est puissant, il a du charisme. Trump est bon pour le commerce au sein de notre communauté. » Dalala a déjà voté « il y a deux jours. Mon père, mon frère, toute ma famille. On a tous voté pour Trump. »

À Dearborn, la communauté musulmane est aussi divisée que le reste du pays.