Le président iranien Hassan Rohani au côté d’Ali Akbar Salehi lors de la « journée de la technologie nucléaire », le 9 avril 2019. HO, Iranian Presidency, AFP
Texte par : FRANCE 24 première publication : 17/06/2019 – 19:36

L’Iran a annoncé, lundi, que ses réserves d’uranium enrichi dépasseraient bientôt la limite prévue par l’accord international sur son programme nucléaire conclu en 2015. Téhéran augmente la pression après le retrait des États-Unis de ce pacte.

Téhéran fait monter monter la pression au sujet de son programme nucléaire. « Le compte à rebours pour passer au-dessus des 300 kilogrammes pour les réserves d’uranium enrichi a commencé et dans dix jours, c’est-à-dire le 27 juin, nous dépasserons cette limite », a déclaré lundi 17 juin Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique.

Le programme nucléaire iranien est encadré par l’accord de Vienne conclu en 2015, qui vise à le limiter drastiquement en échange d’une levée des sanctions économiques internationales. Mais, alors que cet accord était le fruit d’intenses efforts diplomatiques entre l’Iran et le groupe des six – Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie –, Washington s’est retiré unilatéralement du pacte en mai 2018 et a rétabli de lourdes sanctions contre Téhéran.

L’annonce iranienne de ce lundi survient dans un contexte de très fortes tensions entre Téhéran et les États-Unis, qui ont renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient face à une « menace iranienne » présumée. Washington accuse aussi Téhéran des récentes attaques contre des pétroliers dans le Golfe – que l’Iran dément.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui voit dans l’Iran une menace existentielle pour son pays, a appelé la communauté internationale à imposer « immédiatement » des sanctions contre Téhéran le jour où son stock d’uranium enrichi passera au-dessus de la limite. Paris a, quant à lui, appelé Téhéran à être « patient et responsable ».

Ultimatum de 60 jours sur fond de tensions irano-américaines

Un an après le retrait des États-Unis de l’accord de Vienne, l’Iran a annoncé le 8 mai qu’il ne se sentait plus tenu par les limites imposées par le texte de Vienne à ses réserves d’uranium enrichi (UF6) et d’eau lourde (respectivement 300 kg et 130 tonnes).

Le même jour, Téhéran avait adressé un ultimatum de 60 jours aux États encore parties à l’accord pour qu’ils l’aident à contourner les sanctions américaines. Faute d’obtenir satisfaction, l’Iran a menacé de s’affranchir de deux autres de ses engagements. En l’occurrence, le président Hassan Rohani a indiqué que l’Iran cesserait alors d’observer les restrictions consenties « sur le degré d’enrichissement de l’uranium » et qu’il reprendrait son projet de construction d’un réacteur à eau lourde à Arak (centre), où Behrouz Kamalvandi a tenu sa conférence de presse lundi.

Le réacteur d’Arak a été mis en sommeil conformément à l’accord de Vienne, qui impose également à Téhéran de ne pas enrichir l’uranium à un taux supérieur à 3,67 %, un niveau faible, très en-deçà des quelque 90 % nécessaires pour envisager la fabrication d’une arme atomique.

« Pas plus d’un jour ou deux » pour augmenter le degré d’enrichissement

Behrouz Kamalvandi a indiqué qu' »aucune décision » n’avait encore été prise sur ce que les Iraniens appellent « la deuxième phase » de leur « plan de réduction » des engagements pris en matière nucléaire.

En ce qui concerne l’enrichissement d’uranium, a néanmoins déclaré le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, les « scénarios » envisagés « vont d’un passage à 3,68 % jusqu’à n’importe quel autre pourcentage en fonction des besoins du pays. »

Quant au réacteur d’Arak, les autorités débattent encore de savoir s’il conviendrait, le cas échéant, de le « reconcevoir ou de le faire revivre », a-t-il dit, avertissant qu’il ne faudrait « pas plus d’un jour ou deux » pour mettre en œuvre une décision d’augmenter le degré d’enrichissement.

Recevant lundi l’ambassadeur de France en Iran Philippe Thiébaud, le président Rohani a déclaré que Paris avait « encore le temps », avec les autres parties, de sauver l’accord, dont l' »effondrement » ne serait « assurément […] pas dans l’intérêt de l’Iran, de la France, de la région ni du monde », selon le site Internet du gouvernement.

Le PIB iranien devrait chuter de 6 % cette année, après un plongeon de près de 4 % en 2018, selon le Fonds monétaire international. Paris, Berlin et Londres semblent impuissantes à agir face aux sanctions américaines, même si elles ont tenté en début d’année de lancer un mécanisme de troc censé aider l’Iran. Les trois capitales européennes exhortent Téhéran à continuer de respecter l’accord malgré tout.

Avec AFP