Benjamin Griveaux a annoncé le retrait de sa candidature à la mairie de Paris le 14 février 2020. Lionel BONAVENTURE / AFP
Texte par : RFI
Publié le : 14/02/2020 – 09:29 Modifié le : 14/02/2020 – 18:03

Le candidat de La République en marche (LaREM) pour la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, retire sa candidature dans le but de protéger ses proches après la diffusion d’une vidéo à caractère sexuel, a-t-il annoncé vendredi 14 février.

Visiblement marqué, ému, tendu, Benjamin Griveaux explique que suite à des « attaques ignobles (…) [il a] décidé de retirer [sa] candidature à l’élection municipale parisienne ». « Cette décision me coûte mais mes priorités sont très claires. C’est d’abord ma famille, vous l’aurez compris », a déclaré Benjamin Griveaux dans une déclaration enregistrée en début de matinée au siège de l’AFP, en présence de BFM Paris.

Un site avait diffusé mercredi soir une vidéo intime et des messages connotés adressés à une femme, affirmant qu’ils émanaient de l’ancien porte-parole du gouvernement. Ils ont été relayés peu à peu jeudi sur les réseaux sociaux. « En annonçant ma candidature à la mairie de Paris, je connaissais la dureté du combat politique », a commencé Benjamin Griveaux dans une brève déclaration solennelle, enregistrée au milieu de membres très émus de son équipe de campagne.

Une campagne compliquée

Une campagne compliquée depuis le début, qui serait devenue impossible. Accusé d’arrogance, fragilisé par la dissidence de Cédric Villani, moqué pour ses projets gigantesques comme le déplacement de la Gare de l’Est en banlieue, sa course pour la mairie de Paris était déjà un chemin de croix.

« Depuis plus d’un an, ma famille et moi avons subi des propos diffamatoires, des mensonges, des rumeurs, des attaques anonymes, la révélation de conversations privées dérobées ainsi que des menaces de mort », a-t-il poursuivi : « Ce torrent de boue m’a affecté et surtout a fait mal à ceux que j’aime. Comme si cela n’était pas suffisant, hier, un nouveau stade a été franchi. Un site internet et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettant en cause ma vie privée. Ma famille ne mérite pas cela. Personne, au fond, ne devrait jamais subir cette violence. En ce qui me concerne, je ne suis pas prêt à nous exposer davantage ma famille et moi quand tous les coups sont désormais permis. Cela va trop loin. »

La maire sortante de Paris et candidate à sa réélection Anne Hidalgo a réagi en appelant « au respect de la vie privée et des personnes ». Dans l’ensemble, c’est toute la classe politique qui regrette la diffusion de ces vidéos privées. À l’image de Jean-Luc Mélenchon, le député de la France insoumise, qui appelle à « refuser le naufrage voyeuriste de la vie publique du pays ». Un autre homme politique français avait dû quitter ses fonctions après la diffusion, là encore de photos privées. C’était Luc Lemonnier, il avait remplacé Édouard Philippe à la mairie du Havre.

Rachida Dati, maire Les Républicains du VIIe arrondissement et candidate à la succession d’Anne Hidalgo, a également réagi au retrait de Benjamin Griveaux. L’ancienne ministre de la Justice « prend acte » de la décision du Marcheur et estime que « les Parisiens méritent une campagne apaisée et digne, à la hauteur des enjeux majeurs pour l’avenir de Paris ».

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, estime que Benjamin Griveaux « s’est comporté de manière irresponsable ». Mais elle ajoute que « la justice doit oeuvrer pour déterminer qui sont les coupables de ces agissements », s’interroge sur Piotr Pavlenski, le Russe qui aurait mis en ligne les vidéos qui ont provoqué la chute du candidat LaREM, et n’écarte pas l’hypothèse que Benjamin Griveaux soit « victime d’un coup monté ».

Il faut peut-être voir si M. Griveaux n’a pas été victime d’un coup monté

Marine Le Pen
Les premiers à réagir ont été les anciens adversaires de Benjamin Griveaux… mais au niveau national aussi, les leaders politiques se sont indignés… jusqu’à l’extrême droite

Griveaux jette l’éponge en raison «d’attaques ignobles»: unanimité de la classe politique pour condamner ces attaques

Réunion de crise

En marge de sa déclaration, Benjamin Griveaux a indiqué à l’AFP s’être entretenu tard jeudi soir avec le président Emmanuel Macron, qui l’a selon lui assuré de son soutien « quelle que soit sa décision », en l’invitant à protéger les siens.

C’est aussi un coup dur pour le chef de l’État dans la capitale. Benjamin Griveaux est un de ses proches, c’était le candidat officiel imposé par l’Élysée à Paris et il va maintenant falloir trouver un plan B. Les noms de Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes, le député Mounir Mahjoubi, Delphine Bürkli, la maire sortante du 9ème arrondissement et pourquoi pas, Cédric Villani, le dissident qui a désormais l’occassion de se rabibocher avec la macronie. Une réunion de crise s’est tenue ce matin au QG de campagne de Benjamin Griveaux.

L’artiste et activiste russePiotr Pavlenski a revendiqué auprès du journal Libération la diffusion de vidéos intimes attribuées à Benjamin Griveaux.

(et avec AFP)