Des Américains réclament justice le 29 mai 2020 après la mort de George Floyd lors de son interpellation à Minneapolis. REUTERS/Eric Miller
Texte par : RFI
Publié le : 29/05/2020 – 22:38 Modifié le : 30/05/2020 – 00:18

Le policier impliqué dans la mort de George Floyd, ce Noir américain dont le décès a ravivé les plaies raciales des Etats-Unis, a été arrêté et inculpé d’homicide involontaire vendredi comme le réclamaient depuis plusieurs jours les manifestants, dont la colère a pris la forme d’émeutes à Minneapolis.

« Le policier impliqué dans la mort de M. Floyd, qui a été identifié comme Derek Chauvin, a été placé en détention » par la police criminelle, a déclaré le commissaire John Harrington, du département de la Sécurité civile du Minnesota. Une vidéo violente, devenue virale, montrait ce policier interpellant violemment lundi pour un délit mineur George Floyd, 46 ans, en plaçant son genou sur son cou. « Je ne peux plus respirer », l’entend-on dire dans l’enregistrement de la scène. Les résultats de l’autopsie ne sont pas encore connus mais le policier est accusé d’avoir asphyxié George Floyd.

Les quatre agents impliqués dans le drame ont été licenciés et des enquêtes fédérales et locales ont été ouvertes pour établir leurs responsabilités. Mais seul Derek Chauvin a été arrêté pour l’instant. Dans la foulée, le procureur du comté de Hennepin, où se trouve la ville de Minneapolis, a annoncé que ses services l’inculpaient d’acte cruel et dangereux ayant causé la mort et d’homicide involontaire.

Ce développement judiciaire fait suite à une troisième nuit d’émeutes dans cette grande ville du Minnesota, dans le nord du pays, où les manifestants réclament que justice soit rendue. La Garde nationale a été déployée vendredi pour tenter de ramener le calme, alors qu’un commissariat a été incendié dans la nuit et plusieurs commerces pillés.

La ville sera sous couvre-feu à partir de vendredi soir, a décrété son maire. A partir de 20H00 locales (01H00 GMT samedi) jusqu’à 6H00 le lendemain matin, les rues de la ville du nord des Etats-Unis devront être désertées, à l’exception des forces de l’ordre, des pompiers et du personnel médical.

Obama a pris la parole

Le président Donald Trump, qui a dénoncé à plusieurs reprises un crime « tragique », s’en est pris cette fois aux « casseurs ». « Les pillages seront immédiatement accueillis par les balles », a-t-il ajouté dans un tweet, que le réseau social a décidé de signaler comme « une apologie de la violence ».

Sur un ton diamétralement opposé, son prédécesseur démocrate Barack Obama a dit partager « la détresse » des millions d’Américains noirs, pour qui « être traités différemment sur la base de la race est tragiquement, douloureusement et de façon enrageante normal ». « Cela ne devrait pas être normal dans l’Amérique de 2020 », a ajouté le premier président noir des Etats-Unis. « Les gens sont en colère car ce n’est pas la première fois que la police tue dans ce pays », a déclaré le révérend Al Sharpton sur la chaîne MSNBC vendredi.

Le candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2020 à lui aussi rapidement réagi et a dénoncé le comportement de Donald Trump. « Ce n’est pas le moment pour les tweets incendiaires. Ce n’est pas le moment d’encourager la violence. On vit une crise nationale, on a besoin d’un vrai chef, un chef qui rassemble tout le monde autour d’une table pour éliminer le racisme systémique qui nous ronge, a déclaré Joe Biden. […] Et pour réparer ce lien entre la police et les populations qu’elle doit protéger, il faut que tout le pays se mobilise. […] Chaque Américain doit s’y mettre maintenant car par notre complaisance, par notre silence, nous nous rendons complices de la perpétuation de cette violence. Il faut réaliser cette promesse que nous n’avons jamais vraiment tenus : tous les hommes naissent libres et égaux ».

(Avec AFP)