Les Américaines, championnes du monde. (Richard Martin/L’Équipe)
La Coupe du monde femmes a été une vraie réussite populaire. Mais la FIFA va devoir travailler pour la pérenniser.
Matthieu Barberousse
08 juillet 2019 à 20h06

La Coupe du monde féminine qui s’est achevée dimanche a laissé entrevoir de belles promesses, tant elle a suscité de ferveur. La FIFA devra plancher à une façon de la rendre plus attractive encore. Et de manière durable.

Une réussite sur les écrans
Même les plus optimistes ne s’attendaient pas à ça. Lorsque la France a été désignée pays organisateur il y a quatre ans, en mars 2015, il fallait être devin pour imaginer que plus de 1,1 million de billets serait vendu, que TF1 battrait tous ses records d’audience et que l’équipe de France serait escortée du Parc des Princes à Nice en passant par Rennes et Le Havre d’une ferveur réjouissante.

Mise en valeur par une organisation rodée par l’Euro 2016, propulsée par des médias diffuseurs puissants (TF1 et Canal +), soutenue par l’envie brûlante de tout un pays de revivre les scènes de liesse de l’été 2018 et intervenant dans un contexte sociétal nouveau où la place faite aux femmes est devenue un enjeu majeur, la Coupe du monde qui s’est achevée dimanche par le triomphe des Américaines contre les Néerlandaises (2-0) a grandi dans des proportions inattendues.

Et la France n’a pas été isolée dans sa ferveur. Au Brésil, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Suède ou en Italie, des records ont été battus alors qu’aux États-Unis les audiences ont aussi nettement progressé par rapport à la Coupe du monde 2011, disputée en Allemagne avec un décalage horaire identique. Avec 58,7 millions de téléspectateurs à travers le monde, le huitième de finale France – Brésil (2-1 a.p.) est devenu le match féminin le plus regardé. « Il y aura un avant et un après », s’est réjoui Gianni Infantino, le président de la FIFA.

Au final, l’objectif du milliard fixé avec ambition par la Fédération internationale sera atteint. Ce chiffre est encore loin de celui de la Coupe du monde en Russie l’été dernier (3,5 milliards), mais il est au-dessus de celui du Canada 2015 (850 millions). Et c’est déjà une victoire incroyable pour la version féminine de la Coupe du monde d’être comparée à celle des hommes, l’événement sportif le plus suivi avec les Jeux Olympiques.

De l’enthousiasme dans les stades

Dans les stades aussi la réussite a été palpable. Les affluences ont été supérieures à ce qui était attendu et la présence de nombreux spectateurs étrangers a contribué à donner à l’événement un caractère international. « On a changé de dimension, explique Erwan Le Prevost, président du comité d’organisation. C’est l’évolution du foot féminin. On a franchi un énorme gap depuis le Canada en 2015. On était sur la base d’un événement franco-français. On tablait sur 90 % de spectateurs français et 10 % d’étrangers. On ne pensait absolument pas qu’il y aurait un tel engouement. On a été surpris. On a vite compris que la compétition serait très différente de celle qu’on imaginait au départ. »

Seize matches ont été disputés à guichets fermés, même si tous les sièges n’étaient pas toujours occupés, le revers d’une politique tarifaire attractive. « C’est sûr que des gens qui ont acheté des packs de trois matches pour 30 euros ont pu plus facilement faire un no-show, explique Erwan Le Prévost. Mais il ne faut oublier que le record de spectateurs à Paris pour un match féminin c’était 22 000 dont 6 000 payants. Donc, en imaginer 47 000 au Parc le premier soir, ce n’était déjà pas évident. Avec le recul, on aurait peut-être fait différemment. Mais on l’assume. C’était un objectif d’avoir des stades remplis et avec 74 % de taux de remplissage, on est assez nettement au-dessus de notre objectif, qui était de 57 %. »

Même si elle est apparue parfois un peu sage, l’ambiance dans les tribunes, assez différente de celle qui peut être vue parfois dans le foot masculin, a aussi répondu aux attentes. « 40 % des spectateurs venaient pour la première fois au stade, dit Erwan Le Prevost. Avoir ambiances familiale, conviviale et populaire, c’était notre objectif. » Évidemment, il y avait moins de monde dans les fan zones que lors de l’Euro 2016, moins de couleurs dans les rues que lors de la Coupe du monde 1998 et la fête a rarement dépassé le cadre des stades. Dans certaines villes, comme Nice ou Montpellier, la sensation de participer à un grand événement était même très lointaine. Mais, encore une fois, la comparaison avec les plus grosses manifestations du football masculin n’est pas pertinente, parce qu’elles n’ont pas d’équivalent en termes d’engouement populaire. La Coupe du monde est venue se situer juste derrière et c’est déjà un progrès considérable.

Un engouement à confirmer

Le nom du pays organisateur de la prochaine Coupe du monde ne sera connu qu’en mars 2020 (*). Mais avec l’Euro 2021 en Angleterre ou les JO 2020 au Japon, l’intérêt pour les compétitions féminines ne devrait pas faiblir. Plus que les championnats nationaux, pour l’instant, le développement et l’exposition du football féminin passent par les compétitions internationales et c’était le sens de la proposition du président de la FFF, Noël Le Graët, de « passer la Coupe du monde tous les deux ans ». La FIFA a compris que son produit « Coupe du monde femmes » avait un avenir et qu’elle allait devoir investir pour le faire fructifier, ce qui n’était pas forcément évident il y a quelques semaines.

Gianni Infantino a déjà annoncé le doublement de la dotation pour les équipes, qui était de 50 M€ (contre 400 pour les hommes). Aujourd’hui, le président de la FIFA a déjà imaginé un passage à 32 équipes. Mais il sait qu’il va devoir mettre la main au porte-monnaie pour améliorer encore le niveau de jeu et préserver l’universalité de cette Coupe du monde. Parce que la compétition qui s’achève a aussi dressé une ligne de partage entre les pays qui ont les moyens d’investir dans le football féminin (sept européens en quarts de finale plus les États-Unis) et les autres.

La formation de joueuses de haut niveau est très coûteuse et, sans aides, l’écart pourrait grandir de façon abyssale. La FIFA a prévu de doubler son investissement dans le football féminin en passant de 500 millions à 1 milliard d’euros. Développer cette compétition est à ce prix-là.

(*) Les postulants sont : l’Afrique du sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Bolivie, l’Argentine, une association Corée du Sud-Corée du Nord, le Brésil, la Colombie et le Japon.

publié le 8 juillet 2019 à 20h06