Le général Mahamat Nouri, président de l’UFDD avec quelques responsables de son mouvement (photo d’illustration non datée).
© Laurent Correau/ RFI
Par RFI Publié le 17-06-2019 Modifié le 17-06-2019 à 22:32

Le chef rebelle tchadien Mahamat Nouri et deux autres suspects ont été interpellés ce lundi 17 juin dans le cadre d’une enquête ouverte depuis 2017 sur des soupçons de crimes contre l’humanité commis au Tchad et au Soudan entre 2005 et 2010.
Les trois hommes, interpellés tôt ce lundi matin, ont été placés en garde à vue par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH), a indiqué le parquet de Paris.

« Le président Nouri [le général Nouri est le président fondateur de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), ndlr] a été arrêté ce matin à son domicile, aux environs de 5h du matin, devant son épouse. On lui a retenu ses deux téléphones, on a pris son ordinateur, l’appartement a été fouillé de fond en comble. Ils ont pris tout document qui leur tombait entre les mains », raconte le porte-parole de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), Mahamat Affileck Halata, également installé en France.

Ancien proche de Hissène Habré, ralié à Idriss Deby, il devient son ministre de la Défense puis ambassadeur en Arabie Saoudite au début des années 2000. Mahamat Nouri entre en rébellion en 2006. Deux ans plus tard, il est à deux doigts de renverser Idriss Déby, qui bénéficie déjà à l’époque d’un soutien décisif de la France pour s’en sortir.

« La France traque les opposants »

Pour le porte-parole de l’UFDD, l’objectif des enquêteurs était clair : « Trouver une preuve qui puisse incriminer » Mahamat Nouri (archives RFI). Celui-ci est visé par une enquête préliminaire en cours depuis mai 2017, pour des chefs de crimes contre l’humanité, complicité de ces crimes et association de malfaiteurs en vue de la commission de ces crimes.

Sauf que, d’après Mahamat Affileck Halata, le président de l’UFDD n’était pas présent à Khartoum en 2004, n’y arrivant qu’en 2006. « On est sereins au sein du mouvement et on sait exactement ce qui s’est passé », ajoute-t-il.

Mahamat Nouri, qui vit à Paris depuis plusieurs années, à la tête d’autres rébellions au sein de l’Alliance nationale (AN) avait mené en février 2008 une offensive sur Ndjamena et avait été tout près de renverser le régime du président Déby, retranché dans son palais. Paris avait à l’époque apporté un soutien décisif à l’armée, tout en niant participer directement aux combats.

Ce qui fait dire aujourd’hui à Mahamat Affileck Halata que « la France traque les opposants » tchadiens et « devient le bras armé du régime d’Idriss Déby ».

De son côté, le président de l’une des principales ligues tchadienne des ligues des droits de l’homme Mahamat Nour Ibedou s’est dit « profondément atterré par la vague d’arrestations injustifiés et arbitraire opérées par les autorités françaises dans le milieu de l’opposition en exil en France ».

Autres interpellés, l’ancien secrétaire général de son mouvement l’UFDD Abakar Tollimi, ainsi que Abderrahman Abdelkerim, qui vient lui d’un autre mouvement rebelle tchadien.