Une foule appelée par le CLC (comité de coordination laïc) pour protester contre la corruption dans la rue de Kinshasa, RDC, 21 octobre 2019. (Facebook / Licoco)
mai 13, 2020
AFP VOA

Des organisations anti-corruption et des citoyens de République démocratique du Congo ont dénoncé mercredi le contrat passé entre Kinshasa et la société belge qui fabrique les passeports biométriques congolais, qui fait l’objet d’une enquête judiciaire à Bruxelles.

Au total « 51 citoyens congolais se sont constitués partie civile dans l’enquête judiciaire en cours en Belgique contre la société SA Semlex Europe », a indiqué la plate-forme anti-corruption « Le Congo n’est pas à vendre » lors d’une conférence de presse à Kinshasa.

A Bruxelles, le parquet fédéral belge a confirmé à l’AFP qu’un juge d’instruction enquêtait depuis trois ans sur des soupçons de fraude visant cette société.

De son côté, par la voix de son avocat Me Luc Stalars, la société belge a rappelé que depuis 2017 « elle réfute l’ensemble des insinuations malveillantes rapportées à son encontre ».

Le contrat signé par Semlex avec l’Etat congolais « a été exécuté à la satisfaction des autorités et des citoyens congolais », sans aucun « grief concernant la qualité du travail », a ajouté l’avocat dans un courriel.

Mais « à 185 dollars, le passeport congolais est parmi les plus chers du monde », a accusé la plate-forme anti-corruption congolaise. « Sur ce montant, 60 dollars sont réservés à une société-écran dénommé LRPS ».

« Avec plus de 600.000 passeports vendus depuis l’entrée en vigueur du contrat Semlex, la société écran pourrait avoir encaissé plus de 36 millions de dollars », selon cette plate-forme.

Ce marché avait été conclu en 2015 sous le régime de l’ex-président Joseph Kabila.

Le mouvement « Le Congo n’est pas à vendre » a appelé le « gouvernement congolais de ne renouveler sous aucun prétexte ce contrat » qui expire le 10 juin 2020. Il demande « un appel d’offre transparent ».

« Si la République démocratique du Congo trouve son compte dans ce marché, et si nous constatons que les choses sont faites conformément aux normes du marché public, le Congo renouvellera ce contrat. Dans le cas contraire la RDC ne le renouvellera pas », a déclaré le porte-parole du gouvernement David-Jolino Diwampovesa Makelele, interrogé par l’AFP.

Les 13 organisations congolaises demandent aussi « à la justice congolaise d’ouvrir une enquête pour corruption » envers « les personnes impliquées dans les négociations du contrat de 2015 ».

En 2017, des activistes avaient organisé des manifestations contre le prix du passeport congolais et l’invalidation d’anciens passeports semi-biométriques.

Le Réseau panafricain pour la lutte contre la Corruption (UNIS), la Fédération internationale pour les droits humains et la Ligue des droits humains ont également porté plainte.