Mbi la gué s’est entretenu ce jour avec Maître Bruno Hyacinthe GBIEGBA, Avocat au Barreau de Centrafrique, militant des Droits de l’Homme, un homme qui a engagé sa vie pour la promotion, la protection et la dignité de ses semblables, quelques jours après son retour de la Hay où il a pris part à la 18ème Session de l’Assemblée des États Parties de la Cour Pénale Internationale, du 02 au 07 décembre 2019.

Bonjour Maître Gbiegba, vous revenez de la CPI à la Haye où vous avez pris part à la 18ème Session de l’Assemblée des États Parties en tant que membre de la Société Civile Centrafricaine. De quoi a-t-il été question et il y avait-il des enjeux particuliers ?
Bonjour Madame la journaliste. Je vous remercie de l’opportunité que vous m’offrez quant à ma participation à la 18ème AEP au Statut de Rome.
La société civile est pleinement associée par les États Parties à cette activité très importante parce qu’ils ont besoin de notre soutien permanent.
Il y a eu en effet deux préoccupations principales, à savoir la proposition de la société civile concernant les critères de désignation des nouveaux juges du siège et du futur remplaçant de la Procureur, Madame Ben SOUDA, qui va finir son mandat en 2020 et du mode opératoire de son équipe qui ne poursuit que les présumés criminels d’un seul côté.

Avez-vous pu faire entendre votre voix quand à cette justice à deux vitesses où seuls deux Ex Rebelles faisant partie des Antibalaka ont été transférés à la CPI alors que bon nombre d’Ex Rebelles de la Séléka sont toujours en liberté en Centrafriaque?
Il est important de préciser que sur ce cas, le gouvernement centrafricain et la société civile sont sur la même longueur d’onde, ce qui est bien rare. Le Ministre de la Justice a aussi déploré cette justice à deux vitesses.
Ainsi, lors de la séance de travail avec la Procureure et ses collaborateurs avec la société civile, nous n’avions pas manqué de lui expliquer que sa politique qui consiste à poursuivre les présumés criminels d’un seul côté, suscite une incompréhension au sein de la population qui attend une justice impartiale, puisqu’elle garde encore les stigmates de la décision de l’acquittement de sieur Bemba Gombo.
Elle doit rassurer la population en procédant à l’arrestation des suspects de la Coalition Séléka et Anti Balaka, dont certains occupent de hautes fonctions politiques dans l’administration centrafricaine, sachant pertinemment qu’ils ne bénéficient pas de l’immunité.

A quand le transfert de l’un d’entre eux?
C’est la question que tout le monde ne cesse de se poser.
On ne comprend pas la difficulté qu’il y a à exécuter les mandats d’arrêt concernant les suspects qui sont en contact permanent avec les autorités politiques et sécuritaires, dont certains se promènent dans les aéronefs de la MINUSCA qui est censée aider le gouvernement centrafricain dans le cadre des Mesures Temporaires d’Urgence.

Le Burundi ne fait plus partie des pays signataires de l’Accord de Rome. Qu’en pensez-vous ? Les raisons évoquées sont-elles justifiables et réelles ?
Le prétexte invoqué par le Burundi pour se retirer du Statut de Rome n’est pas justifié.
Il est important de préciser que tous les États ont signé volontairement ledit Statut.
Par conséquent, il est maladroit de sortir, après l’ouverture d’une enquête consécutive aux crimes qui heurtent la conscience qui ont été commis et qui continuent d’être commis.

Et vous, que pensez-vous de la CPI, son fonctionnement ?
La CPI est encore une jeune juridiction qui n’a que 20 ans d’existence. Elle a encore du temps, pour s’améliorer et des défis à relever afin de gagner la confiance de ses détracteurs.
Il y a des améliorations à faire pour éviter les audiences qui durent presque des éternités, pour les parties et les observateurs.
Il faut donner plus d’importance aux victimes pour participer, afin de se faire entendre dans les procédures de la CPI.

L’un des Chefs Rebelles se trouve pour l’heure arrêté à Ndjaména. Pensez-vous qu’il peut être transféré à la CPI ou à Bangui pour répondre de ses crimes ?
Nous luttons contre l’impunité et nous souhaitons que le sieur Martin Koumtamadji alias Abdoulaye Miskine soit traduit devant les juridictions nationales pour tous les crimes qui lui sont reprochés.
La CPI qui n’est qu’une juridiction subsidiaire ne peut intervenir que si nos autorités politiques et judiciaires estiment qu’il y aura de sérieuses difficultés pour organiser son procès sur le territoire national.

Le Général Bozizé souhaite rentrer en Centrafrique et jusque-là, suite à un arrêté, aucune compagnie aérienne ne peut le prendre à son bord. De plus il ne dispose toujours pas de passeport. Qu’en pensez-vous ? Etes-vous pour ou contre son retour en Centrafrique?
L’ex Président Bozize est un Centrafricain qui peut rentrer dans son pays selon sa volonté, mais, ce retour ne doit pas empêcher la justice de se mettre en mouvement, concernant les poursuites qui sont engagées depuis des années contre lui, sauf si, l’on veut toujours faire la promotion de l’impunité, que la société civile continue de dénoncer, suite à la nomination de présumés criminels à de hautes fonctions dans l’administration centrafricaine.

Nous sentons vraiment une crise politique se pointer en Centrafrique et les mécontentements ne vont que croissants suite aux innombrables questions de corruption, détournements de fonds, malversations etc…. Qu’en pensez-vous ?
La corruption est un phénomène qui affaibli le fonctionnement régulier des institutions républicaines et fausse la répartition des richesses, en ce qu’elle appauvrit la majeure partie de la population et accroît la richesse d’une minorité.
La RCA est classée 149ème sur 180, selon l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International en 2018, et curieusement, il n’y a aucune poursuite, malgré l’existence de multiples institutions chargées de lutter contre la corruption, faute de volonté politique, qui empêche les Magistrats du Parquet de faire leur travail en toute indépendance.
Tant qu’il n’y aura pas de poursuites contre les véreux, ils continueront à s’enrichir facilement au détriment de l’Etat Centrafricain. Je vous remercie Mme la Journaliste.

C’est moi qui vous remercie                                                                                                                                                                                       

Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET