Des migrants venant du Brésil traversant le Rio Grande, le 12 juin 2019. Herika Martinez, AFP
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FRANCE 24 Première publication : 26/06/2019 – 22:26 Dernière modification : 26/06/2019 – 22:51

L’émotion et la colère dominent aux États-Unis après la publication d’une photo des corps d’un père et de sa fillette, noyés dans le Rio Grande en tentant de franchir la frontière. Des élus démocrates ont dénoncé une politique migratoire « inhumaine ».

Tristesse et colère. La photographie des corps d’un père et de sa fille en bas âge gisant dans les eaux du Rio Grande a provoqué mercredi 26 juin l’émoi et la colère aux États-Unis, où des élus démocrates ont dénoncé la politique migratoire « inhumaine » de Donald Trump.

Le président américain a lui exprimé son « horreur » à la vue de la photo, mais il a montré du doigt ses adversaires démocrates qui veulent, selon lui, « des frontières ouvertes et cela veut dire des gens qui se noient ».

« Tâche sur notre conscience morale »

Beto O’Rourke, ancien élu du Texas et candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, a affirmé sur Twitter que le milliardaire républicain était « responsable » de ce nouveau drame de l’immigration clandestine.

En « empêchant » les migrants de déposer des demandes d’asile aux postes-frontières, le gouvernement « force les familles à traverser entre ces postes, entraînant plus de souffrances et de morts », a-t-il ajouté.

Les dépouilles d’Oscar Martinez Ramirez, un Salvadorien de 25 ans, et de sa fille âgée de 23 mois, ont été retrouvées lundi sur la rive mexicaine du fleuve Rio Grande, près de Matamoros, dans le nord-est du Mexique.

Selon les médias américains, il avait décidé la veille de traverser la frontière à la nage car le pont allant vers Brownsville, côté américain, était fermé.

La sénatrice de Californie Kamala Harris, autre candidate démocrate pour 2020, a dénoncé la politique migratoire « inhumaine » du milliardaire républicain, la qualifiant de « tache sur notre conscience morale ».

« Ces familles qui demandent l’asile fuient souvent la violence extrême. Et que se passe-t-il quand elles arrivent ? Trump dit : ‘Retournez d’où vous venez' », a-t-elle expliqué sur Twitter.

Administration monstrueuse et sans cœur

Pour la parlementaire progressiste Rashida Tlaib, « cette administration monstrueuse et sans cœur doit rendre des comptes ».

Les autorités américaines font face depuis plusieurs mois à des arrivées massives de migrants originaires d’Amérique centrale, qui fuient la misère et la violence dans leur pays.

Certains déposent des demandes d’asile aux postes-frontières et doivent attendre au Mexique l’examen de leur dossier, ce qui peut durer plusieurs mois.

D’autres choisissent de traverser illégalement la frontière, au péril de leur vie, pour se rendre aux autorités une fois aux États-Unis.

Le sénateur républicain Ron Johnson s’est dit choqué par la photographie du père et sa fille noyés. « Je ne veux plus voir une photo comme celle-ci à la frontière américaine », a-t-il lancé, visiblement ému, espérant que le cliché allait « entraîner le Congrès (…) à faire quelque chose ».

L’élu démocrate du Texas Joaquin Castro a estimé dans le New York Times que la photo était la « version » américaine de celle montrant le corps d’Aylan Kurdi, un petit Syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage de Turquie et devenu le symbole tragique de la crise migratoire de 2015.

Sa mort avait provoqué une onde de choc en Europe et poussé les gouvernements de l’Union européenne à ouvrir pour un temps leurs frontières aux réfugiés syriens.

« Obsession démocrate »

La Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, a voté mardi soir une aide humanitaire d’urgence de 4,5 milliards de dollars pour financer l’accueil des clandestins détenus à la frontière. Le texte doit désormais être négocié au Sénat, à majorité républicaine.

La semaine dernière, Human Rights Watch a dénoncé les conditions de détention de 300 mineurs non accompagnés dans un centre des autorités frontalières à Clint, au Texas. Selon l’ONG, les enfants dormaient à même le sol dans ce centre surpeuplé où le manque d’hygiène était criant. La majorité des enfants ont depuis été transférés dans d’autres structures.

Avec AFP