Ce mercredi, le gouvernement doit faire des annonces sur la nouvelle politique migratoire de la France, un mois après un débat sur le sujet à l’Assemblée.
ERIC FEFERBERG / AFP
Par RFIPublié le 05-11-2019 Modifié le 05-11-2019 à 22:03

Emmanuel Macron a fait de l’immigration l’un des marqueurs de la seconde moitié de son quinquennat. Le président français ne veut pas laisser ce terrain à l’extrême droite. Ce mercredi, le gouvernement doit faire des annonces sur la nouvelle politique migratoire de la France, un mois après un débat sur le sujet à l’Assemblée. Les grandes lignes sont déjà connues avec 20 mesures qui sont sur la table.

Édouard Philippe a présenté lundi hier soir à plusieurs ministres et à des parlementaires de la majorité les grandes lignes de la nouvelle politique migratoire française. Le Premier ministre a confirmé plusieurs annonces qu’il avait faites à la tribune de l’Assemblée nationale il y a un mois.

D’abord, principale mesure et vraie révolution dans le système français : des quotas d’immigration économique en fonction des besoins des secteurs professionnels, sur les modèles canadien et australien. Chaque année, une consultation aura lieu entre le ministère du Travail, Pôle emploi, les syndicats, le patronat et les régions pour fixer ces quotas dans des professions en manque de bras. Quotas dans le bâtiment, dans la restauration, dans le secteur des services. La liste de ces objectifs chiffrés sera connue l’été prochain selon la ministre du Travail.

Cette politique de quotas, la droite en rêvait et c’est donc Emmanuel Macron qui veut s’y atteler. L’idée était déjà lancée par Nicolas Sarkozy en 2007. Alain Juppé aussi avait fait des quotas d’immigration l’une des mesures phares de son programme lors de la présidentielle de 2017. Tout comme François Fillon, candidat de la droite face à Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron chasse sur les terres du RN

Ces annonces sur l’immigration font partie d’une grande stratégie du chef de l’État pour contrer le Rassemblement national. L’offensive la plus récente, la plus visible et la plus controversée, c’est cette interview dans Valeurs Actuelles la semaine dernière. Sur 12 pages, Emmanuel Macron donnait sa vision sur l’immigration et il se disait prêt à des « quotas de migration légale » pour occuper des postes non pourvus. « Il y a des emplois que vous ne ferez plus occuper à des Français comme le métier de plongeur », déclarait le président avant de préciser : « Je préfère avoir des gens qui viennent de Guinée ou de Côte d’Ivoire légaux, qui sont là et qui font ce travail, que des filières bulgares ou ukrainiennes clandestines. »

À la rentrée de septembre déjà, Emmanuel Macron avait mis le sujet en haut de la pile. Devant le gouvernement et les parlementaires de la majorité, il avait regretté un « droit d’asile détourné de sa finalité » et dénoncé les « bourgeois » qui se détourneraient du sujet. À 5 mois des municipales et à 2 ans et demi de la présidentielle, Emmanuel Macron chasse clairement sur les terres du RN.
L’objectif : convaincre l’électorat de droite qui a glissé un bulletin En Marche aux européennes de basculer définitivement du côté du macronisme plutôt que du lepénisme.

Durcissement du regroupement familial

Parmi les autres mesures prévues par le gouvernement, le regroupement familial devrait être durci. Tout comme l’accès à la naturalisation. Emmanuel Macron veut aussi lutter contre les abus de l’aide médicale : les demandeurs d’asile devront attendre 3 mois pour accéder à la Puma, la protection universelle maladie qui couvre les besoins médicaux de base. L’Aide médicale d’État est épargnée mais certains actes non urgents pourront être validés par la Sécurité sociale. Il y aura davantage de contrôles sur les bénéficiaires de l’ADA, l’aide aux demandeurs d’asile. Deux mesures qui seront discutées dès jeudi à l’Assemblée. Enfin, l’office de protection des réfugiés et des apatrides, ainsi que la cour nationale du droit d’asile recevront de l’argent pour accélérer le traitement des demandes d’asile.

Pour résumer, les réactions sont presque les mêmes que celles dans l’hémicycle le mois dernier : la droite salue la mise en place de quotas mais trouve qu’Emmanuel Macron ne va pas assez loin, notamment sur l’Aide médicale d’État. La gauche, elle, dénonce « l’instrumentalisation » du thème de l’immigration pour détourner les Français des préoccupations sociales.

Au sein d’En Marche et des partenaires de la majorité, le sujet fait débat. Plusieurs députés de l’aile gauche mettaient en garde il y a plusieurs semaines : attention danger, terrain glissant ! D’autres regrettent que cette thématique prenne autant de place, à côté de l’emploi ou de l’environnement.