Nous ne cesserons de le répéter, l’Hôtel du Centre est un joyau entre les mains de l’Etat centrafricain. Il a fait la fierté du pays en son temps. Il semble être abandonné. Complètement abandonné. Et pourtant il fonctionne toujours, avec du personnel, un nouveau Directeur Général depuis près de quatre années. Une seule question essentielle, quelle baguette magique pour que ce monument en plein centre de la capitale Bangui puisse à nouveau fleurir? Nous sommes partis à la rencontre de M. Jean-Augustin MOUNET, le Directeur Général, pour nous enquérir de « l’état de santé » de notre Hôtel du Centre.

Monsieur le Directeur Général, pouvez-vous vous présenter s’il vous plait ?
Je suis Jean-Augustin MOUNET, Spécialiste d’Administration et Gestion des entreprises. Je suis le Directeur Général de l’HC, l’Hôtel du Centre et ce depuis le 20 octobre 2015. Dans ma carrière professionnelle, j’ai été Contrôleur de Gestion dans deux entreprises publiques pendant six ans, à la SOCADA (Société cotonnière) et à la SOCATEL (Société de Télécommunication). Puis, j’ai été Chargé d’Administration et des Finances dans deux agences des Nations Unies (NU) et une ONG internationale ; ainsi pendant plus de dix-sept ans à la FAO (Organisation des NU pour l’Alimentation et l’Agriculture), à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et à la FLM (Fédération Luthérienne Mondiale -actions humanitaires). Enfin, comme je l’ai déjà dit, je suis actuellement le DG de l’HC depuis bientôt quatre ans.

Pouvez-vous nous briefer sur l’état des lieux de l’hôtel lorsque vous aviez pris fonction ?
Sur ce point je parlerai de l’état du patrimoine immobilier, des conséquences des crises militaro-politiques sur le fonctionnement de l’hôtel, de la situation du personnel et du problème financier épineux.
En ce qui concerne le patrimoine immobilier, l’édifice qui abrite l’hôtel a été construit en 1970, soit depuis bientôt 50 ans. Déjà avec l’usure du temps, il est dans un délabrement assez avancé. L’établissement est donc dans un état de grande vétusté dès lors qu’il n’y a pas eu des travaux de rénovation.
Ensuite, il y a eu des pillages, sabotages, destructions, vols et extorsion de fonds pendant les évènements politico-militaires. L’occupation de l’Hôtel du Centre par les éléments armés (Séléka) et certaines personnalités de l’Etat pendant quatre ans a occasionné le départ de la clientèle privilégiée (ONG, Nations Unies, Union Européenne, Union Africaine….).
En ce qui concerne la situation du personnel, malgré la bonne volonté, le moral était à plat à cause de quelques agressions physiques ou verbales de la part des éléments armés. Parfois, il y avait de la démotivation à cause des mauvaises conditions de travail et de la frustration à cause de la mauvaise allocation de certaines primes et indemnités. Voilà le décor dans lequel j’ai trouvé l’Hôtel du Centre quand j’y suis arrivé.
Le tableau noir que je viens d’évoquer montre que la situation financière est peu reluisante. En effet, les difficultés financières de l’hôtel ont pour fondement les faits suivants : les créances sur l’Etat, soit 2,143 milliards de F.CFA et les dettes fiscales dues à l’Etat, soit 1,893 milliards de F.CFA au 31 décembre 2016. La solution idoine préconisée est la compensation des dettes croisée. Le dossier est déjà élaboré et en attente d’application au Ministère des Finances (Trésor). Les dettes sociales dues à la CNSS sont de 37,093 millions de F.CFA ; les dettes dues à l’ENERCA de 45,860 millions de F.CFA. Il existe aussi d’autres dettes dues à divers fournisseurs.

Quels sont vos atouts?
Cet hôtel dispose de nombreux atouts. Sa situation n’est pas que sombre, il y a également des atouts non négligeables, notamment le fait qu’il soit situé au centre-ville à proximité des services administratifs, commerciaux et financiers avec un agencement architectural bien structuré. Sa position dans un secteur calme et bien sécurisé fait de l’Hôtel du Centre, un hôtel sûr. Il est à 15 mn de l’Aéroport International de Bangui M’Poko avec une tarification abordable et attractive (41.200 ou 48.410 F.cfa par nuitée). L’hôtel du Centre dispose d’une diversité des services comme l’hébergement, le bar-restaurant, la piscine, la salle de réunion, la blanchisserie, la télévision-câblée, la connexion internet Wifi, un groupe électrogène de 200 KVA et une citerne de réserve d’eau de 1000 litres.

Qu’est-ce qu’on peut retenir comme réformes que vous avez apportées pour rendre visible l’Hôtel du Centre ?
Je me garde de parler de réformes, parce que pour faire des réformes, il faut engager de gros moyens financiers. Je vais plutôt parler des mesures d’améliorations prises, c’est-à-dire qu’à défaut des moyens financiers adéquats, nous avons pris des actions ne nécessitant pas d’argent ou très peu d’argent. Puis, nous avons fait des investissements de maintien avec des moyens financiers disponibles. Je vais citer comme exemples les faits suivants :
l’HC ne disposait pas de documents de base pour la gestion des ressources humaines, comme l’Accord d’établissement et le Règlement intérieur. Ces documents ont été élaborés en concertation avec les représentants du personnel et l’Inspection de travail et validé depuis 2017 ; il y avait des frustrations au sein du personnel pour l’attribution de certaines primes de manière inégale. Nous avons régularisé cette situation à moindre coût ; il s’est posé un problème d’étanchéité sur une partie de la toiture de sorte qu’en cas de pluie, il y avait fuite et infiltration d’eau dans les locaux surtout dans certaines chambres. Nous avons remédié à cela. Progressivement, les vieilles moquettes dans certaines chambres ont été remplacées par du carrelage. La peinture des bâtiments a été refaite sur les façades extérieures et les espaces communs.

Concrètement qu’est ce qui a changé dans cet hôtel ?
La démotivation, la frustration et l’absentéisme du personnel se sont mués en motivation, conscience professionnelle et assiduité.

Il me semble que l’on parlait entre temps d’une gestion peu orthodoxe sur le plan financier d’où les arriérés de salaire du personnel. Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Je vous dis tout de suite qu’il n’y a pas d’arriéré de salaire, c’est-à-dire l’accumulation de plusieurs mois de salaire non payés. Les salaires sont payés mensuellement. Nous travaillons avec un Expert-comptable qui fait le suivi régulier de la comptabilité jusqu’à l’élaboration du bilan et aussi avec un Commissaire aux Compte qui fait la vérification de la conformité des comptes. Je suis en mesure de vous confirmer qu’aucun de leur rapport ne fait état d’un problème d’orthodoxie. Il y a également des missions de contrôle diligentées par des organes de contrôle de l’Etat dont l’Inspection Générale d’Etat, l’Inspection Générale des Finances, la Cour des comptes, l’Inspection Centrale au niveau ministériel.

Toutefois, il y a certains membres du personnel qui ont des comportements indélicats consistant à soustraire des biens ou des liquidités. Eh bien, nous avons infligé des sanctions jusqu’à des licenciements.

A ce jour peut-on dire que l’Hôtel du Centre a renoué avec la clientèle ?
Effectivement l’HC a renoué avec la clientèle. Nous constatons le retour des clients privilégiés de l’HC (ONG, Nations Unies, Union Européenne, Union Africaine, CEMAC…) qui avaient quitté l’Hôtel à cause de la présence des éléments armés.
L’Hôtel du Centre est confronté à un espace concurrentiel difficile à cause des nouveaux hôtels et motels, ainsi que des appartements et studios meublés qui prolifèrent dans la ville de Bangui et ses environs.
Certains de ces clients réguliers sont détournés vers les nouveaux établissements hôteliers évoqués ci-haut, surtout vers les appartements et studios meublés.

Quels sont les différents services qui œuvrent pour la bonne marche de ce complexe hôtelier ?
Dans notre structure, il existe deux directions : la Direction Administrative et Financière ( avec 1 Chef Comptable, 1 Contrôleur Général, 1 Comptable-Clients, 1 Econome, 1 Contrôleur des points de ventes, 1 Responsable technique et 1 Assistante en informatique) et la Direction d’Exploitation (avec 1 Cheffe de Réception, 1 Adjoint Chef de Réception, 1 Gouvernante (avec services étage et blanchisserie), 1 Responsable de Bar-Restaurant, 1 Chef de cuisine et 1 Adjoint au Chef de cuisine). Chaque direction comporte en son sein des services avec des domaines de compétences variées.

Quel est votre secret ?
Pas de secret particulier. Je joue simplement mon rôle de Manager, en échangeant beaucoup avec mes principaux collaborateurs, mais également avec les autres membres du personnel. Chaque jour, je fais le tour de tous les services et de tous les locaux en vue d’identifier les problèmes à la source et de régler immédiatement les urgences.

Pour ce qui est des impôts et autres taxes publiques, êtes-vous à jour ?
L’Hôtel a des Créances sur l’Etat (2,143 milliards de F.CFA) et l’Hôtel a également des Dettes fiscales dues à l’Etat (1,893 milliards de F.CFA). Entre Créances et Dettes le solde est en faveur de l’Hôtel du Centre. Le gouvernement avait mis en place une commission interministérielle de croisement des dettes. Un rapport a été élaboré et l’on attend son application. Le gouvernement a pris des mesures concernant la compensation et la procédure est en cours.

Certaines rumeurs courraient pour une probable privatisation de l’hôtel : réalité ou désinformation ?
Les entreprises publiques comme l’Hôtel du Centre qui ont des difficultés financières drastiques recherchent des partenaires financiers pour intégrer ces entreprises, sous forme de participation au capital, en vue d’une restructuration et d’un redémarrage des activités. C’est dans ce sens qu’il y a des contacts entre l’Etat et les partenaires financiers.
L’Etat est représenté pour ces contacts par le Contrôle Général qui est un organe de la Primature en collaboration avec les Ministères en charge du Tourisme, du Plan et des Finances et du Budget. La direction de l’HC n’est pas partie prenante aux négociations, elle fournit en cas de besoins de la documentation sur la situation de l’hôtel.

Existe-t-il des perspectives pour 2019 dans l’optique de perfectionner les services de l’Hôtel du Centre ?
Dans l’optique de la privatisation, le Capital de l’HC sera ouvert aux investisseurs privés. Si cela est fait, nous prévoyons de réaliser un Plan d’investissements en quatre parties. Il s’agira de la rénovation complète du bâtiment qui est très vétuste, l’agrandissement de la salle de réunion actuelle, la construction d’une salle polyvalente (pour les réunions, conférences, fêtes et spectacles) et du renouvellement des matériels et équipements (chambres, Bar-Restaurant, Cuisine, Buanderie, et les structures de l’administration).
Je vous remercie.

C’est moi qui vous remercie.   

                                                                                                                                                                                                                                         Propos receuillis par Lydie Nzengou Koumat-Gueret