M. Vianey KOYABE vit en France depuis bien longtemps comme bon nombre de ses compatriotes. Il reste toujours attachée à sa terre natale et se questionne sans cesse lorsque l’actualité nationale fait couler beaucoup d’encre. Plutôt terre à terre et sans langue de bois, il donne et partage ses réflexions avec tous. Aujourd’hui, il répond à quelques questions de Mbi la gué.

Propos recueillis part Lydie NZENGOU Koumat-Gueret


Bonjour M. Koyabe, parlez-nous un peu de vous?
Bonjour Madame N’Zengou Koumat Gueret !
Hum !!! Qu’est-ce que je peux dire de moi d’autre que je suis d’abord un Centrafricain vivant depuis plus de vingt années en France. Je suis Père de famille (trois merveilleux garçons) et me considère comme un Serviteur de Dieu. Je Partage les mêmes difficultés des Africains vivant en Occident ainsi que les rêves et les déboires de mes compatriotes restés aux pays. Je suis un Centrafricain à part entière, et non pas un Centrafricain à part et entier. J’exerce le métier du Conseil et travaille comme Consultant Senior Finance sur l’ERP SAGE ENTREPRISE MANAGEMENT.


Que pouvez-vous nous dire de votre point de vue sur la situation politique du pays?
Comme tous les ressortissants Centrafricains de l’étranger, je suis resté profondément attaché à mon pays et à ma culture. Je suis d’abord Centrafricain. Et à ce titre, tout comme chacun d’entre nous, j’ai partagé la souffrance et le désespoir des ressortissants de la République Centrafricaine depuis ma plus tendre enfance jusqu’à ces dernières années. Même si bien souvent nos compatriotes au pays ne nous considèrent pas comme « Centrafricains », mais plutôt comme des privilégiés ayant perdus toute légitimité à la citoyenneté Centrafricaine. Toutes ces précisions sont nécessaires pour repositionner la légitimité de l’avis que je vais exprimer ici à propos de la situation politique du Centrafrique. Je suis donc de ceux qui attendent encore un signal positif, au-delà de tous les verbiages boiteux et superficiels que nous entendons çà et là au point de décrédibiliser le Centrafricain. Force est de constater et d’admettre qu’à ce jour, Il n’y a aucun signal positif en perspective ! La sécurité de la vie humaine n’est plus quelque chose de garantie dans notre pays. Je parle de sécurité des biens et des personnes. Je parle de la santé, de l’éducation. Je parle comme de l’eau potable et courante qui est un minimum dans une société moderne du 21ème siècle. Je parle de la disponibilité de l’électricité sans laquelle il n’y a pas de sécurité dans la cité, encore moins de développement économique. Ce sont des choses pourtant basiques à l’échelle ne fusse que d’une ville, avant d’être à l’échelle d’une Nation. Mon point de vue sur la situation de notre pays, c’est ce constat patent de manque de Leadership si criant de la part des politiques centrafricains manquant de visions et d’objectivité. Cette injustice permanente, ce manque de justice érigés en mode de fonctionnement. Ce manque de dignité et de patriotisme. Ce manque de conscience profond. Je suis de ceux qui pensent que le peuple doit se réveiller et évincer toute cette génération de politiques dépassés et sclérosés à tous les niveau, qui, depuis les indépendances, continuent d’occuper l’espace et à n’être capables d’aucune alternative profitable à cette Nation. Je suis désolé d’être aussi dure, mais c’est mon avis sur la Nation. Et je me devais d’être honnête sans viser qui que ce soit de particulier.

Quel est l’apport de la diaspora Centrafricaine de France sur la vie politique du pays? A-t-elle un poids?
L’apport de la diaspora Centrafricaine de France sur la vie politique du pays, est inexistant à ce jour… La diaspora n’a aucun poids car elle n’est pas organisée, en termes d’hommes et de femmes, ou encore, de moyens financiers et de réseaux. La diaspora n’a aucun poids car l’expérience a montré que les seuls exemples récents que nous avons, ce sont ceux de la diaspora qui a été à la soupe en rejoignant le régime du fait de leurs liens de parentés… Nous avons tous notre point de vue sur ces personnes. Le mien, c’est que je trouve cela vraiment pathétique, cette incapacité à penser et à agir à l’échelle d’une Nation ou d’une communauté de vie. Toujours est -il qu’une nouvelle génération a commencé à émerger et à s’investir dans la marigot politique français. Nous avons même l’un de nos ressortissants récemment élu Député à l’Assemblée Nationale Française. Je suis de ceux qui pensent que cela pourrait à terme servir à influencer le cours des choses. « Wait and see » !


Comment doit-elle être organisée pour impacter la Nation entière, là je ne parle pas que de celle de France.
Pour que la diaspora puisse impacter réellement la Nation entière, il faut d’abord que les gouvernants en soient conscients et le souhaitent. Et ensuite que sera élaboré une politique réelle et volontariste à déployer sur le terrain. C’est donc plusieurs étapes qu’il faudra d’abord que le gouvernement franchisse.
Dans ce domaine, nous avions eu la déception d’avoir eu à la tête des départements chargés de la diaspora, des responsables qui n’ont fait aucune proposition concrète; ou encore qui n’ont montré de vision dans ce domaine. Un travail avait commencé à être fait du temps du Président BOZIZE avant que les ambitions de certains de nos compatriotes détruisent tout à ce jour. Tant que l’Etat n’en comprendra pas l’importance, ce sera un vœu pieux que nous exprimerons çà et là !


Croyez-vous toujours en nos autorités politiques?
Je suis désolé de répondre « non » … Peu importe les raisons qui pourront être évoquées pour justifier cette réponse, je résume tout par le manque de Leadership chez nos autorités politiques. Encore faille-t-il « percuter » le sens du concept de « Leadership ».

Y-a-t-il compatibilité entre servir Dieu et servir son pays?
Je dirais plutôt qu’il n’existe aucune incompatibilité à servir Dieu et son pays en même temps. Servir Dieu n’est pas une religion, mais un sacerdoce. On le fait par ce que l’on a reçu un appel pour cela. Ce qui pourrait être mauvais dans cette situation, c’est la confusion des genres propice à toutes les dérives d’une part et la perception de ce sacerdoce par les croyants en face, pour peu qu’ils manquent de connaissance. Un Serviteur de Dieu n’est pas Dieu, et ne saurait se mettre à la place de Dieu. Ce n’est qu’un homme… Servir son pays c’est contribuer à l’amélioration de la vie de ses concitoyens, par une gestion saine et honnête des choses de la cité. Et cela malgré nos limites. Pour moi en tant que Serviteur, cela me fait penser au Christ qui, s’adressant à Pierre, en dépit des faiblesses et limites de Pierre, après sa résurrection. Le Christ voulant restaurer Pierre après le triple reniement précédent la crucifixion, lui demanda trois fois de suite : «Pierre, m’aimes-tu ? » avant de conclure en lui disant « paît mes brebis ». Pour moi, servir Dieu, c’est aussi cela, servir ou encore s’occuper de l’humain. Donc ce n’est pas incompatible.

Un message particulier avant de nous séparer ?
Le temps et les circonstances relèvent du domaine de Dieu. Et du coup, l’époque ou la période durant laquelle Dieu nous a permis d’avoir un séjour terrestre ont un sens. Dieu ne nous a pas positionné dans cette époque pour rien. C’est parce que nous avons tous un rôle à y jouer. C’est pourquoi, chacun se doit de trouver sa place et de se mettre en action, pour le bien de son prochain, de sa Nation, de sa famille, ou encore de son temps. Levons nous tous ensemble et mettons-nous en action. Peu importe le domaine, ou les niveaux. Notre Nation a besoin de nous tous.

Je vous remercie.
C’est moi qui vous remercie