Joséphine de retour en France après un séjour de deux semaines à Bangui, répond aux questions de Mbi la gué sur ce qui l’a emmenée à y retourner après 10 années et ce qu’elle peut en retenir, elle qui vit dans son confort douillet de Strasbourg.

Pouvez-vous vous présenter?
Je m’appelle Joséphine, j’ai 30 ans, j’habite à Strasbourg et je suis Française d’origine Centrafricaine.

Vous êtes revenue en Centrafrique après 10 ans, quelle a été votre motivation et pourquoi une période aussi longue sans y remettre les pieds?
Ce qui m’a motivée à revenir à Bangui a été était le vide ressenti au plus profond de moi car mon pays me manquait ainsi que la famille encore présente là-bas et surtout l’envie de revoir ce lieu qui m’a laissé de si bons souvenirs lorsque j’y étais à mes 20 ans.
J’ai mis du temps à y revenir parce qu’à ce moment précis je ne pensais pas forcément au pays, je ne m’y projetais pas du tout. J’étais surtout « insouciante » pour employer ce mot-ci. Je préférais passer le temps avec mes amies, voyager entre nous mais toujours en Europe. Puis, avec le temps (surtout après la naissance de ma fille), j’ai commencé à ressentir ce besoin de retour aux sources, car il ne fallait pas oublier mes racines et surtout c’était important de ne jamais briser ce lien avec l’Afrique et permettre à ma fille et à moi-même de ne jamais oublier d’où nous venons. Voir l’Afrique que les médias nous montrent ne me suffisait plus.

Quelles sont vos impressions lors de votre séjour à Bangui ?
Concernant la situation du pays, elle est assez critique car j’ai l’impression que le pays « recule » dans le temps. On rencontre actuellement des problèmes qu’il n’y avait pas il y a 10 ans quand j’y étais : coupure d’eau et d’électricité dans certaines zones. Je reste compréhensive quand je me souviens néanmoins des différents conflits qui ont certainement contribué à faire régresser le pays. Cependant, je peux dire que les personnes m’ont laissé une bonne impression car malgré toutes ces réalités, ces conditions dans lesquelles elles vivent, elles relativisent et arrivent à s’y accommoder sans grande difficulté, chose qui a été compliquée pour moi dès mon arrivée. J’aime vraiment cette mentalité, cet état d’esprit qui essaie de toujours voir le bon côté de la vie. Je suis persuadée que tôt ou tard l’on devrait bien se relever de tout cela.

Pouvez-vous nous faire une comparaison de votre vie en France et de celle que vous vivrez si vous deviez rester en Centrafrique ?
Je pense que je pourrai facilement vivre au pays à condition d’avoir un minimum de confort c’est à dire avoir l’eau et l’électricité de façon permanente et surtout un moyen de transport privé. Avec tout cela je pense que je n’aurai rien à envier à ma vie en France parce qu’au pays la routine n’existe pas, tandis qu’en France c’est plutôt métro boulot dodo, il n’y a pas vraiment par exemple de temps pour se rassembler, se retrouver tous en famille (oncles, tantes, cousins…) à passer de bons moments ensemble ; ce qui est très important pour moi. À Bangui j’ai eu l’occasion de profiter de ces moments où il y a toujours un ou plusieurs membres de la famille qui trouveront du temps avant ou après le travail pour ne serait-ce que passer dire bonjour, prendre des nouvelles. En France c’est plutôt par téléphone. Selon moi, il manque ce contact humain qui est tout de même la base d’une vraie communication et surtout cela crée plus de liens, de se voir et échanger en face plutôt que par le biais du téléphone. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette chaleur humaine

Quel message pour les jeunes filles de votre âge restées à l’étranger ?
Mon message pour les filles de mon âge qui sont à l’étranger serait de saisir l’opportunité au moins une fois de retourner aux sources, revenir au pays et profiter de cette façon de vivre qui est différente, de découvrir les mentalités et personnalités, voir à quel point le pays peut être beau et plein de richesses. Je pense que ça pourrait apporter une nouvelle vision de l’Afrique à certaines qui auraient perdu ce lien.

Quel message pour les jeunes Centrafricains et les jeunes filles en particulier?
Mon message pour les Centrafricains c’est qu’il est temps de se réveiller, soyons unis et reconstruisons ensemble le pays à l’image du Rwanda qui a su se relever après cette grande tragédie du génocide. L’on pensait qu’ils n’en seraient pas capables mais pourtant voyons ce qu’est le Rwanda aujourd’hui ! Le Sénégal qui reste un peuple unis et n’oublie jamais ses racines, même pour l’enfant né à l’étranger, il ne manque jamais d’y retourner dès qu’une occasion se présente… Et j’en passe des pays africains qui peuvent servir d’exemple. Malheureusement, je trouve qu’il y a peu d’union entre nous Centrafricains, malgré la devise « Unité, Dignité, Travail ». Il est grand temps de rendre les Lettres de noblesse à l’esprit qui a prévalu lors de la fondation de notre nation.
Quant aux jeunes filles centrafricaines, valorisons notre culture, il n’est pas nécessaire de copier les diktats qui nous sont imposés par les médias, montrons notre belle culture.
Je vous remercie

Propos recueillis par Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET