Nous sommes avec l’Honorable Jean-Pierre Mara, Elu de la Nation, Député de Mala, qui nous provient de la Diaspora française. Il avait fait le pari de rentrer à Bangui, s’engager et se présenter pour les législatives en 2016. Habitué à vivre dans un environnement totalement démocratisé, avec en poche une expérience confirmée et le souhait d’impacter, aujourd’hui la déception est là, face à lui. Mais il veut toujours y croire, transformer, changer pour la Renaissance de la République Centrafricaine.

Bonjour Honorable Jean-Pierre Mara, l’on ne vous présente plus. Mais nous vous posons tout de même la question. Qui êtes-vous?
Je m’appelle Jean-Pierre MARA. Fils de paysans, Je suis né le 18 Mai 1960 à Mala dans la Kemo. J’ai quitté la RCA très jeune après le BAC F3 en 1980. J’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur en Electrotechnique section Informatique et Télécom en 1992.
En matière de compétence, j’ai successivement travaillé chez deux équipementiers télécom américains Ascend et Lucent et le Français Alcatel. C’est après mes 18 ans d’expériences professionnelles que j’ai quitté Alcatel-Lucent dans les fonctions de Directeur de projet en Architecture Réseau de transport de l’information. Je suis marié, pères de 6 enfants
Vous avez suivi l’actualité de ce week-end en Centrafrique. Quelle analyse en faites-vous?
Je suis très inquiet de la tournure que prend la RCA. J’ai été un militant estudiantin pendant toute la durée de mes études. J’ai combattu toutes les formes de dictatures et de privation de liberté. Je ne comprends pas que nous revenions à ces pratiques en 2019. Ce n’est pas un virage mais marche arrière en matière de démocratie et de droit dans la marche du pluralisme politique. Qu’avons-nous retenues comme leçons des expériences BOKASSA, KOLINGBA, PATASSE ET BOZIZE?

En tant que Député de la Nation, pensez-vous qu’il y aura une interpellation lorsque l’on sait que ce sont des tirs à balles réelles qui ont été opposées aux manifestants à bras nus?
A quoi servent les interpellations? L’esprit de dictature et le non-respect des textes habitent tout le monde. Je ne crois pas en la démocratie en RCA ou les interpellations ne servent à rien. Il y a eu par exemple cinq interpellations du gouvernement sur la situation sécuritaire depuis le début de la 6ème Législature. Et pourtant. Je ne crois plus en la capacité des Centrafricains à changer.

Vous appartenez à la Commission Equipement et Communication, deux journalistes français ont été arrêtés, molestés et dépouillés et les journalistes centrafricains intimidés? Que dites-vous de cela?
Cette Question doit être posée à tous et pas seulement au Vice-Président de la commission Equipement et Communication. Il est question du respect de notre Loi Fondamentale qui garantit la Liberté de la Presse mais surtout la Liberté d’opinion. J’espère que le Président de la République qui est le garant de la Constitution va prendre les mesures qui s’imposent. D’ailleurs, pourquoi la sécurité présidentielle est impliquée? Le Président était-il présent sur les lieux? La dictature ne cesse de hanter les Centrafricains. Quel est le rôle d’une Sécurité Présidentielle ?

Et que pensez-vous de ce groupe de jeunes appelés « Requin » qui profère publiquement des menaces à l’encontre des membres de E Zingo biani? Que fait le Haut Conseil de la Communication?                                                                                    Yakete et Cocora..nous connaissons la suite. Ce pays oublie très vite et c’est un défaut.

Que pensez-vous de l’arrestation de Bendouga?
J’ai beaucoup de respect pour le Président du MDREC qui va rester incompris pendant toute sa carrière politique. C’est véritablement un des lutteurs centrafricain pour la liberté. Luttant sans armes, il est l’un sinon le seul vrai lutteur pour l’application totale des règles élémentaires de Démocratie. C’est un modèle et c’est dommage ce qui lui est arrivé. Seule l’histoire lui donnera raison. Cela, étant, je condamne son incarcération, un acte injustifiable de tous les points de vue. Heureusement je viens d’apprendre sa libération.

Quel est votre avis sur l’Accord de Khartoum?
Je ne suis pas sûre de la capacité et de la sincérité des signataires. Cependant la volonté du Président est manifeste et il faut la sincérité pour compléter sa volonté. Ici, il y a lieu de se demander ce que pensent les populations de Bambari, Bandoro, Bria et autres.

Que faire et comment pour aider et appuyer le Président TOUADERA dans sa vision et politique qui semble floue ? Beaucoup de Centrafricains ne comprennent plus rien et ne savent pas où va la RCA.
Je n’ai pas de leçons à lui donner en la matière. S’il est demandeur et s’il estime qu’il a besoin de mes services ou bien s’il a besoin de se faire aider, il le demandera. On a toujours besoin d’un plus petit que soit.

Et à l’Assemblée Nationale, l’on constate un virage à gauche après l’euphorie de la destitution du PAN sortant?
Je n’ai pas de commentaires. Je préfère le mutisme ici. C’est l’expression d’un autre malaise centrafricain. Mais je préfère ne pas faire de commentaire.

Rassurez-nous, tout va pour le mieux, la RCA va s’en sortir? Si oui, Gloire à Dieu, si non quels ingrédients ajouter à la soupe quotidienne?
Il faut repenser la RCA. Le système Présidentiel et la constitution posent problème car ce sont des copiés-collés inadaptés au modèle culturel centrafricain.
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Si c’était à refaire est-ce que vous vous engageriez toujours sur cette voie, apporter votre contribution à la construction de l’édifice RCA?
J’ai suivi des gens et j’ai été déçu mais je voudrais encore essayer. Cependant le poids et le prix à payer sont trop lourds. Que peut-on faire seul? C’est pour ne plus être seul que je me suis engagé dans la création d’un parti. Avec la « Renaissance », je voudrais faire une nouvelle expérience, celle de contribuer à un renouveau en République Centrafricaine. Avec la Renaissance, nous voulons que le Centrafricain Renaisse, qu’il voie autrement son apport pour le progrès de notre pays. « Ici c’est comme ça » doit devenir un vocabulaire étranger à la société centrafricaine. Nous voulons des Femmes et des Hommes qui se remettent en cause et qui remettent en cause les tares comportementales de notre société. Aujourd’hui plus que décidé à contribuer à la Renaissance d’esprit citoyen pour ainsi changer la société centrafricaine et surtout sortir du fatalisme sociétal, un carcan dans lequel tout le monde est enfermé.

Un dernier mot?
Nous avons beaucoup de richesses naturelles ce qui signifie donc que nous avons une grande potentialité économique. Ce qui nous manque c’est la vision de la création de richesse pour le profit de tous. Il y a une petite clique de profiteurs situationnistes qui empêche toute la société centrafricaine d’évoluer vers le bien-être. Ces profitosituationnistes alimentent la majorité avec des notions du genre à faire croire que ce sont les occidentaux qui sont les responsables de notre situation économique. Mais la réalité est que c’est l’injustice sociale et l’impunité qui sont les vrais fléaux qui alimentent la mauvaise gouvernance et génèrent les crises récurrentes. Il faut casser cette spirale. Merci à vous pour cet entretien.

C’est moi qui vous remercie.                                                                                                                                                                         

Propos recueillis par Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET