Les députés de la Knesset ont voté la dissolution du Parlement le 29 mai 2019, ouvrant la voie à l’organisation de nouvelles élections anticipées le 17 septembre.
Menahem KAHANA / AFP

Par RFI Publié le 29-05-2019 Modifié le 30-05-2019 à 10:17

Après six semaines de consultations, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu n’est finalement pas arrivé à se constituer une majorité parlementaire. Les députés israéliens ont décidé, le mercredi 29 mai au soir, de dissoudre le Parlement, ouvrant la voie à l’organisation de nouvelles élections anticipées le 17 septembre prochain.

Avec notre correspondant en Israël, Guilhem Delteil

C’est une première dans l’histoire israélienne. Jamais encore un Premier ministre désigné par le président à l’issue des législatives n’avait échoué à former un gouvernement. Mais Benyamin Netanyahu n’a pas réussi à rallier le parti ultra-nationaliste Israel Beitenou de son ancien ministre de la Défense, Avigdor Lieberman.

C’est sur la question de la réforme du service militaire pour les ultra-orthodoxes que le désaccord s’est cristallisé. Les partis religieux voulaient assouplir un texte qui lèverait l’exemption de service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes. Mais Avigdor Lieberman exigeait que ce texte soit voté dans sa forme initiale. Et il a refusé de rejoindre la coalition de droite que tentait de construire Benyamin Netanyahu. « Nous ne pouvons pas être partenaires d’un gouvernement religieux », s’est-il justifié ce mercredi soir.

Face à cet échec, la Knesset a adopté en 3e lecture la loi de dissolution qui entraînera des élections le 17 septembre.

Minuit en #Israël: Benyamin Netanyahu, désigné pour former un gouvernement à l’issue des dernières élections, a échoué à constituer une coalition. La Knesset est sur le point d’adopter en 3ème et dernière lecture la loi de dissolution qui entraînera des élections le 17 septembre.

Guilhem Delteil (@GuilhemDelteil) 29 mai 2019
C’est le visage crispé que le Premier ministre israélien, en poste depuis dix ans sans discontinuer, est apparu devant les caméras dans la nuit. Le chef du gouvernement n’a pas caché sa colère à l’égard de son ancien collaborateur et ex-ministre. « Avigdor Lieberman m’a mené par le bout du nez », a-t-il dit, assurant que le chef d’Israel Beitenou n’avait jamais eu l’intention de signer un accord de coalition. « À chaque fois, il avait une demande différente », a déclaré le Premier ministre, qualifiant Avigdor Lieberman de « menteur » et de « gauchiste ».

« Avigdor Lieberman, à mon regret, a mené en bateau ses propres électeurs. Depuis le début, à aucun moment il n’a eu l’intention de réaliser ce qu’il demandait. Avigdor Lieberman entraîne pour la seconde fois le pays dans des élections pour tenter d’obtenir quelques sièges de plus. C’est incroyable, tout simplement incroyable. Avigdor Lieberman fait maintenant partie de la gauche. On lui donne des voix pour la droite et il n’apporte pas son soutien à la droite. Il fait tomber des gouvernements de droite. Nous allons mener une campagne électorale nette et claire. Et nous allons gagner. Oui, nous allons remporter la victoire », a ajouté Benyamin Netanyahu.

Benyamin Netanyahu accuse lui Avigdor Lieberman d’avoir fait tomber un gouvernement de droite. « Il m’a mené par le bout du nez » dans les négociations de coalition, assure t-il. « Aujourd’hui, Lieberman est de gauche ».

Guilhem Delteil (@GuilhemDelteil) 29 mai 2019
La colère était tout aussi forte chez le chef de l’opposition. Benny Gantz, qui a voté contre la dissolution de la Knesset, a dénoncé un scrutin « inutile » qui va « coûter des centaines de millions d’euros », une somme qu’il aurait préféré voir attribuer aux personnes âgées ou aux rescapés de l’Holocaust. Mais, pour lui, le responsable de cette situation est Benyamin Netanyahu dont la priorité a été, juge-t-il, de se construire une « forteresse juridique » pour se protéger contre les enquêtes pour corruption le visant.

« Un acte de folie », estime la presse israélienne

La presse israélienne est bien sûr aussi consacrée à la dissolution de la Knesset. Pour beaucoup, comme l’explique notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul, c’est un acte de folie qui va enfoncer Israël dans un tourbillon qui va paralyser le pays politiquement et aussi économiquement. À en croire les journaux, les Israéliens sont perplexes après la suite d’événements de ces dernières 24 heures.

Pour Haaretz, ce sont des éléments cachés du public qui ont provoqué la crise. Car pour le quotidien, il semble évident que ce n’est pas la fameuse loi sur la conscription des soldats ultra-orthodoxes qui est le véritable motif de ces élections anticipées, les secondes qu’Israël va connaître en 2019.

Beaucoup d’ironie aussi sur l’accusation lancée par Netanyahu : Lieberman a désormais rejoint le camp de la gauche. Une caricature montre les deux rivaux, en trapézistes effectuant un vol plané non contrôlé. « Un acte de folie », titre un éditorialiste. « Les masques sont tombés », proclame un autre chroniqueur.

Pour Israël Hayom, le journal proche du pouvoir, Avigdor Lieberman n’est qu’un voyou au trop grand appétit. Mais le quotidien fait aussi remarquer que les partis ultra-orthodoxes sortent affaiblis de cette crise. Yediot Aharonot parle de grand bazar tandis que Maariv voit là une nouvelle forme de politique.