Le Laboratoire, cette association initiée et gérée par des Centrafricains nous remplit d’espoir. Le Centrafricain est le seul qui connaît son pays et qui est en mesure d’apporter les solutions idoines à tous les maux rencontrés depuis tant d’années. Ils se sont levés partout, tant dans le pays qu’à l’extérieur de celui-ci et s’imposent. Pour reconstruire la République Centrafricaine dévastée, il faudra compter avec eux et pour eux. C’est fini, rien ne sera plus comme avant. Ils proposent, ils montrent une voie, ils attendent d’être comptés dans l’équation.
Dans l’entretien de ce jour avec M. Cyrus Nabana, nous apprenons beaucoup.

Qui êtes-vous?
Je suis Cyrus Nabana, Centrafricain, réside en France et je travaille en tant qu’Ingénieur à la SNCF. Aujourd’hui je suis au contrôle de gestion, toujours à la SNCF.

L’on vous connaît très actif ici en France, dans la communauté centrafricaine, notamment avec LELAB. Parlez-nous en, comment a émergé cette idée, comment l’avez-vous conçu?
Effectivement, je suis le Président du Laboratoire Centrafrique en abrégé LELAB ? C’est une association que l’on a monté en 2014 avec un certain nombre de compatriotes Centrafricains qui résident ici en France et c’est suite à la destruction de la base structurelle du pays que nous avons réfléchi, à savoir comment nous pouvions mettre en place des solutions, des réformes structurelles pour contribuer à sa reconstruction.

Vous parlez de solutions, de réformes structurelles. Comment vous agissez, comment vous pensez, comment intervenez-vous ?
Nous avons une vision parallèle à celle du gouvernement qui a le devoir régalien de gérer et de piloter le pays. Cependant nous n’allons pas dans ce domaine-là ! Par contre et néanmoins nous avons de petites choses que nous pouvons faire en parallèle et sur lesquelles nous pouvons travailler, notamment en allant prendre en compte les besoins de la population, d’échanger avec elle, de voir quelles sont ses attentes et comme tout le monde n’a pas forcément la possibilité de remonter ses besoins au niveau de l’état, nous, au travers de nos ONGs, cette structure, nous voyons comment nous pouvons réfléchir sur ces attentes-là et proposer des solutions.

Donnez-nous un exemple d’une idée qui a germé et qui est en incubation chez vous au LAB.
Un exemple est le cas des assises que nous avons organisées l’année dernière à Bangui. Elles portaient sur l’emploi et la formation professionnelle parce que nous constatons qu’il y a énormément de demandes de personnes au chômage, pas seulement des jeunes et nous nous sommes la question de savoir pourquoi elles sont au chômage. Bien sûr il y a la situation sociale et économique du pays, mais il doit également y avoir d’autres causes endogènes qui ne sont pas analysées. Nous sommes donc allés rencontrer les populations lors de ces assises pour leur demander pourquoi elles n’arrivent pas à la sortie de leurs études à trouver un emploi. Elles nous ont expliqué que dans la majorité des cas il faut faire un stage et il faut le payer alors qu’elles n’ont en pas les moyens et normalement ces stages sont rémunérés. Ce n’est pas à eux de payer les stages. On leur demande régulièrement d’avoir entre trois et cinq années d’expérience. Si elles n’ont pas de stages, si elles ne travaillent pas, il leur est difficile de trouver un emploi.
L’idée nous est donc arrivée de monter un incubateur qui va permettre à ces personne-là, via l’incubateur, de se lancer dans la vie professionnelle, de monter leur entreprise, de se lancer dans l’entreprenaria et peut-être qu’au bout d’un an, deux ans, soit elles continuent si cela se passe bien ou alors elles vont capitaliser cette expérience pour pouvoir postuler à des offres d’emploi.

Nous c’est qui au sein du LAB ? Vous êtes combien à vous y investir ?
Nous, c’est l’ensemble des personnes qui sont intéressées et souhaitent venir travailler au sein du LAB. Comme je le dis souvent, LELAB c’est une maison avec une porte sans clé. Cela veut dire que tout le monde peut y entrer et également apporter ce qu’il peut apporter. Si à un moment donné cette personne souhaiterait passer à autre chose, il y a toujours la possibilité de se retirer. Tout le monde qui a envie d’apporter sa contribution peut venir au sein du LAB et travailler avec nous et apporter sa pierre à la construction de l’édifice RCA.

Aujourd’hui LELAB représente combien de personne ?
En France nous sommes entre 10 et 12 personnes de manière régulière et à Bangui de manière régulière entre 8 à 9 personnes. Si l’on fait la somme, LELAB c’est entre 15 et 20 personnes de manière régulière.

Comment rejoindre LELAB Bangui ou celui de Paris ?
Nous avons un site internet www.lelab-rca.org, nous avons une page facebook LELAB RCA et il y a aussi les contacts téléphoniques et mail que vous pouvez trouver sur le site internet ou sur la page facebook. Le mail c’est contact@lelab-rca.org.

LELAB organise ce week-end un événement où interviendra un spécialiste non Centrafricain.
En effet, l’une de nos spécificités c’est que nous souhaitons en plus des intervenants Centrafricains faire appel également à des intervenants étrangers, notamment africains, qui puissent partager avec nous ce qui se fait de bien dans leur pays. En 2018, nous avions fait appel à l’intervenant M. Patrice Passi, le Président de l’UCA qui aujourd’hui fait du très bon travail au Congo Brazzaville dans le domaine de la qualité dans les entreprises. Ce samedi 6 juillet, nous aurons le Dr Elie Nkamgueu qui est le Président du Club Efficience, le 1er Cercle de réflexion africain aujourd’hui en France. Il va nous partager son expérience de la diaspora africaine. Ce sera très intéressant pour la RCA.

Nous avons fait le contour du LAB, nous venons maintenant en RCA. Ma question première est est-ce que nous avons des Laboratoires en RCA, dans les Ministères, autour du Premier Ministre, du Président de la République ; des personnes qui réfléchissent sur des sujets bien précis et conseillent sur les pistes à prendre, ou qui nous disent que dans 10, 15 à 20 ans, les profils dont le pays aura besoin dans tel ou tel domaine seront ceux-ci, ceux-là ?
Merci pour cette question, parce que c’est le nerf de la guerre, c’est justement ce que nous essayons de faire, de mettre en place, d’être ce Laboratoire qui puisse appuyer le gouvernement, l’Etat dans la réflexion sur les différentes réformes. Nous le voyons dans certains pays, ces structures, ces Laboratoires aident le gouvernement. C’est le cas de Teranova en France qui aide les différents gouvernements qui passent, dans les réflexions des politiques publics pour les années à venir. Nous aimerions donc que ce soit le même processus en RCA. Il y a des compétences, des personnes qui ont fait de hautes études et qui ont l’opportunité de travailler dans des grands groupes, comme moi à la SNCF qui est un grand groupe international. Nous avons une vision stratégique des choses, donc ce que nous avons pu capitaliser chez les autres, nous aimerions le mettre à disposition du pays. Pour cela, il faudrait déjà que ceux qui sont aux commandes de l’Etat aient envie de travailler avec nous.
Nos réflexions sont là, nous travaillons sur un certain nombre de chose, je vous donne l’exemple de la restructuration d’une entreprise comme l’ENERCA qui aujourd’hui est à bout de souffle, la restructuration d’une entreprise comme la SODECA qui est aussi à bout de souffle, des réformes fiscales et économiques qui permettraient aux investisseurs de venir investir dans le pays plutôt que d’avoir des accords qui souvent l’on ne comprends pas l’origine. Voilà, il faut essayer de réfléchir à ces différentes choses-là, pour voir comment l’on peut avoir une vision stratégique de notre pays et aider le gouvernement, le Chef de l’Etat ou aider les différentes entreprises à avoir un cap dans ce qu’ils font.

C’est ce que vous aimeriez être, c’est ce que vous dites. Est-ce à dire qu’il n’y a aucun laboratoire en RCA ?
Joker. Je ne saurai vous le dire. Je ne connais pas les rouages de l’état, ni les différentes structures qui conseillent le Chef de l’Etat ou les gouvernements successifs.

Est-ce que c’est la Communauté internationale ?
La Communauté internationale fait de son mieux. Pour qu’elle soit efficace dans notre pays, il faudrait que nous-mêmes nous puissions montrer la voie. Et si nous laissons à la Communauté internationale de montrer la voie, cela ne pourra pas marcher. Citez-moi un seul pays dans lequel c’est la Communauté internationale qui a piloté les politiques publics. On voit que c’est la RCA et nous nous rendons compte que jusque à aujourd’hui nous tournons en rond parce que cette Communauté internationale ne maîtrise pas les méandres de la société centrafricaine. Elle ne va pas au fond des quartiers ou villages en Centrafrique. Elle ne côtoie pas au quotidien les Centrafricains, donc elle ne peut pas connaître les besoins des gens. Or nous, Centrafricains, tous les jours, nous avons grandi dans le système, nous avons grandi parmi nos parents, nous connaissons leurs besoins et par rapport à ce qui peut être dit par la Communauté internationale, nous sommes en mesure d’aider à la construction d’une solution.

Quel est le Ministère qui devrait être en charge de cela, chapeauté cela ?
Le Ministère du Plan je pense, parce que j’ai toujours dit qu’il faudrait avoir un Commissariat au Plan indépendant de tout autre département et qui soit dédié à la prospective, la réflexion sur le devenir du pays parce que si l’on met cela avec d’autres départements dans un Ministère, il y a trop de chose et les énergies peuvent être partagées sur plusieurs sujets brûlants. Il faut au Commissariat au Plan directement rattaché au Chef de l’Etat pour la vision de prospective du pays.

Est-ce à dire que la RCA depuis tant de décennies avance à vue d’œil, pilote le navire sans plan ?
Je laisse à tout un chacun la liberté d’en tirer les conclusions.

Que pensez-vous de la politique actuelle menée par le Président de la République ?
Bonne question et difficile parce que lorsque l’on n’est pas à sa place, quand on n’est pas Président, c’est facile de donner un avis sur comment piloter un pays mais c’est au pied du mur que l’on voit un maçon. Tant que l’on n’est pas Président ou Premier Ministre, il est difficile de porter un jugement sur ce qui aurait pu être bien fait ou pas. Néanmoins, il y a certaines pistes assez simples que nous nous promouvons et nous espérons qu’un jour l’on nous entendra pour que nous puissions travailler ensemble dans ce sens.

Vous êtes jeunes. La jeunesse centrafricaine a-t-elle un avenir serein, certain, visible ?
J’aime bien votre question parce que l’année dernière j’étais allé au stade voir un match de football, pour le éliminatoire de la CAN, Centrafrique contre Côte d’Ivoire et j’ai été impressionné. Dans le stade, c’était rempli que de jeunes. Je me suis dit que ce pays est jeune et si l’on arrive à leur donner la possibilité de s’épanouir, je pense que le pays va se relever. Et cette possibilité de s’épanouir passe par, je suis convaincu, la connaissance, le savoir. Si je peux demander quelque chose aujourd’hui au gouvernement pour cette jeunesse dont vous parlez, c’est de remettre à plat les structures scolaires, de mettre en place le maximum d’infrastructures pour permettre à cette jeunesse d’être formée car c’est elle qui formera les cadres de demain.

Je vous remercie
Merci Mme Nzengou.

Propos recueillis par Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET