Le prince héritier d’Abou Dhabi Mohammed ben Zayed al-Nahyane a reçu le général Abdel Fattah Burhan, chef du Conseil militaire de transition au Soudan, à l’aéroport présidentiel d’Abou Dhabi, le 26 mai 2019.
© WAM/Handout via REUTERS
Par RFI Publié le 27-05-2019 Modifié le 28-05-2019 à 08:47

Au Soudan, la semaine dernière, la coalition civile a appelé à 48h d’arrêt de travail, à partir de ce mardi 28 mai, pour faire céder les militaires putschistes qui ont pris le pouvoir. En jeu : la composition du Conseil souverain, l’organe qui va mener la transition jusqu’aux élections. Les deux camps ne sont pas d’accord sur sa composition et sa présidence.
Les civils se préparent. Conférences, communiqués, comités sont utilisés pour mobiliser les Soudanais. « On s’attend à une grosse participation. C’est une grève politique d’avertissement aux militaires, pour accélérer le transfert du pouvoir », explique Rashid Saeed, porte-parole de l’Association des professionnels.

Depuis plusieurs jours, les civils publient les noms des corporations ralliées au débrayage comme les salariés des secteurs pétrolier, portuaire, les vétérinaires, les avocats, etc. Solidaires, ceux de l’eau et électricité promettent néanmoins une continuité du service.

Les négociations entre les deux camps sont suspendues, mais pas les contacts. Des propositions alternatives sont d’ailleurs à l’étude pour le cas du Conseil souverain, avec cinq membres chacun et une présidence alternée de 18 mois, ou encore une présidence tournante de six mois, des votes à la majorité simple ou aux deux tiers selon l’équilibre des forces qui sera choisi.

Deux journées test

Ces deux journées auront valeur de test. Une grève suivie mettrait la pression sur les militaires. D’autant que les civils seraient prêts à concéder aux putschistes soit la présidence du Conseil souverain, soit la majorité des membres.

La participation sera scrutée d’autant que l’on dit les civils divisés. Oumma, le principal parti d’opposition, s’est d’ailleurs désolidarisé du mot d’ordre. « Cela créé l’incompréhension. La grève avait pourtant été votée à l’unanimité », indique Rashid Saeed, de l’Association des professionnels soudanais. Oumma a souvent eu une position ambigüe. « Le parti cherche à obtenir quelque chose des militaires et pense surtout aux prochaines élections », confie une source diplomatique.

Les chefs militaires dans le Golfe

Néanmoins, pas sûr que la grève fasse céder les soldats. Les dirigeants du Conseil militaire de transition ont en effet été reçus solennellement par les trois grandes puissances arabes ce week-end.

Le général Hemeti, numéro deux du régime, était en Arabie saoudite vendredi. Samedi, c’est le numéro un du Conseil, le général Abdel Fattah Burhan qui s’est rendu d’abord en Égypte, puis aux Émirats arabes unis, dimanche.

Ces voyages ont été l’occasion, pour les Soudanais, d’affirmer quelques principes à savoir le soutien indéfectible à la coalition arabe dans la guerre au Yémen – des soldats soudanais y combattent depuis le début contre la rébellion houthie soutenue par l’Iran – mais aussi le parrainage politique et financier de puissants protecteurs.

Pour l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats, l’essentiel tient en deux exigences, estime un bon connaisseur du Soudan. D’abord ne pas affaiblir la coalition arabe qui combat au Yémen. Ensuite, s’assurer de conserver une domination arabe sur le Soudan pour contrer l’influence de leur bloc rival constitué de l’Iran, de la Turquie et du Qatar.

A Khartoum, l’alliance de l’armée et des islamistes pilotée par Omar el-Béchir leur allait très bien. Après sa chute, un régime plus laïque mais contrôlé par des généraux fidèles est désormais un minimum, estime cet observateur. C’est ainsi qu’il faut comprendre la légitimation politique des chefs militaires soudanais au cours de ce week-end de photos officielles, ainsi que l’aide financière vitale octroyée par les Saoudiens.

Dans ce contexte, à la veille de la grève générale et alors que les pourparlers piétinent, l’opposition soudanaise se retrouve politiquement bien seule. Le soutien des ambassadeurs occidentaux ne pèse pas lourd, affirme un autre chercheur. Les généraux soudanais ont donc profité de la suspension des pourparlers pour montrer ce qu’ils pèsent. La grève générale et la pression de la rue montrera, dans les jours qui viennent, ce que pèsent désormais les révolutionnaires.