Ghassan Salamé, représentant spécial de l’ONU pour la Libye; © France 24
Par : Taoufik MJAIED
Publié le : 23/01/2020 – 19:36 Modifié le : 23/01/2020 – 19:36

Le chef de la mission des Nations Unies pour la Libye, Ghassan Salamé, est l’invité de Taoufik Mjaied. Il revient sur la conférence internationale de Berlin, l’embargo sur les armes, la trêve fragile en Libye et le dialogue impossible entre le général Haftar et le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj.

Invité de France 24, Ghassan Salamé revient sur la récente conférence de Berlin, qu’il qualifie de « grand pas en avant ». « Nous cherchions à créer un parapluie international en ignorant les belligérants », explique le chef de la mission des Nations unies pour la Libye.

Le 19 janvier, onze pays se sont réunis dans la capitale allemande dans le cadre d’une conférence organisée sous l’égide de l’ONU pour tenter de trouver une solution à la crise qui déchire la Libye depuis 10 ans. Ils s’y sont engagés à respecter l’embargo sur les armes décidé en 2011 par les Nations unies et à renoncer à toute « interférence » étrangère dans le conflit.

Concernant le cas de la Turquie, qui a envoyé ses troupes en Libye, Ghassan Salamé botte en touche. « Il y a aujourd’hui une bonne dizaine de nationalités de combattants non libyens qui interviennent dans la bataille : des experts militaires, des mercenaires, des combattants idéologiques, des troupes régulières », rappelle le diplomate. Mais le démantèlement militaire des combattants étrangers sera à l’agenda de la rencontre qui aura lieu à Genève fin janvier, assure-t-il.

« Ce que je crains, c’est que la trêve se casse pour de bon »

À Berlin, les participants ont aussi appelé à un cessez-le-feu permanent sur le terrain, qui se fait attendre malgré l’entrée en vigueur le 12 janvier d’une fragile trêve entre belligérants. Selon Ghassan Salamé, si la trêve est violée quasiment quotidiennement, la situation s’est néanmoins améliorée. « C’est vrai qu’il y a eu des attaques. Il y a des tirs d’artillerie, presque tous les jours, notamment du côté de l’aéroport international de Tripoli. Mais dans l’ensemble, ça en ressemble en rien à ce qui était le cas avant le 12 janvier », souligne-t-il.

Il admet que le dialogue interlibyen est pour le moins compliqué. « Si on laisse les Libyens tout seuls, ils n’arriveront pas à s’entendre. Donc il faut peut-être leur mâcher une bonne partie de la nourriture pour qu’ils puissent l’avaler », estime-t-il.

« Il faut prendre en compte les identités locales qui sont fortes », estime le diplomate, qui redoute de voir le conflit dégénérer en guerre civile. « Ce que je crains, c’est que la trêve se casse pour de bon et que les combats entrent à l’intérieur de la ville. Jusqu’ici les combats ont eu lieu dans des zones mi-urbaines, mi-rurales, mais si elles rentrent dans des zones strictement urbaines, ça veut dire des victimes civiles dans des chiffres qui sont très différents de ce qu’on a vu jusqu’ici », poursuit Ghassan Salame. « Ce que je crains maintenant, c’est une guerre régionale qui prenne la Libye comme théâtre », conclut-il.