Des fleurs ont été déposées sur les lieux de l’attentat à Hanau en hommage aux victimes, le 20 février 2020. REUTERS/Ralph Orlowski
Texte par : RFI
Publié le : 20/02/2020 – 13:37 Modifié le : 20/02/2020 – 18:32

Une double fusillade visant des bars à chicha de la ville de Hanau, près de Francfort en Allemagne, a fait neuf morts et cinq blessés graves mercredi 19 février au soir. Le tueur présumé a été retrouvé mort à son domicile.

Le tireur présumé, Tobias R., était âgé de 43 ans et proche des milieux d’extrême droite. Il n’était pas connu de la police et possédait légalement plusieurs armes. La police l’a retrouvé mort à son domicile aux côtés d’un autre corps qui pourrait être celui de sa mère. Son véhicule est aux mains de la police, qui y a retrouvé des munitions, un véritable arsenal.

La chasse à l’homme a commencé peu avant 23h mercredi soir, appuyée notamment par un hélicoptère, rapporte notre correspondante à Berlin, Nathalie Versieux. Vers 3h du matin, l’assaut est donné sur le domicile du forcené, identifié d’après des témoignages. Quelques minutes plus tard, la police quitte les lieux avec le père de l’individu, menotté.

Tobias R. a laissé une lettre de 24 pages pour justifier son acte, ainsi qu’une vidéo, toutes deux assez confuses. Il y est question d’un message à l’attention des États-Unis dans lequel il évoque la présence de structures militaires sous-terraines où des enfants seraient victimes de violences. Il évoque également le diable et le fait de ne jamais avoir eu de relation avec une femme. Surtout il appelle à l’extermination de populations d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, affirmant que la science prouverait que certaines races seraient supérieures aux autres.

Le parquet antiterroriste a repris l’enquête, précisant qu’il existait « des indices d’un arrière-plan extrémiste de droite ».

Merkel dénonce le « poison » du racisme

Plusieurs manifestations de soutien aux victimes sont prévues à travers le pays dans la soirée. La chancelière Angela Merkel a réagi ce jeudi matin fustigeant le « poison » du racisme en Allemagne. « Le racisme est un poison, la haine est un poison. Et ce poison existe dans notre société, depuis les actes de la NSU jusqu’au meurtre de Walter Lübcke et aux assassinats de Halle », a-t-elle déclaré.

La double fusillade de mercredi s’inscrit en effet dans une longue série d’actes racistes outre-Rhin. Entre 2000 et 2006, le Parti national-socialiste souterrain (NSU), un groupe néonazi composé de trois personnes, commet plusieurs assassinats visant des immigrés turc et grec, faisant neuf morts dont une policière. La seule survivante du groupe a été condamnée à la perpétuité en 2018.

Pendant une petite dizaine d’années, les milieux d’extrême droite semblent s’apaiser. Mais l’appel d’Angela Merkel en 2015 qui attire en Allemagne un million de migrants réveille la bête. En 2016, à Dresde, deux bombes artisanales explosent devant une mosquée. La même année, un terroriste proche de l’extrême droite abat neuf personnes près d’un centre commercial à Munich avant de se donner la mort. En 2018, on dénombre près de 10 000 actes xénophobes et antisémites commis à 90 % par des hooligans néonazis et skinheads.

En juin 2019, un élu pro-migrant du parti d’Angela Merkel est assassiné par un néonazi à Cassel, dans le centre du pays. Quatre mois plus tard, c’est une synagogue à Halle, dans l’est, qui est attaquée. La semaine dernière enfin, la police allemande a arrêté 12 membres d’un groupuscule d’extrême droite soupçonnés de planifier des attaques contre des mosquées.