Manifestant contre la réforme des retraites dans les rues de Toulouse, le 17 décembre 2019.
PASCAL PAVANI / AFP
Par RFIPublié le 17-12-2019 Modifié le 17-12-2019 à 20:03

Des dizaines de milliers de personnes manifestent dans la France entière, en cette journée test pour la réforme des retraites après 11 jours de mobilisation. Les syndicats défilent tous ce mardi 17 décembre, CFDT comprise. Mais que dit la majorité ? Faut-il que le gouvernement lâche du lest, après la démission de Jean-Paul Delevoye ?

Officiellement, la majorité fait bloc derrière la réforme présentée par Édouard Philippe, son système à point et l’âge pivot à 64 ans. Pour Jean-Jacques Bridey, le député La République en Marche du Val-de-Marne, pas question de faire des concessions.

« Moi, je ne sais pas s‘il faut lâcher du lest, glisse-t-il. Il faut faire cette réforme. On a dit qu’il fallait trouver un système équilibré. Maintenant, c’est aux partenaires sociaux d’engager des discussions, de faire des propositions. ».

La balle est-elle dans le camp des syndicats ? Les députés croisés ce 17 décembre à l’Assemblée sont unanimes. Tout va en fait se jouer ce mercredi lors de la réunion entre Édouard Philippe et les représentants des travailleurs. « Certains syndicats sont contre ce projet, nous le savons, mais d’autres se posent la question de son acceptabilité », décrypte le même Jean-Jacques Bridey.

« Le dialogue est bon »

De son côté, le député de l’Isère, Olivier Véran acquiesce. « Moi, j’ai le sentiment que le dialogue est bon, avance-t-il. Il y a des désaccords de fond qui sont actés, mais il y a la volonté partagée de trouver des solutions qui soient acceptables pour les Français. »

Deux lignes rouges demeurent toutefois pour la majorité. Pas question de revenir sur l’âge pivot en général ni d’augmenter les cotisations, comme l’a suggéré Laurent Berger de la CFDT ce mardi matin. Mais de vraies marges de manœuvre existent.

Même Edouard Philippe se dit « raisonnablement optimiste » avant de reçevoir les centrales syndicales. Le Premier ministre pourrait bien avoir trouvé la bonne formule pour contenter la CFDT, l’allié indispensable à cette réforme.

Un âge pivot individualisé ?

Laurent Berger ne veut pas d’un âge pivot à 64 ans pour tous, Matignon devrait donc lui proposer un âge pivot individualisé, en fonction de la pénibilité du travail. Les Français aux horaires décalés ou aux conditions de travail difficiles pourraient ainsi continuer à partir à 62 ans sans perdre de l’argent.

« Ça peut régler le problème avec les syndicats réformistes », anticipe un ministre qui anticipe en revanche un conflit durable à la SNCF et à la RATP sur les régimes spéciaux.

Se rabibocher avec la CFDT casserait le front syndical, le gouvernement pourrait revendiquer une victoire, les grévistes des transports se retrouveraient ainsi isolés face à la fatigue des usagers. L’essentiel, « c’est qu’on parte en vacances avec l’esprit apaisé en sachant que le dialogue a repris », résume un ministre.

■ La démission de Jean-Paul Delevoye n’est pas une « bonne nouvelle »

La démission de Jean-Paul Delevoye n’est pas une « bonne nouvelle », reconnaît-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron. Cette démission du « Monsieur retraites » du gouvernement complique en effet le bras de fer engagé avec les grévistes. Mais l’hypothèse d’une suppression de la réforme a été tout de suite évacuée. La porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye, l’a affirmé : « Cette réforme ne s’en va pas avec Jean-Paul Delevoye. »

Dans un premier temps, c’est Édouard Philippe et Agnès Buzyn qui vont « travailler plus », explique-t-on à l’Elysée. Jusqu’à ce que soit nommé un ou une remplaçante, d’ici le prochain conseil des ministres ? A voir. Les noms de quelques ministres comme Agnès Buzyn, Olivier Dussopt, Jean-Baptiste Djebbari ou Gérald Darmanin ont commencé à circuler.

Le casting est difficile, car Jean-Paul Delevoye avait une grande expérience des négociations avec les partenaires sociaux et connaissait parfaitement la réforme. En attendant, le Premier ministre a repris l’initiative et invité syndicats et patronat ce mercredi après-midi à Matignon pour reprendre les discussions. L’objectif de l’exécutif est le suivant : montrer qu’avec ou sans Jean-Paul Delevoye, le gouvernement continue à avancer.