Poignée de main entre le président de la République, Emmanuel Macron, et le Premier ministre, Jean Castex, alors que ce dernier était Délégué interministériel aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, le 9 janvier 2019 (Photo d’illustration). Ludovic MARIN / AFP
Texte par : Valérie Gas
Publié le : 07/07/2020 – 13:37 Modifié le : 07/07/2020 – 13:42

Emmanuel Macron avait promis de se « réinventer » après la crise sanitaire, mais la composition du gouvernement français qui vient d’être présenté reflète pourtant une grande stabilité dans les effectifs, car beaucoup de ministres sont reconduits, et dans les objectifs aussi.

Le casting du nouveau gouvernement confirme que pour aborder l’échéance de 2022, Emmanuel Macron veut s’appuyer sur des professionnels et passer par le centre droit. Il y a une « prise de guerre » politique dans ce gouvernement et elle est encore une fois à droite, pas à gauche : c’est Roselyne Bachelot, même si chez les Républicains on la compare à une « retraitée » de la vie politique pour minimiser l’impact de son ralliement à Emmanuel Macron et Jean Castex, un ami personnel. Mais l’arrivée de Roselyne Bachelot au ministère de la Culture ne change pas fondamentalement la donne préexistante.

Avec Jean Castex Premier ministre à la suite d’Édouard Philippe, avec des poids lourds à l’Économie, Bruno Le Maire, et maintenant à l’Intérieur, Gérald Darmanin, tous issus des Républicains, cela confirme simplement que le gouvernement continue de pencher vers le centre droit, là où se situe en fait la base électorale d’Emmanuel Macron. Le nouveau chemin annoncé par le président passe toujours par la préservation d’un intérêt électoral.

Emmanuel Macron a mis en place ce qui doit être son dernier gouvernement avant la présidentielle de 2022, il veut pouvoir compter sur des ministres solides, capables aussi de ferrailler, de porter la politique du gouvernement auprès des Français. Et de ce point de vue Roselyne Bachelot, très aguerrie, plusieurs fois ministres de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy, et parfaitement à l’aise dans les médias où elle a même été chroniqueuse, coche beaucoup de cases. C’est une recrue à forte personnalité qui lui sera utile en communication.

Pompili, l’alibi « vert »

Dans ce schéma, Barbara Pompili au ministère de la Transition écologique est un peu l’alibi « vert » d’Emmanuel Macron. Il ne s’agit pas d’une personnalité emblématique de l’écologie à la Nicolas Hulot qui serait venue incarner la prise en compte de la poussée verte aux municipales, une denrée difficile à trouver actuellement sur le marché politique pour le président de la République.

Barbara Pompili n’a pas de valeur ajoutée politique puisqu’elle fait partie de la majorité depuis 2017. Elle a été élue députée avec le soutien d’En Marche. Elle n’élargit pas le socle, mais elle rassure. C’est une écologiste sincère et réaliste donc compatible avec la relance économique, la priorité du gouvernement après la crise sanitaire. C’est une professionnelle de la politique, crédible et opérationnelle immédiatement sur les dossiers. C’est pour ça qu’elle a été choisie, pas pour envoyer un message symbolique sur l’écologie.

Le message, c’est Emmanuel Macron qui l’a fait passer dès le lendemain des municipales en recevant les membres de la convention citoyenne sur la transition écologique et en leur annonçant qu’il reprenait la quasi-totalité de leurs propositions. L’enseignement à en tirer, c’est que celui qui portera la politique dans ce domaine sera vraisemblablement le chef de l’État lui-même, dans la perspective d’une élection présidentielle où la question de l’écologie fera partie des thèmes dominants.

Dupont-Moretti : le pari de Macron

La véritable « surprise », c’est l’entrée au gouvernement d’Éric Dupont-Moretti. Personne ne l’avait vu venir, au palmarès des rumeurs, celle-ci est arrivée très tard et c’est finalement celle qui s’est confirmée. C’est le « coup » d’Emmanuel Macron dans cette nouvelle équipe gouvernementale où les autres entrants sont inconnus du grand public et ont été sélectionnés pour leur compétence et leur « opérationnalité » immédiate sur les dossiers dans ce gouvernement de mission, comme l’a dit Emmanuel Macron.

La mission d’Éric Dupont-Moretti, c’est certainement d’incarner avec un peu de fracas et de provocation – de la « disruption » en langage macronien -, l’entrée d’une nouvelle personnalité issue de la société civile au sein du gouvernement, avec panache, avec la voix forte d’un ténor du barreau, habitué des plaidoiries et rompu à l’exercice médiatique. Une personnalité qui a déjà fait réagir les magistrats notamment qui s’inquiètent de voir cet avocat, qui a souvent pris fait et cause contre eux, entrer au ministère de la Justice.

Éric Dupont-Moretti, clivant s’il en est, représente le plus gros pari du chef de l’État, un pari risqué. Mais Emmanuel Macron aime, comme il dit, « prendre son risque ».