Cette pandémie qui touche le monde nous interpelle tous. Le Covid-19, virus dangereux, mortel et invisible. Nos interrogations ne trouvent toujours pas de réponses. Les spécialistes s’accordent à dire qu’il n’y a pas encore assez de recul. La Centrafrique aussi est touchée.
Nous souhaitons en savoir plus. Docteur Luisa DOLOGUE-POTOLOT répond à nos quelques questions.

Pouvez-vous vous présenter Docteur Luisa DOLOGUELE-POTOLOT pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
J’aime dire que je suis d’abord une épouse et une mère, car à mon sens, c’est la famille qui est le moteur de tout. Ensuite, je suis médecin. C’est ce que j’ai toujours voulu faire, même si à partir de 2007 j’ai voulu vivre autrement mon engagement auprès des plus fragiles.
Je me suis alors tourner vers le développement et ai pris un poste de « Programme Manager » au sein du PNUD Congo. Grace à l’engagement de l’équipe multidisciplinaire que je dirigeais, nous avons travailler aux quatre coins du Congo pour l’amélioration des conditions de vie des communautés de base. Cela s’est fait à travers la construction de 1700 salles de classe, de dizaines de centres de santé et de nombreuses activités génératrices de revenus initiées en faveur des plus démunis.
Depuis 2014, j’assure des missions de terrain en Afrique en tant que « Consultante Internationale en Santé de Développement » et je m’occupe en parallèle de mon ONG intitulée « Espoir & Avenir » et suis aussi membre de l’ONG « La Maison de l’Artemisia ».

Vous semblez très active sur la pandémie du Covid-19. Avez vous une expérience ou une expertise en matière de lutte contre une épidémie ou pandémie?
L’étude des épidémies montre que de manière cyclique et au terme d’un siècle, il existe un risque de pandémie. C’est à dire qu’un virus mutant va déclencher une épidémie sévère qui s’étend à tous les continents. C’est depuis 2005/2006 que le monde se prépare à cette pandémie et le virus qui était craint à ce moment là était celui de la Grippe Aviaire H5N1. J’étais alors médecin des Nations Unies au Congo et ai élaboré le Plan de Contingence Médical pour la lutte contre la pandémie au bénéfice de l’ensemble des Agences du Système des Nations Unies du pays. Une mise à jour annuelle était également exigée, en tenant compte de l’évolution du risque et des réalités de terrain de même qu’une validation par les directions médicales et administratives des Agences localisées à New York (PNUD, UNICEF, UNFPA), à Washington (Banque Mondiale, FMI), à Genève (OMS, UNHCR), à Paris (UNESCO) ou encore en Italie (FAO). J’ai donc beaucoup appris de cet exercice et me suis passionnée dans les activités de formation, d’information et de préparation des fonctionnaires et de leur famille.
Par chance, la grippe aviaire n’a pas dégénéré en pandémie, le SRAS de 2003 non plus et c’est maintenant en 2019/2020 que survient le Covid19. Avant cela, j’ai été aussi en première ligne dans les années 90 pour les infections à VIH /SIDA. Nos pays n’avaient pas alors accès aux antirétroviraux et la situation critique des patients que je suivais à Bangui m’a obligée à imaginer une initiative privée pour l’approvisionnement en ARV génériques. J’ai ainsi monté un schéma qui a bien fonctionné et a permis à plus d’une centaine de patients, ONU et non ONU, à avoir accès à un traitement curatif à faible cout. Il faut dire que cela n’a été possible que parce que d’autres ont cru en mois : le diplomate Nigérian en poste à Bangui qui a préfinancé sans contrepartie la totalité de premières commandes, le Dr OGBALET qui a accepté de ne percevoir aucun bénéfice sur les produits commandés en Inde et livrés directement à son officine et le Premier Ministre de l’époque, Mr ZIGUELE qui a accepté d’exonérer ces commandes des frais de douanes. Je me permets de citer ces noms car il faut rendre à César ce qui appartient à César et sans ces facilités, cette belle aventure n’aurait jamais vu le jour. Vingt ans plus tard, je garde encore le contact avec nombreux de ces patients qui ont pu bénéficier de ces ARV nouveaux et c’est toujours un bonheur pour moi que de les entendre.

Vous animez une page Facebook dans laquelle vous abordez les questions relatives au Covid-19 et à l’endroit des Centrafricains. Racontez-nous comment cela vous est venu.
C’est justement ces expériences de préparation au risque de pandémie de grippe aviaire acquises aux Nations Unies et de la lutte contre les infections à VIH/SIDA qui m’ont décidée à m’engager dans la lutte contre la pandémie actuelle. J’ai eu la chance d’être formée à la gestion de ces situations hors norme, alors quoi de plus normal que d’en faire profiter à mes compatriotes !

Le Covid-19, expliquez-le nous en quelques mots simples.
CO pour Corona ; VI pour Virus ; D pour Desease en anglais, donc maladie. Le 19 correspond à l’année d‘apparition (décembre 2019). C’est donc une maladie infectieuse due à un virus à couronne de la famille des Coronavirus, appelé SRAS-COV-2. Le chiffre 2 indique que c’est la deuxième épidémie sérieuse à Coronavirus qui survient après celle de 2003 (SARS-COV-1) qui a été très meurtrière mais s’est limitée à la Chine. Cette fois ci, la vague a déferlé de manière brutale sur le reste du monde. Le coronavirus du Covid19 peut donner des formes extrêmement sévères où les poumons deviennent inopérationnels, obligeant à une hospitalisation lourde (20% des cas).
La mort a été observée dans plus de 1% des cas. Il existe d’autres éléments de gravité: 1) une contagiosité interhumaine plus importante que celle de la grippe saisonnière avec en plus un virus capable de survivre plus de 72 heures sur certaine surfaces; 2) la possibilité d’atteinte simultanée du cœur, du foie, des reins et du système nerveux ; 3) l’absence de traitement spécifique.
Le contrôle de cette nouvelle maladie reste difficile même dans les pays où les structures de santé sont les plus performantes, ce qui fait craindre des difficultés importantes pour nos pays peu outillés.

Jusqu’aujourd’hui, bon nombre de nos compatriotes n’ont pas pris conscience de la gravité et de la réalité du Covid-19. Comment faire pour changer cela ?
Communiquer, encore et encore !

Il existe des réalités centrafricaines qui empêchent un véritable confinement. Comment y trouver des réponses centrafricaines adaptées et qui fonctionnent ?
Là aussi, il faut communiquer, en s’appuyant sur les réalités de chacun. Il faut expliquer le fonctionnement du virus, les modalités de contamination, les gestes à faire et ceux à éviter… Il faut souhaiter que ceux qui doutent ne vivent pas durement un jour la confrontation avec le virus. Ceci dit, je comprends que la priorité pour beaucoup de nos compatriotes ne soit pas un virus invisible mais plutôt la nécessité de sortir pour aller gagner de quoi faire vivre la famille. Si personne ne va aux champs, comment la famille va-t-elle pouvoir se nourrir ? Le message « RESTEZ CHEZ VOUS » peut ici être adapté en disant « EVITEZ LES ENDROITS OU IL Y A FOULE ». En province et dans les villages, il existe beaucoup d’espaces ouverts où chacun peut s’isoler sans être coincé avec les autres, avec en plus, de l’air pur. En ville et dans les quartiers à forte densité, la consigne du confinement peut être plus difficile à appliquer. C’est pourquoi, le terme de « confinement individuel » me semble plus parlant, ce qui veut dire rester loin des autres, quelque soit l’endroit où je me trouve.

Pensez-vous que nous allons pouvoir contrer cette pandémie sur toute l’étendue du territoire lorsque l’on sait que nos frontières terrestres restent ouvertes ?
Contrer la pandémie sur toute l’étendue du territoire sera difficile. Même en Europe, cela n’a pas été facile et il faut aussi compter avec l’adhésion complète des populations. En Asie, cette « obéissance » aux consignes de gestes barrières a été un élément majeur dans le contrôle de l’épidémie, en plus des mesures de dépistages massifs et précoces, d’isolement, de traitements, de prise en charge des contacts, etc. Tout cela suppose une grande organisation et des moyens financiers colossaux… Il y a donc d’une part les autorités et d’autre part les 4,6 millions de Centrafricains qui doivent agir en synergie. Le virus ne connait pas les frontières et il faut donc mettre en place des mesures adéquates pour éviter que les hommes et les femmes qui les traversent circulent avec le virus. Dépistages massifs au niveau des postes frontières ? Est-t-on sûr qu’il n’y a pas d’autres points de passage ? Et si les cas négatifs sont en fait des personnes contaminées mais pas encore détectables pour le virus ? Port de masques pour tous ? Lavage obligatoire des mains pour tous à chaque montée et à chaque descente ? Limitation du nombre de voyageurs et distanciation des sièges ? Imposer la quatorzaine à tous à la frontière ? Je n’ai pas la solution et d’un autre coté, la circulation des camions au-delà de ces frontières est essentielle pour la survie de nos familles confinées et enclavées. Il faut peut-être que les autorités initient la discussion avec les professionnels concernés et également avec les pays frontaliers car les intérêts sanitaires sont identiques et il faudra peut-être choisir la moins mauvaise des solutions possibles.

Est-ce que véritablement le Covid-19 est moins virulent en Afrique ?
Je ne sais pas, mais l’avenir proche nous le dira. Il faut dire qu’il a d’abord fallu un peu de temps au virus et à ses pairs pour trouver le bon avion à destination des capitales africaines ! Une fois installé, il lui faut mettre en place sa stratégie, trouver les personnes à infecter et si on compte jusqu’à 15 jours de temps d’incubation, le nombre des personnes atteintes va commencer à grimper de manière exponentielle pour reproduire la courbe en cloche décrite pour toutes les épidémies. Si le gros de la population centrafricaine qui est jeune résiste à l’attaque du virus, ce sera super. Mais il vaut mieux faire preuve de prudence et appliquer au mieux tous les gestes barrières, comme cela a été fait dans les centaines d’autres pays et, cela, surtout pour les plus fragiles.

Quand un malade se retrouve à l’hôpital, comment est-il pris en charge ? Comment le soigne-t-on à Bangui?
Je ne sais pas. J’ai demandé à recevoir le plan d’action COVID19 mais l’on m’a dit qu’il n’était pas encore disponible. La règle veut que ce soit un document public et il devra fixer à l’attention de tous les acteurs de terrain les orientations prises par les autorités sanitaires en matière de diagnostic, de prise en charge médicale, de traitement, de modalités de suivi, etc… Cependant, je pense que les confrères sont déjà actifs sur le terrain avec les premiers cas qui sont rapportés régulièrement. Il est important qu’ils aient les moyens de protection adéquats pour travailler en limitant le risque de contamination au minimum.

Madagascar a lancé Covid-Organique pour guérir le Covid-19. Qu’en pensez-vous ?
Votre question me fait monter un sourire aux lèvres. Savez-vous que le Covid-Organic dont vous parlez contient entre autre de l’Artemisia et d’autres plantes que je ne connais pas et je vous ai dit au début de l’entretien que je fais partie depuis plus de 4 ans de l’ONG « la Maison de l’Artemisia » (en abrégé MdA). Notre objectif est d’assurer la promotion de l’Artemisia à travers le monde et de prouver scientifiquement son efficacité sur le paludisme. Début mars 2020, nous avons adressé un courrier à chacun des Ministres de la santé des pays d’Afrique pour leur proposer de conduire des essais thérapeutiques sur l’Artemisia, non pas pour le palu mais pour le Covid-19 car une abondante bibliographie a montré que la plante a été largement utilisée par les Chinois pour traiter 85% de leurs patients Covid19 positifs. Les principes actifs agissent aussi bien sur le virus que sur les réactions inflammatoires exagérées qui aggravent le pronostic de la maladie. Nous nous réjouissons donc que le Gouvernement malgache ait répondu favorablement à notre invitation à lancer des essais cliniques urgents mais il faut savoir que d’autres pays aussi sont partants, parmi lesquels la Centrafrique. Si concluant, l’Artemisia pourrait figurer au rang des propositions curatives des cas moyennement sévères de Covid-19, au besoin, en association avec d’autres thérapeutique conventionnelles.
Notre rêve chez MdA est que chaque femme en Afrique ait son petit arbuste d’Artemisia à côté de sa case.

Et cette volonté chez certains Africains pour la création de l’Organisation Africaine de la Santé ?
A voir. Dans tous les cas, il est temps que nous autres africains nous soyons capables de mutualiser nos talents humains et nos moyens techniques et financiers pour conduire nos propres recherches au sein de laboratoires de dernière génération, construits sur le Continent. Par exemple pour l’Artemisia, nous continuons notre plaidoyer au sein de MdA afin de mobiliser des financements pour la réalisation de nombreuses recherches scientifiques que nous n’avons pu compléter sur la plante du fait de moyens financiers insuffisants. Cela peut révolutionner le visage de pathologies comme le paludisme, la bilharziose et de bien d’autres encore. La survenue du Covid19 a déclenché en Afrique la construction de firmes pharmaceutiques flambant neufs pour la production locale de Chloroquine, la modernisation de nombreux plateaux techniques médicaux, des innovations techniques par des jeunes Start UP… N’est-ce pas merveilleux de constater que de tout ce chaos peuvent sortir de belles perspectives ?

Un dernier mot, un message ?
A vous : merci beaucoup
A l’attention de mes frères et sœurs de Centrafrique : prenez bien soin de vous !

C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET