Nous sommes  en compagnie de M. Faustin ZAMETO, de Centrafrique, qui nous parle de l’actualité centrafricaine, actualité aux multiples rebondissements.
Il y croit, c’est encore possible, à condition que tous les ingrédients soient réunis, les choses peuvent s’améliorer. La République Centrafricaine, on en parle tous les jours, mais aujour’hui c’est au micro de Mbi la gué que l’un de ses fils nous donne son point de vue.

« La liberté de circulation sur l’ensemble du territoire est loin d’être garantie.
Le grand banditisme pourrit la vie de nos compatriotes »

Monsieur Faustin Zameto pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs de Mbi la gué?
Je remercie le journal en ligne Mbi la guè de m’avoir donné cette occasion unique pour partager ce que je pense de la situation nationale de notre pays en crise, la République Centrafricaine. Membre de la diaspora centrafricaine en France, je milite au quotidien pour donner corps au rêve des pères fondateurs de notre pays (Barthélémy Boganda, Abel Goumba, David Dacko) à savoir faire de la RCA un havre de paix où il fait bon vivre.

Vous êtes un homme politique Centrafricain. Quelle est la situation qui prévaut aujourd’hui dans le pays?
Les nouvelles de Bangui et celles de nos vingt préfectures qui nous parviennent ne sont pas réjouissantes, rassurantes voire bonnes : trop de souffrance mais pas assez d’espérance. En effet, le chômage des jeunes qui me tient à cœur demeure un immense défi qui nourrit chez nos parents la peur du déclassement social. Les classes moyennes et populaires aspirent pour leurs enfants à un avenir meilleur. Ce ne sont pas les Travaux à Haute Intensité de Main d’Œuvre (THIMO) qui resoudront le problème du chômage des jeunes. C’est le climat des affaires qu’il convient de structurer. Le chômage des jeunes doit être la priorité de tout Gouvernement en Centrafrique.
En ce qui concerne l’épineuse question de sécurité, ce n’est pas un secret de polichinelle, la violence est monnaie courante sur l’ensemble du territoire. Le dialogue instauré par le régime de Bangui avec les politico-militaires est au point mort. Les politico-militaires n’ont toujours pas déposé les armes. Ils occupent une partie du territoire malgré la présence des FACA, des Wagner, des Rwandais et de la Minusca. La liberté de circulation sur l’ensemble du territoire est loin d’être garantie. Le grand banditisme pourrit la vie de nos compatriotes.

Crédit photo: Diaspora

Nous entendons parler de la révision de la Constitution avec un probable financement par le Rwanda. Qu’en dites-vous?
L’initiative de la révision constitutionnelle appartient au parlement (Assemblée nationale et Sénat) et au Président de la République. Mais en aucun cas, cette révision ne doit toucher à la durée et au nombre de mandat présidentiel. Or l’argument de l’initiateur du projet de révision de la constitution, le président de la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, le député KAKPAYEN est que dans la sous-région (Afrique centrale), il n’y a pas de limitation de mandat présidentiel. Il oublie qu’en 1980, lors du Séminaire National de Réflexion, la RCA a opté pour le multipartisme alors qu’aucun Etat de la sous-région n’était sous un tel régime. C’est dire que la Constitution d’un pays est encrée dans l’histoire, la sociologie, l’anthropologie de chaque peuple. Il est vain de nous comparer au Tchad, au Gabon, au Congo-Brazzaville, au Cameroun, au Gabon, etc. Cela dit, la Constitution de 2016 elle-même a établi un double verrou qui n’autorise pas la modification de l’Article 35 relatif au mandat du Président et qui impose une procédure non ordinaire de révision. Même si le Gouvernement était à l’initiative d’une telle révision, en l’absence du SENAT, ne saurait prospérer jusqu’au vote de la Loi par un Congrès, en vertu de l’Article 152 al.1er . Pour tout dire, ni le Président de la République, ni l’Assemblée Nationale sans le SENAT, ne sont autorisés par la Constitution de 2016 à procéder à la révision de cette même Constitution.
Sur la question du financement du référendum constitutionnel par le Rwanda, le ministre des Affaires Etrangères du Rwanda a porté un démenti catégorique sur ces rumeurs. Pour lui, le Rwanda soutient un Etat et non un régime. Donc, il est hors de question pour le Rwanda de s’immicer dans les affaires intérieures de l’Etat centrafricain.

Crédit photo: Jean-François Akandji
L’on nous parle de la présence massive de troupes rwandaises, d’investisseurs et de propriétaires terriens Rwandais en Centrafrique. Dites-nous en plus.
Vous le savez aussi bien que moi dans le champ politique, la tradition des combats s’étiole, s’évapore, disparait de plus en plus. Lorsqu’il s’agit de l’avenir du pays ou de défendre l’intérêt général, on ne trouve que peu d’oreilles. Ailleurs en Afrique, en Europe, en Asie, etc. on se bat pour l’intérêt de tout le monde. En Centrafrique, on traîne encore les pieds, on ne s’aime pas, on gaspille nos richesses. Evidemment, les étrangers dans le contexte actuel de la mondialisation agressive qui nous observent viendront se servir, contrôler nos richesses. C’est à nous centrafricains de défendre nos intérêts. Il nous manque hélàs l’amour du pays et l’esprit de sacrifice pour nous développer.

La RCA a lancé sa cryptomonnaie le « Sangocoin » depuis plus d’une semaine. Le gouvernement centrafricain garantit l’octroi de terres et de la nationalité Centrafricaine aux investisseurs. Qu’en pensez-vous ?
Je m’interroge sur la pertinence de l’octroi de terres et de la nationalité Centrafricaine aux investisseurs étrangers. La RCA appartient aux Centrafricains. La question de la nationalité est réglée par la loi de 1961. Cette nationalité peut s’acquérir par le mariage ou la naturalisation. C’est un sujet vital pour notre pays et qui ne saurait souffrir d’aucune ambiguïté. Il en est de même de l’octroi des terres qui potentiellement pourra être source de conflit.
En clair, il ne faut pas brader nos richesses. Il ne faut pas donner nos mines aux étrangers. La France ne donnera pas ses ports (Havre, Bordeaux, Marseille, Bayonne, etc.) à un étranger. Les Américains ne donneront jamais le contrôle de leur pétrole à un étranger.

Le Décret nommant les membres du Comité de suivi du dernier Forum de Bangui a été mis en place avec une particularité: les membres sont soit Ministre d’Etat, Ministre Conseiller ou Conseillers à la Présidence de la République. Remerciements ou particularité centrafricaine?
Est-ce que ces nominations ne préfigurent-elles pas un remaniement ministériel dans la mesure où il sera difficile de concilier la fonction de membre du gouvernement et celle de membre du Comité de Suivi du Dialogue Républicain ?
Selon la Constitution, le pouvoir de nomination aux fonctions publiques est un pouvoir discrétionnaire du Président de la République. Les dernières nominations auxquelles vous faites allusion sont manifestement l’expression d’une prise de guerre dont le but est d’affaiblir l’opposition politique.

Un dernier mot ?
La société centrafricaine vit aujourd’hui dans un environnement international et africain où les informations circulent très vite. Partout en Afrique et aussi en RCA, s’élèvent les mêmes revendications pour les libertés démocratiques et le respect des droits de l’homme, pour l’égalité, la justice sociale et pour la paix. Notre pays est tellement riche. Il y a des jeunes, forts, intelligents, diplômés. Il y a de l’électricité, les barrages, l’eau, les mines, le soleil. Ensemble, on peut changer les choses !
Je vous remercie

C’est moi qui vous remercie!
Propos recueillis par Lydie NZENGOU