Une affiche électorale de la candidate sortante Anne Hidalgo à Paris, le 5 mars 2020. AFP/Philippe Lopez
Texte par : Valérie Gas
Publié le : 10/06/2020 – 06:31 Modifié le : 10/06/2020 – 07:45

Gagner ou perdre dans la capitale, c’est un peu gagner ou perdre les municipales, dont le second tour est prévu le 28 juin, surtout quand on retrouve à Paris tous les enjeux de ce scrutin résumés à travers les parcours des trois principales candidates, Anne Hidalgo, Rachida Dati et Agnès Buzyn qui jouent leur avenir et celui de leur formation dans cette élection.

Anne Hidalgo va peut-être donner au Parti socialiste des raisons de voir l’avenir en rose. La maire sortante est arrivée en tête du premier tour. La gestion de l’épidémie de Covid-19 lui a permis d’être très présente pendant le confinement. Son alliance avec l’écologiste David Belliard pour le second tour la place en position de favorite.

Alors Anne Hidalgo se présente comme la candidate du rassemblement et de l’expérience : « Je pense que les Parisiens savent qu’on va être confrontés dans les années qui viennent à des crises et qu’il faut des équipes solides, unies et qui aient compris les questions environnementales, les questions de solidarité… Est-ce que Paris doit être une ville qui doit faire revenir la bagnole comme mode de déplacement principal ? C’est quand même le projet alternatif au nôtre », affirme la maire sortante.

Gauche contre droite, Hidalgo contre Dati

Anne Hidalgo cible sa principale adversaire, la candidate de la droite Rachida Dati qui, elle, n’a qu’une idée en tête : tourner la page Hidalgo. Selon elle, son score au premier tour montre que la bataille n’est pas perdue puisque les deux tiers des Parisiens n’ont pas voté pour elle : « Les gens disent le match est plié ; elle n’a fait que 29% et donc aujourd’hui tout est ouvert. Par exemple, quelqu’un nous a dit hier : on était tellement écœurés qu’on n’est pas allés voter. En ne votant pas, vous favorisez ce que vous ne voulez pas. C’est pour ça que, nous, on appelle à la mobilisation », explique-t-elle.

Mobiliser les abstentionnistes et les électeurs La République en marche désorientés par les hésitations d’Agnès Buzyn, en appuyant là où ça fait mal. « Quelqu’un qui dit : j’ai hésité à revenir dans le deuxième tour, ça ne rassure pas forcément les Parisiens, estime Rachida Dati. C’est le premier point. Et le deuxième point, c’est que j’ai trouvé très curieux qu’il n’y ait aucun mot pour les victimes du Covid, notamment pour les personnels soignants. »

Est-ce que ça peut être une stratégie gagnante pour la droite parisienne ? C’est la seule option pour aller chercher des voix contre Anne Hidalgo. Mais à en croire le politologue du Cevipof Bruno Cautrès, cela lui offre un réservoir limité. « Vous pouvez avoir un électorat marcheur de centre-droit un peu perdu qui effectivement peut se laisser séduire par le tout sauf Hidalgo, ça peut lui rapporter quelques points, mais ça ne suffira pas à inverser, analyse-t-il. Pour que ça inverse vraiment, il aurait fallu un accord vraiment programmatique en bonne et due forme entre les deux formations politiques. »

Pas d’avenir pour Buzyn ?

Aucun accord n’a été possible avec la candidate LaREM. Agnès Buzyn s’est finalement engagée seule dans la campagne du second tour et a tenté à coup d’interviews de justifier son retour, par exemple sur RTL, où elle a déclaré : « Je vais jusqu’au bout de cette campagne pour porter un programme. Je suis là pour faire de la politique et représenter la voix de la majorité présidentielle au conseil de Paris, et gagner cette ville », a-t-elle assuré.

Une ambition aux airs de mission impossible, estime-t-on au sein même de son camp, et qui, selon Bruno Cautrès, pourrait coûter cher à Agnès Buzyn. « Je pense que quand on a eu la séquence qu’a eue Agnès Buzyn entre sa sortie du premier tour et aujourd’hui, ça me parait très compliqué d’avoir un avenir politique. »

Dati et Hidalgo, la revanche sur le nouveau monde

Pour Rachida Dati, c’est tout le contraire, continue Bruno Cautrès : « C’est une revanche, juge-t-il. Quoi qu’il arrive, elle fait un peu partie des gagnants au sens « compter » dans sa famille politique. »

Rachida Dati reprend du poil de la bête au sein d’une droite qui va sortir renforcée des municipales. Et Anne Hidalgo s’impose comme une voix incontournable d’une gauche qui devrait sauver les meubles, explique encore le politologue : « Dans un moment donné où la gauche est peut-être à la recherche de personnalités qui incarnent une dynamique, une nouvelle alliance avec les écolos, etc., elle peut faire partie évidemment de ceux qui peuvent participer à cette incarnation. Je ne dis pas que ça en fait une candidate à la présidentielle de 2022. »

Le traditionnel clivage droite-gauche a repris l’avantage. LaREM n’a pas su trouver le bon casting et a raté le coche de l’implantation dans la capitale. A Paris, le nouveau monde risque de ressembler à l’ancien au soir du 28 juin.