Des policiers patrouillent dans une rue de Bujumbura, le 12 avril 2016. STRINGER / cds / AFP
Texte par : RFI
Publié le : 08/05/2020 – 09:57

La tension est vive avant le triple scrutin du 20 mai prochain. Pour la présidentielle, le candidat du parti au pouvoir, le général Évariste Ndayishimiye, est considéré comme le favori, mais son principal challenger, Agathon Rwasa du CNL, attire lui aussi des marées humaines dans ses meetings. Les violences se sont multipliées ces dernières semaines et le pouvoir, qui en rend responsable le principal parti d’opposition, a commencé à sévir.

Une soixantaine de militants du CNL ont déjà été arrêtés selon la police. Ce sont les cadres du partis qui semblent visés cette fois.

Après l’arrestation, il y deux jours, de Katy Kezimana, n°2 sur la liste du CNL aux législatives dans la province de Bujumbura rural, dans l’ouest du pays, c’est Séverin Nibizi, le n°2 sur sa liste dans la province de Ruyigi dans l’Est qui a été arrêté à son tour, hier, selon son porte-parole.

Et le pouvoir burundais a prévenu, il ne va pas en rester là. Le ministre de l’Intérieur, Pascal Barandagiye, prévient : « On constate que c’est le CNL qui responsable et de loin, du plus grand nombre d’incidents sur le terrain. Ses militants commettent trop de bavures. C’est pour cela que nous leur disons, trop c’est trop ! On ne va plus le tolérer. Nous appelons la justice à les juger très rapidement, c’est la seule manière d’arrêter ces violences ! »

« Nous sommes habitués à l’injustice »

Victime pendant des années d’une féroce répression, selon les ONG, le parti CNL et son leader ont fait profil bas pendant longtemps. Ils ont changé du tout au tout depuis le début de la campagne. Ils critiquent sans concessions désormais un pouvoir qu’ils qualifient de « corrompu » et qui « a échoué sur tous les plans », selon eux.

Et son candidat à la présidentielle, Agathon Rwasa, n’hésite plus à défier publiquement le parti CNDD-FDD, qui contrôle le pays d’une main de fer jusqu’ici, en appelant ses militants à « se défendre » s’ils sont attaqués : « Ce qui est clair, c’est que nos adversaires sont morts de peur. Je voudrais demander aux corps de sécurité et à la justice de ne pas tomber dans ce piège. Nous sommes de toute façon habitués à l’injustice, mais sachez que le temps des brimades est bientôt fini, il est bientôt fini ! »

Ce bras-de-fer n’est pas donc prêt de cesser, estime des observateurs, qui craignent une nouvelle flambée de violences dans le pays.