Carlos Ghosn à Beyrouth, le 8 janvier 2020.
REUTERS/Mohamed Azakir
Par RFIPublié le 08-01-2020 Modifié le 08-01-2020 à 17:32

Dix jours après sa fuite du Japon et son arrivée au Liban, l’ex-patron de Renault-Nissan a fait une première intervention publique ce mercredi 8 janvier à Beyrouth, face à la presse internationale. Plus de deux heures de conférence de presse où Carlos Ghosn, combatif, a évoqué son affaire tant du point de vue industriel, personnel que politique.

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« Je n’ai pas connu un moment de liberté depuis le 19 novembre 2018. » C’est après avoir remercié la presse internationale de s’être déplacée que Carlos Ghosn a commencé à relater ses mois passés en détention. Il s’agit, en effet, de sa première prise de parole publique depuis son arrestation au Japon.

« Je ne suis pas là pour expliquer comment j’ai quitté le Japon », a averti d’emblée l’ancien patron de Renault-Nissan, mais « je n’avais pas d’autre choix que la fuite pour me protéger et protéger ma famille ».

Il a aussi déclaré qu’il avait été « arraché » à ses proches et à sa famille. Après sa remise en liberté sous caution, il lui avait été notamment interdit d’avoir des contacts avec son épouse.

Nissan et la justice japonaise dans le collimateur

« Je n’aurais jamais dû être arrêté, a-t-il poursuivi, […] les accusations portées contre moi sont fausses. » Au Japon, le magnat déchu de l’automobile est notamment inculpé de malversations financières, accusation qu’il a qualifiée aujourd’hui de « sans fondement ».

Puis, Carlos Ghosn s’est montré plus accusateur. Il s’en est pris notamment aux « responsables de Nissan, du ministère public japonais », qui sont, selon lui, « à l’origine de [son] calvaire ». « Cette affaire coïncide avec le début du déclin des performances [du constructeur] début 2017 », a-t-il ajouté.

L’ancien PDG, ses proches et sa défense soutiennent en effet qu’il a été victime d’un « complot » ourdi par Nissan, avec la complicité des autorités japonaises, car il s’apprêtait à organiser une fusion entre Renault et Nissan. « Certains de nos amis japonais ont pensé que la seule manière de se débarrasser de l’influence de Renault sur Nissan était de se débarrasser de moi », a-t-il précisé ce mercredi.

« Je peux vous parler de ce qui se passe au sein du gouvernement japonais. Je peux vous donner des noms, je les connais. Mais je suis au Liban, je respecte le Liban et je ne veux absolument rien faire ou dire qui puisse compliquer la tâche [des Libanais]. » L’homme d’affaires a affirmé détenir des documents qui lui permettent d’étayer ses accusations.

« J’aime le Japon »

En fin de conférence de presse, Carlos Ghosn a aussi eu un mot pour le Japon et les Japonais. « J’ai été sali, j’ai été appelé un dictateur froid. C’est faux, j’aime le Japon », a-t-il déclaré.

Mais il a aussi affirmé s’être « senti otage d’un pays ». « Si je ne peux obtenir justice au Japon, je l’obtiendrai ailleurs. »

Au total, la déclaration – en anglais – de l’ancien patron de Renault-Nissan a duré une heure, avant les questions des journalistes.

Interrogé sur le peu de médias japonais présents lors de la conférence, Carlos Ghosn a reproché aux journalistes japonais de ne pas avoir analysé le discours du procureur japonais, et de ne pas avoir eu assez de recul dans son affaire.

Le Liban

L’ancien PDG de Renault-Nissan dit avoir choisi le Liban pour des considérations logistiques. Interrogé par les journalistes, il a assuré n’avoir aucune assurance du pouvoir libanais de ne pas être extradé mais se dit rassuré en raison de précédents, de lois et réitère sa confiance au président du Liban.

La France silencieuse

Carlos Ghosn a fait savoir qu’il ferait valoir ses droits vis-à-vis de Nissan et Renault devant la justice. Interrogé sur le fait de savoir s’il s’était senti soutenu par la France, Carlos Ghosn a botté en touche tout en montrant sa perplexité. « Comment vous seriez-vous senti à ma place ? » Il a rappelé sa citoyenneté française et dit qu’il souhaitait être traité « comme les autres, mais pas en dessous des autres ». Sur les circonstances de sa fuite, il n’a pas donné de détails comme il l’avait annoncé en début de conférence mais a expliqué s’être senti « en vie » après avoir réussi son évasion.

À une question d’un journaliste du quotidien français Libération sur sa réponse en cas d’éventuelle convocation d’un juge d’instruction français, M. Ghosn a dit qu’il répondrait présent. Sur le fait que, depuis 2012, il n’était plus résident fiscal en France, il tenu à préciser que la loi avait changé vis-à-vis des patrons français. Et que c’était normal que les patrons appliquent la nouvelle loi leur imposant la résidence fiscale en France. Et qu’à l’époque, il avait fait confiance à des fiscalistes. Interrogé par France 24 sur « une vie déconnectée de la réalité », Carlos Ghosn a reconnu avoir fait des choix à certains moments qu’ils regrettait, faisant référence à son refus de répondre à une offre généreuse de General Motors.

Quatre inculpations

Carlos Ghosn a été arrêté le 19 novembre 2018 à son arrivée à Tokyo à bord de son jet privé et a été détenu au total pendant cent trente jours.
Il fait l’objet de quatre inculpations au Japon : deux pour abus de confiance aggravé et deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (aussi poursuivi sur ce volet), notamment des montants qu’il devait toucher après sa retraite estimés par la justice à 9,23 milliards de yens (74 millions d’euros) de 2010 à 2018.