Le Parlement éthiopien en octobre 2018. EDUARDO SOTERAS / AFP
Texte par : RFI
Publié le : 09/06/2020 – 14:22

L’Éthiopie au beau milieu d’une double crise, à la fois constitutionnelle et politique. Lundi 8 juin, la présidente de la Chambre haute du Parlement a démissionné de son poste. Elle accuse le Premier ministre et son gouvernement de violer la loi et de vouloir imposer un pouvoir autoritaire. Keria Ibrahim a claqué la porte juste après une allocution du chef de gouvernement. Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix, a sous-entendu qu’il resterait au pouvoir après octobre et la fin de son mandat.

Avec notre correspondant régional à Nairobi, Sébastien Nemeth

Keria Ibrahim a déclaré « refuser d’être complice d’un viol de la Constitution et d’une dictature en devenir ». La présidente de la Chambre haute n’a pas été précise dans ses reproches, mais l’origine de son départ est claire. Les élections générales d’août ont été repoussées sine die à cause du Covid-19. Or le mandat du Premier ministre s’achève en octobre. Une situation non prévue par la Constitution.

Des experts planchent sur la question et les députés devront trancher dans quelques semaines. Pourtant hier, devant les élus, Abiy Ahmed a refusé tout gouvernement de transition qui prendrait le relais après octobre, sous-entendant qu’il resterait au pouvoir après la fin de son mandat. Une déclaration que certains jugent prématurée. En tout cas Keria Ibrahim elle a vu rouge. « Je ne veux pas collaborer avec cette erreur historique », a-t-elle lâché.

Certains lient aussi ce coup de sang à la tension grandissante entre le pouvoir central et le TPLF. L’ancien parti au pouvoir écarté par Abiy Ahmed, mais toujours dominateur dans sa région du Tigré, refuse tout report et maintient que les élections se tiendront en août sur son territoire. Or Keria Ibrahim est l’un des principaux membres du TPLF. Son départ tient donc aussi de la solidarité partisane et montre la tension grandissante entre pouvoir tigréen et pouvoir fédéral. Certains craignent même, si rien n’est fait, une confrontation physique entre les deux camps.