Conférence de presse du porte-parole du gouvernement, à Abidjan, en janvier 2020. © Thaïs Brouck
Texte par : Thaïs BROUCK
Publié le : 16/01/2020 – 10:34 Modifié le : 16/01/2020 – 10:34

Les raisons de s’inquiéter du climat politique en Côte d’Ivoire se multiplient, entre la mise en cause par l’opposition de la légitimité de la Commission électorale indépendante, le mandat d’arrêt international contre Guillaume Soro et l’éventualité d’une réforme constitutionnelle.

Les sujets de tension s’accumulent en Côte d’Ivoire, à dix mois de la présidentielle prévue en octobre 2020. Interrogé sur l’opportunité politique d’un mandat d’arrêt international émis à l’encontre de Guillaume Soro, alors qu’il s’apprêtait à revenir en Côte d’Ivoire fin décembre et qu’une douzaine de ses partisans, dont des députés, étaient arrêtés à Abidjan, le gouvernement conteste toute instrumentalisation de la justice. Sidi Tiémoko Touré, porte-parole du gouvernement, rappelle que Guillaume Soro est accusé d’avoir voulu fomenter un coup d’État : « Préservons la démocratie et la quiétude de vie des Ivoiriens. On ne serait pas là si ça ne tirait pas à droite et à gauche. »

Autre motif d’inquiétude : la composition de la CEI, la Commission électorale indépendante, à laquelle les principaux partis d’opposition, le PDCI et le FPI pro-Gbagbo notamment, et une grande partie de la société civile, refusent de participer, jugeant que la CEI est inféodée au pouvoir. « Quand on regarde la CEI, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on court à la catastrophe. On avait une crise post-électorale, on va avoir une crise pré-électorale. Il va rester qui en Côte d’Ivoire maintenant ? », s’interroge devant la presse Maurice Kakou Guikahué, secrétaire général du PDCI-RDA.

Enfin, l’éventualité que la Constitution soit modifiée avant la présidentielle, évoquée par Alassane Ouattara lors de ses vœux du Nouvel An, fait craindre à l’opposition une réforme constitutionnelle qui limiterait l’âge des candidats. Cela aurait pour effet d’éliminer de la course les rivaux historiques, comme les anciens présidents Laurent Gbagbo, 74 ans, et Henri Konan Bédié, 85 ans… mais aussi Alassane Ouattara lui-même, qui a eu 78 ans le 1er janvier dernier. Le chef de l’État entretient le mystère sur une candidature à un troisième mandat – il a annoncé qu’il serait candidat si ses rivaux Bédié et Gbagbo se présentaient.

« On entend parler de modification constitutionnelle. Il est même question de la candidature d’Alassane Ouattara, résume Sylvain N’Guessan, analyste politique à Abidjan. On ne sait pas comment cela sera interprété. Il y a des raisons en tout cas pour que la rue reprenne du service. »

Que la rue reprenne du service, c’est le scénario que tous craignent ici, rapporte le correspondant de France 24, Thaïs Brouck. « Mais dix ans après la crise post-électorale, qui avait fait 3 000 morts, le contexte politique est bien différent : les Ivoiriens ne sont plus prêts à mourir pour des politiciens. »