Le Covid-19 circule activement en Guyane, selon la Direction générale de la Santé. jody amiet / AFP
Texte par : RFI
Publié le : 23/06/2020 – 09:46 Modifié le : 23/06/2020 – 10:25

La situation de l’épidémie de Covid-19 en Guyane est jugée « très préoccupante » par les autorités sanitaires françaises. Ce lundi 22 juin, le ministère de la Santé a annoncé l’envoi d’une « mission de trois professionnels de santé » pour coordonner la gestion de la crise. Annick Girardin, ministre des Outre-mer, est attendue sur place ce mardi.

Confinée puis déconfinée aux mêmes dates que la métropole, cette collectivité ultramarine de 300 000 habitants a recensé dernièrement de 200 à 280 nouveaux cas par jour. Le virus y circule activement, « en particulier le long du littoral et dans l’ensemble des villes du territoire », a indiqué la Direction générale de la Santé (DGS) dans un communiqué. La Guyane a une frontière avec le Brésil, nouvel épicentre de la pandémie.

Le facteur « R » de reproduction, le nombre de nouvelles personnes contaminées en moyenne par chaque personne malade, « y est supérieur à 2 » et le taux d’incidence est « très largement supérieur au seuil d’alerte, fixé à 50 tests positifs pour 100 000 habitants », alerte la DGS.

Dans ce cadre, une mission de trois professionnels de santé – un officier de liaison du Centre de crise sanitaire et deux médecins réanimateurs – a été envoyée sur place afin de coordonner la gestion de crise avec l’Agence Régionale de Santé (ARS) locale. Des équipes de l’Assistance publique-hopitaux de Paris vont être envoyés en refort et le Premier ministre Edouard Philippe a également demandé à la ministre des Outre-mer, Annick Girardin de se rendre sur place ce mardi.

Difficile maîtrise des fleuves frontaliers avec le Brésil

« L’épidémie avait été relativement contenue au départ par le confinement et par les mesures qui avaient été prises, notamment au niveau de l’aéroport, puisqu’au début les cas étaient principalement importés de l’hexagone », explique Lisa Cann, chargée de projets à Médecins du Monde (MDM) en Guyane, jointe par Valérie Cohen, du service France de RFI.

« Mais au moment du confinement, note Lisa Cann, il y a eu aussi la flambée de l’épidémie au Brésil, qui est un pays voisin de la Guyane et qui partage avec la Guyane un fleuve-frontière. Donc c’est très difficile de maîtriser cette barrière physique qu’est le fleuve, concernant le flux des personnes qui pourraient le traverser. Et donc on a eu des cas qui se sont déclarés de plus en plus nombreux dans les villes qui se trouvent à cette frontière, comme Saint-Georges-de-l’Oyapock. Et ensuite, la circulation des personnes fait arriver cette épidémie sur l’île de Cayenne. »

Pour la chargée de projets à MDM, il faut donc tenir compte de la réalité du terrain. « De part et d’autre de la Guyane, les fleuves devraient être considérés comme des bassins de vie, souligne-t-elle. Ce ne sont pas des frontières. C’est-à-dire qu’il y a des gens qui vivent – et ce depuis très longtemps -, sur les deux côtés des fleuves, qui vont résider sur le territoire français et aller voir leurs familles sur le territoire brésilien juste pour une journée. Parce qu’en fait, traverser en pirogue cela prend dix minutes. Donc c’est un « bassin de vie » et pas particulièrement une frontière en elle-même. »

L’hypothèse d’un reconfinement

Pour freiner la propagation du virus, la DGS a indiqué des « mesures de protection spécifiques telles que le port du masque avec des distributions à la population et la restriction de certaines activités et déplacements (couvre-feux dans les zones de circulation du virus, réduction des horaires d’ouverture des commerces, confinement ciblé sur certaines zones…) ».

Des évacuations sanitaires vers les Antilles sont également « en cours de préparation afin de soulager les services de réanimation ». Le préfet de Guyane, Marc Del Grande, a annoncé ce dimanche un renforcement du couvre-feu à Kourou, commune du littoral guyanais la plus touchée en nombre de cas de Covid-19 par habitant.

Quelques heures plus tôt, Matignon avait fait savoir que « l’hypothèse d’un reconfinement » de la Guyane devra être réexaminée si les signes d’une accélération de l’épidémie de coronavirus se confirment et « si le taux de reproduction demeure dans les jours à venir à un niveau élevé ».

(Avec AFP)