Dr Luisa Dologuélé. © DR
11 mai 2020 à 12h37 | Par Olivier Marbot
Mis à jour le 11 mai 2020 à 14h12 JEUNE AFRIQUE

La plante médicinale, déjà utilisée contre le paludisme, constitue un atout précieux dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, selon le Dr Luisa Dologuélé, de La Maison de l’artemisia, qui est aussi l’épouse d’Anicet-Georges Dologuélé, l’ex-Premier ministre centrafricain.

D’un côté, le président malgache Andry Rajoelina, son entourage, un nombre croissant de chefs d’État du continent et une bonne partie de l’opinion publique ne jurent plus que par le Covid-Organics et son composant de base, l’artemisia, pour combattre le coronavirus. De l’autre, beaucoup de sceptiques et des instances internationales appellent à la prudence et craignent par-dessus tout de voir les populations africaines croire que la boisson venue de Madagascar ou les décoctions d’artemisia vont les immuniser, ce qui les inciterait à être moins vigilantes.

Mis à jour le 11 mai 2020 à 14h12
Dr Luisa Dologuélé.
La plante médicinale, déjà utilisée contre le paludisme, constitue un atout précieux dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, selon le Dr Luisa Dologuélé, de La Maison de l’artemisia, qui est aussi l’épouse d’Anicet-Georges Dologuélé, l’ex-Premier ministre centrafricain.

D’un côté, le président malgache Andry Rajoelina, son entourage, un nombre croissant de chefs d’État du continent et une bonne partie de l’opinion publique ne jurent plus que par le Covid-Organics et son composant de base, l’artemisia, pour combattre le coronavirus. De l’autre, beaucoup de sceptiques et des instances internationales appellent à la prudence et craignent par-dessus tout de voir les populations africaines croire que la boisson venue de Madagascar ou les décoctions d’artemisia vont les immuniser, ce qui les inciterait à être moins vigilantes.

Pour faire le point sur les vertus réelles et supposées de cette plante médicinale bien connue et déjà utilisée contre le paludisme, questions à une spécialiste du sujet : le médecin centrafricain Luisa Dologuélé, ancienne fonctionnaire internationale des Nations unies et membre de l’ONG La Maison de l’artemisia, basée en France.

Jeune Afrique : Quels sont les bénéfices connus de l’artemisia sur la santé  ?

Dr Luisa Dologuélé : L’artemisia annua est une plante très connue et utilisée depuis plus de deux mille ans, en Chine, contre les fièvres intermittentes. Elle a ensuite été utilisée pendant la guerre du Vietnam, puis en Afrique. Son action contre de nombreuses affections comme les parasitoses telles que le paludisme ou la bilharziose est traditionnellement reconnue.

On a donc tout le recul nécessaire pour savoir que la tisane tirée de cette plante est sans risque et sans effets secondaires, ce qui constitue un atout précieux dans une situation d’urgence comme celle du Covid-19. De nombreuses publications médicales indiquent que des principes actifs de l’artemisia annua seraient efficaces contre le virus.

Quand et dans quelles circonstances l’idée est-elle venue de la tester pour combattre le Covid-19 ?

Depuis les années 2000, la Chine a conduit de nombreuses études statistiques contrôlées pour évaluer l’efficacité de l’association de sa médecine traditionnelle à la médecine conventionnelle. Elles ont été réalisées dans les plus grands centres universitaires, de façon rigoureuse, pendant l’épidémie de Sras de 2003. L’artemisia annua fait partie des deux plantes les plus efficaces contre le Sras, avec le lycoris radiata. Et c’est tout naturellement qu’elle a été de nouveau prescrite officiellement contre le Covid-19 dès décembre 2019, en association avec d’autres plantes, mais elle a toujours été prise à distance de celles-ci et dans les cas présentant des signes pulmonaires.

Ainsi, 85 % des patients chinois positifs au Covid-19 et symptomatiques ont reçu des mélanges de plantes en association avec les thérapeutiques conventionnelles. Les études réalisées, qui sont en cours de publication, montrent que les patients guérissent statistiquement plus rapidement lorsqu’ils ont pris les plantes que les patients traités seulement de façon conventionnelle.

 Les études réalisées en Chine recoupent-elles celles que vous avez pu mener de votre côté ? Parle-t-on de la même plante ? Du même traitement ?

L’analyse bibliographique montre que l’artemisia annua a une efficacité sur certaines maladies virales (grippe, herpès, cytomégalovirus) et, en association thérapeutique, sur certains cancers métastasés (prostate et poumon). Dans les cancers métastasés, on retrouve la même réaction inflammatoire exagérée que celle développée par les défenses immunitaires du patient infecté par le SARS-Cov-2 [l’agent pathogène du Covid-19].

L’ARTEMISIA ANNUA PRÉSENTE EN CHINE EST ARRIVÉE EN AFRIQUE IL Y A PLUSIEURS DÉCENNIES ET Y EST DEVENUE PRESQUE ENDÉMIQUE

Dans la littérature, on trouve que l’artemisia annua a une activité immunomodulatrice et anti-inflammatoire capable de réduire l’impact du virus SARS-Cov-2 chez le patient infecté. En particulier, elle bloque plusieurs récepteurs (ACE2, TMPRSS2, basigine) nécessaires au virus pour pénétrer dans les cellules de la muqueuse nasale et du poumon où il se réplique et déclenche potentiellement les signes de la maladie.

L’artemisia annua présente en Chine est arrivée en Afrique il y a plusieurs décennies et y est devenue presque endémique. La Maison de l’artemisia, une ONG française, a créé sur le continent 80 pôles de compétence répartis dans 23 pays, qui cultivent cette plante et sensibilisent les populations démunies.

Mais ces traitements ont-ils été testés ?

Pour mettre en place une étude clinique aux normes internationales et reconnues par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il faut du temps. En deux mois, l’ensemble des professionnels multidisciplinaires adhérant à La Maison de l’artemisia ont travaillé intensément pour écrire plusieurs protocoles dont le premier a été proposé en urgence fin mars 2020 à l’ensemble des ministres de la Santé et de la Recherche des pays africains. Certains gouvernements ont répondu positivement à la réalisation d’essais cliniques artemisia annua/Covid-19.

Pourtant l’OMS semble réservée. Comment l’expliquer ?

L’OMS sait que l’artemisia annua est une plante qui contient de nombreux principes actifs utiles, en plus de l’artémisinine. L’organisation est dans son rôle lorsqu’elle demande des essais cliniques robustes pour pouvoir se prononcer. C’est aussi ce que nous demandons depuis sept ans pour le paludisme et maintenant pour le Covid-19. Ce n’est qu’aujourd’hui, avec cette crise mondiale, que des chercheurs de premier plan commencent vraiment à s’intéresser à cette plante jusque-là négligée. Dans une dizaine de pays d’Afrique, des scientifiques veulent conduire davantage de recherches sur le potentiel curatif de la plante aussi bien sur le Covid que sur le paludisme. Tant mieux, ou enfin !

Nous attendons de l’OMS qu’elle facilite ces recherches indispensables. Il n’y a que de l’argent public ou philanthropique qui puisse financer des études sur une plante que chacun peut faire pousser chez soi. Le blocage, s’il y en a un, n’existe qu’à ce niveau ! Réalisons ces recherches rapidement, en respectant les règles internationales ! Les populations africaines ont le droit d’avoir une information scientifiquement prouvée.

Le but n’est pas de consommer la plante n’importe comment. Quelle est la posologie ? Et quels sont les avantages par rapport à d’autres médications ?

La posologie vient de la médecine traditionnelle chinoise. Dans le cas du Covid-19, elle indique 400 ml de décoction contenant 10 à 12 g de feuilles et tiges d’artemisia annua sèche par jour – soit deux poignées pour la quantité d’eau fixée. Pour être efficace, la préparation doit être réalisée chaque jour et être consommée dans les 24 heures. Le traitement démarre dès les premiers signes de la maladie et doit être poursuivi pendant la durée des symptômes.

A CULTURE LOCALE DE CETTE PLANTE POURRAIT CONSTITUER UNE SOURCE DE REVENUS DURABLES AU BÉNÉFICE DE PETITS PRODUCTEURS

L’avantage principal serait la guérison plus rapide des patients. Une prise précoce permettrait peut-être d’éviter des complications conduisant à une hospitalisation, voire au passage en réanimation. En plus, l’artemisia annua est bon marché, sans toxicité et sans effets indésirables. Elle est juste un peu amère. Par ailleurs, la culture locale de cette plante pourrait constituer une source de revenus durables au bénéfice de petits producteurs, donc de nombreuses familles.

Le Covid-Organics malgache suscite un engouement incroyable dans toute une partie de l’Afrique. Quelle est votre opinion sur ce produit ?

C’est un formidable coup de projecteur ! Nous ne parlerions sans doute pas d’artemisia aujourd’hui sans cela. Après, la composition du Covid-Organics est tenue secrète, même si elle contient beaucoup d’artemisia annua. Les chercheurs malgaches continuent de l’étudier. La recherche est la clé pour garantir la sécurité des populations. Par ailleurs, cette plante appartient à tout le monde et le plus grand nombre devrait pouvoir en bénéficier si elle s’avère efficace.

Que faudrait-il, maintenant, pour faire progresser l’usage de l’artemisia là où elle serait utile ?

L’urgence aujourd’hui, c’est la recherche. L’Afrique a besoin de riposter avec ses propres moyens contre le Covid-19. Comme l’Europe, qui a lancé un projet de recherche continental, puis une cagnotte de 8 milliards d’euros, le continent africain doit mener des recherches et des essais cliniques robustes pour trouver son traitement adapté. Un budget de l’ordre de 2 millions d’euros suffirait à établir scientifiquement si l’artemisia annua est efficace contre le Covid-19. Saura-t-on les trouver ? Une cagnotte est en train de se mettre en place, emmenée par des stars internationales africaines.

Le principal spécialiste africain de l’artemisia, le Dr Jérôme Munyangi, vient de rentrer dans son pays, la République démocratique du Congo (RDC), pour organiser la coordination de ces recherches et réaliser les essais cliniques urgents qui s’imposent. Des recherches complémentaires devront également être conduites dans les domaines de la biochimie, de la biologie et de la pharmacocinétique.

Il y a des raisons de croire que l’Afrique saura mener ces recherches dans les tout prochains mois. Et si elle offrait au monde la preuve de l’efficacité de ce traitement tout simple contre le Covid-19 ? Cela pourrait être le cadeau du continent au monde.