Emmanuel Macron et Olivier Véran, ministre de la Santé au Centre opérationnel de régulation et de réponse aux urgences sanitaires et sociales, le 3 mars 2020. Bertrand Guay/Pool via REUTERS
Texte par : RFI
Publié le : 03/03/2020 – 11:46 Modifié le : 03/03/2020 – 23:11

Treize régions sont touchées en France par le coronavirus, a annoncé mardi soir le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Un quatrième décès a été annoncé en France, qui passe la barre des 200 cas. Le président de la République a annoncé ce mardi la réquisition de « tous les stocks et la production de masques de protection ».

Un quatrième décès dû au coronavirus a été annoncé mardi à la mi-journée par le ministère de la Santé. Il s’agit d’un homme de 92 ans décédé dans le Morbihan ce matin, et les autorités se préparent à une nouvelle intensification de l’épidémie. 13 nouveaux cas ont été confirmés mardi ce qui porte à 212 le total des personnes infectées en France, soit un doublement en trois jours. Avec la barre des 200 cas franchie, la France est devenue l’un des principaux foyers du nouveau virus en Europe, avec l’Italie et l’Allemagne. 13 régions de l’Hexagone sont touchées, mais la situation reste sous contrôle assure Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé.

Jérôme Salomon: «Désormais notre objectif principal consiste à ralentir la propagation du virus»

L’État réquisitionne tous les stocks et la production de masques

Le pays est entré « dans une phase qui va durer des semaines et sans doute des mois » pour lutter contre le coronavirus, a déclaré mardi le président français. « Nous devons tous avoir conscience que nous serons mobilisés dans la durée » et « nous sommes prêts », a ajouté le chef de l’État, au cours d’une visite du centre opérationnel du ministère de la Santé qui coordonne la gestion de la crise du coronavirus, le CORRUSS.

Emmanuel Macron avait auparavant fait savoir par Twitter que l’État français réquisitionnait « tous les stocks et la production de masques de protection ».

C’est une mesure très symbolique que le gouvernement s’apprête à mettre en place. Une mesure qui « vise à rassurer la population », explique-t-on dans l’entourage du président de la République et montrer que l’État est au travail dans la gestion de la crise. Car dans les faits la France a déjà pris ses précautions. Elle possède d’importantes réserves stratégiques de masques de protection : 160 millions, dont 10 % ont été déstockés. Par ailleurs, 15 à 20 millions supplémentaires arriveront en fonction de l’évolution de la situation, a expliqué Olivier Véran, le ministre de la Santé.

Cependant, les besoins sont énormes, car ces masques ne peuvent être portés que 3 heures avant de perdre leur efficacité. Jointes par téléphone, les entreprises spécialisées dans la fabrication de ces masques FFP2 et FFP3 s’étonnent de ne pas avoir été averties en amont et se demandent si elles doivent d’ores et déjà annuler les commandes prévues pour des clients à l’étranger. C’est désormais au Premier ministre Édouard Philippe de définir les modalités de cette réquisition pour la rendre effective avec notamment des mesures d’indemnisation pour ne pas léser les industriels.

Édouard Philippe a débuté la semaine lundi au Centre hospitalier universitaire Pellegrin de Bordeaux. L’objectif du gouvernement est de « ralentir pour empêcher, ou au moins retarder, la libre circulation du virus sur le territoire qui marquerait l’arrivée dans la phase 3, c’est-à-dire l’épidémie proprement dite de coronavirus en France », a souligné Édouard Philippe lors sa visite au CHU Pellegrin à Bordeaux.

Emmanuel Macron, qui s’était rendu à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière la semaine dernière, a réorganisé son agenda pour se concentrer sur le suivi de la crise. Dans son entourage, on assure que le président est « au contact en permanence pour ajuster » et que sa volonté est de « donner les informations en toute transparence, sans naïveté mais sans inquiéter ».

Les leçons de la gestion de la crise sanitaire provoquée par l’incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol à Rouen, ont été tirées, analyse notre journaliste Valérie Gas. Et la communication adaptée avec des points quotidiens du ministre de la Santé et des décisions fondées sur l’avis des médecins et des scientifiques.

« Qui est malade ? Qui a seulement la grippe ? On ne sait pas »

Treize régions sont touchées en France, a annoncé mardi le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

Les trois principaux foyers d’infection ont été identifiés en France : l’Oise (nord), la Haute-Savoie (est) et le Morbihan (ouest). Emmanuel Macron souhaite répondre aux préoccupations grandissantes des Français. En particulier dans l’Oise. Marchés annulés, rassemblements interdits, écoles fermées, c’est l’une des zones les plus touchées par l’épidémie de coronavirus en France. Neuf communes du département sont identifiées comme des foyers de propagation du virus, dont la ville de Creil.

Dans la brasserie « Le Chalet », à Creil, les clients parlent d’un climat étrange de suspicion. N’importe qui peut porter le virus et éventuellement le transmettre, explique Mohamed Ryad, l’un des clients de la brasserie au micro de notre journaliste Christine Siebert.

« On ne sait pas. Qui est malade ? Qui a seulement une grippe ? On ne sait pas, déplore Mohamed Ryad. C’est ça qui est un peu gênant. Et plus que ça. Tout le monde a peur. Le commerce est touché, parce qu’il n’y a peu de monde qui circule. Les magasins sont vides, les quartiers sont vides… Maintenant, quand je monte dans le bus ou dans le train et que je tousse, les gens me regardent et se disent : « Celui-là, il a un virus ». Moi, j’ai la grippe. Je ne sais pas… »

Depuis ce week-end, des mesures plus contraignantes ont été prises pour empêcher une propagation plus large encore. Elles correspondent au passage en phase 2 (sur 3) de la lutte contre l’épidémie. Ainsi, plusieurs écoles, collèges et lycées sont fermés en France, essentiellement dans l’Oise et le Morbihan, une mesure qui touche près de 45 000 élèves. Par ailleurs, les rassemblements de plus de 5 000 personnes en « milieu confiné », de nombreux concerts ou manifestations comme le Salon du Livre ou le Salon mondial du tourisme de Paris ont donc été annulés ou reportés.

Les soignants en quarantaine vont reprendre le travail

Une cinquantaine de soignants de l’hôpital Tenon, à Paris, placés en quarantaine à cause du coronavirus « ont repris ou vont reprendre » le travail, a indiqué mardi soir l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui a décidé « l’abandon de l’éviction professionnelle systématique » pour les contacts « à risque modéré ».

Depuis l’hospitalisation d’un « cas grave » vendredi dans cet hôpital de l’Est parisien, « 62 personnels paramédicaux et 6 personnels médicaux » avaient été « positionnés en éviction professionnelle », a précisé l’AP-HP. Ces professionnels avaient tous été en « contact prolongé » (plus de 15 minutes), « proche » (moins de 1,50 m) et « sans protection » avec un malade infecté par le Covid-19.

« Ceux qui ne présentent pas de symptômes » peuvent réintégrer leurs services, à condition de « porter un masque chirurgical en permanence et le changer toutes les quatre heures » et d’effectuer une « prise de température deux fois par jour ».

Les médecins généralistes face à l’épidémie

Comment freiner la propagation de la maladie sur le territoire français ? En complément de l’hôpital, la médecine de ville se présente comme un outil de réponse trés important dans la gestion de l’épidémie de coronavirus. D’ailleurs, les médecins généralistes se disent préts à jouer leur rôle dès que le ministère de la Santé leur en donne les moyens.

« En pratique, le rôle des médecins généralistes ne va pas être très différent de leur rôle habituel, quand il s’agit de traiter des patients atteints de la grippe, explique Jacque Battistoni, président de la Fédération française des médecins généralistes. Ici, il s’agit d’une grippe qui est probablement plus grave, et qui, probablement, entraînera un peu plus de situations nécessitant une hospitalisation. Donc, on va être très attentifs à examiner les gens, à les surveiller, aussi, et à repérer le plus rapidement possible tous les signes qui mériteraient une hospitalisation. »

Les médecins généralistes ont-ils aujourd’hui tous les moyens à leur disposition pour faire face aux cas de coronavirus qui vont se présenter à eux ? « Non, répond Jacques Battistoni, nous n’avons pas encore tous les moyens et c’est ça le problème. Nous allons avoir rapidement, normalement, des masques pour nous protéger et pour éviter de contaminer les autres patients. Mais tout cela va prendre peut-être un petit peu de temps. Nous ne savons pas exactement à quel moment ce sera disponible. Le ministère de la Santé nous a dit que cela devrait se faire en début de semaine, mais nous attendons de voir. Nous sommes déterminés et nous sommes réservés, en même temps. Mais dès lors que nous avons les masques et tout le reste, nous allons tout mettre en œuvre pour prendre rapidement en charge les patients. »