Le conseiller spécial de la Maison Blanche Jared Kushner à la conférence économique de Manama, à Bahreïn, le 25 juin. Reuters TV
Texte par : Ségolène ALLEMANDOU
Première publication : 25/06/2019 – 22:09 France 24

Peut-on régler le conflit israélo-palestinien sans aborder la question politique ? C’est la question à la quelle est confrontée l’administration Trump, qui présente jusqu’à mercredi à Bahreïn le volet économique du plan de paix.

La question économique peut-elle réussir à résoudre le conflit israélo-palestinien, là où la politique a échoué depuis si longtemps ? Jared Kushner, le gendre et conseiller du président américain Donald Trump, qui doit présenter, mardi 25 et mercredi 26 juin à Bahreïn, le premier volet de ce qui est présenté comme l »‘accord du siècle », veut y croire.

« Pas d’engouement à Manama »

Les Palestiniens, qui rejettent tout dialogue avec l’administration Trump depuis que le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017, ont strictement refusé de prendre part à la conférence, précisant ne pas avoir été consultés en amont du projet.

Une colère qui a suscité une levée de boucliers dans le monde et qui a rejailli jusqu’à la conférence de Manama. « Il n’y a pas vraiment d’engouement des pays alliés de Washington présents, rapporte Antoine Mariotti, correspondant de France 24 dans la région. Ils sont surtout là pour ne pas heurter l’allié américain. »

Les observateurs aussi évoquent de nombreux doutes quant au plan américain. « Sans politique, il n’y a pas de plan économique viable et durable », estime auprès de France 24 Élisabeth Marteu, docteure en science politique de l’Institut d’études politiques de Paris, spécialiste du Proche-Orient. « Si l’on ne règle pas les origines du conflit, tout plan d’investissement est voué à l’échec. »

« Un pêle-mêle d’idées surréalistes »

Sans compter que les propositions économiques proposées dans le document de 40 pages par les Américains suscitent de vives critiques. « Il s’agit, selon moi, d’idées pêle-mêle totalement surréalistes », décrypte la spécialiste du Proche-Orient. Elle cite notamment l’exemple de la promotion du patrimoine palestinien avec un séjour touristique qui passe par le Liban. « Qui connaît la région sait bien que la route entre Ramallah et Beyrouth est contrôlée par Israël », s’étonne-t-elle.

Autre exemple : faire des territoires palestiniens un e-gouvernement à l’image de l’Estonie pour permettre aux citoyens palestiniens de communiquer avec les autorités palestiniennes. « Comment peut-on parler de services publics aujourd’hui à Gaza ? », s’interroge-t-elle en qualifiant le document de « hors sol ». Pour la chercheuse, « il faut d’abord régler les questions sécuritaire et politique avant de parler d’investissements », assure-t-elle.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, qui n’a pas œuvré à l’élaboration du plan, a de son côté qualifié le plan d' »inapplicable », selon des révélations du Washington Post. « Je comprends pourquoi les gens pensent qu’il s’agit d’un accord que seuls les Israéliens pourront aimer », a-t-il glissé à ses interlocuteurs.

Pas de plan de paix ?

Le plan économique est une « condition préalable » à la paix, s’est pour sa part défendu Jared Kuchner à Bahreïn. Le volet politique est annoncé pour novembre, après la convocation de nouvelles élections législatives en Israël le 17 septembre prochain.

Reste que de nombreux observateurs doutent de l’existence de ce plan politique. « Aucun texte définitif n’existe à l’heure actuelle », avance Élisabeth Marteu. Jared Kushner a déjà répété à maintes reprises qu’il refusait de parler de la solution dite « à deux États », au cœur de la diplomatie mondiale depuis des décennies.

À Manama, la capitale du Bahreïn, la conseiller spécial s’est adressé à un parterre d’investisseurs étrangers, notamment en provenance des pays arabes du Golfe (Jordanie, Égypte, Arabie saoudite) pour lever plus de 50 milliards de dollars pour l’économie palestinienne. Il a également appelé les Palestiniens à saisir « l’occasion du siècle ». Sauf que les principaux intéressés sont absents, les Palestiens ayant boycotté la conférence et aucune délégation israélienne n’ayant été conviée.