Clotaire SAULET SURUNGBA, Ancien Parlementaire, Président d’EDUCAVENIR
Personnalité publique-Ecrivain

Un moment riche en partage avec M. Clotaire Saulet Surungba qui répond aux questions de Mbi la gué. « L’homme à l’écharpe rouge », ne cesse de nous impressionner avec ses connaissances diverses. Nous buvons ces paroles qu’il sait si bien nous communiquer avec un français qui ferait pâlir Molière. C’est une certitude, il aime son pays, c’est un patriote. C’est une certitude, comme bon nombre de ses compatriotes, il regrette que des pistes claires, précises et évidentes de sortie de crise ne soient empruntées par les autorités en place. Néanmoins, cela ne fait pas de lui quelqu’un qui abandonne et baisse les bras, bien au contraire, il poursuit son combat, à sa manière, pour une nouvelle République Centrafricaine en qui il croit toujours et ceci, malgré ce que l’actualité lui révèle chaque jour.

Qui êtes-vous M. Clotaire Saulet?
Je vous présente toutes mes civilités, Madame Lydie Nzengou Koumat-Guéret et merci de me donner l’occasion pour m’exprimer dans les colonnes de votre journal. Qui suis-je ? Je suis Clotaire Saulet Surungba, professeur de Sciences physiques et conseiller pédagogique, ancien Correspondant national de Sciences Physiques dans le cadre de la coopération institutionnelle entre le Collège Lionel Groulx du Canada et le lycée scientifique Cécile Digo de Kémbé, ancien membre du Comité national technique du programme d’harmonisation des sciences physiques et de technologie (HPSPT) dans les pays francophones d’Afriques et de l’Océan Indien, syndicaliste. J’ai eu à assumer des fonctions politiques, notamment, chef du cabinet du ministre délégué chargé de la restructuration des Armées et conseiller national, représentant de la Diaspora centrafricaine-Zone Europe au Conseil National de Transition. Premier rapporteur général adjoint du Bureau des Etats Généraux de la Défense Nationale, j’ai été aussi Président de la Commission défense et sécurité du Conseil National de Transition. Marié, père, grand-père et une fois arrière-grand-père, je suis né au siècle dernier en Afrique Equatoriale Française dans le Territoire du Moyen-Chari…

Ecrivain, homme politique ou de la Société civile ?
J’avais adhéré au Front Patriotique Oubanguien (FPO) du professeur Abel Goumba quand j’étais étudiant à Toulouse, dans les années 70-80, ensuite au Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC) en Centrafrique qui, à l’époque, regroupait tout le monde en raison de la trêve syndicale et politique imposée à un moment donné par le Comité militaire de redressement national (CMRN). J’avais démissionné de ce parti en août 1992, en réaction contre l’assassinat du Dr Claude Conjungo le jour de l’ouverture du Grand Débat National. Depuis, j’ai fait le choix du militantisme syndical et contribué à la création de la Confédération Chrétienne des Travailleurs de Centrafrique (CCTC) où j’ai été membre de l’équipe dirigeante. Je suis membre de la Société civile et en tant que citoyen, j’use de tous mes droits pour me prononcer sur toutes les questions nationales, notamment économiques, politiques, culturelles, environnementales etc. Allergique à tout embrigadement partisan, je me sens plus à l’aise au sein de la Société civile centrafricaine. Car cela me permet de critiquer tout en proposant, et d’applaudir en toute conscience s’il le faut…

Que retenez-vous de l’actualité africaine, de l’Afrique centrale, de la Centrafrique ?
Vaste sujet. Je voudrais d’abord souligner la victoire du parti de Nelson Mandela, lors des sixièmes élections générales du 8 mai 2019 en Afrique du Sud. Vingt-cinq ans après la fin de l’apartheid et en dépit des affaires de corruption, du chômage de masse et de l’économie morose, Cyril Ramaphosa qui a accédé à la présidence de la République en février 2018 après la démission forcée de Jacob Zuma, a réussi à imposer la domination démocratique de l’ANC dans le paysage politique sud-africain.
En Algérie, le vendredi 21 mai 2019, les manifestants qui ont réussi quelques mois plus tôt à évincer du pouvoir Abdelaziz Bouteflika, ont occupé les rues à Alger pour exiger du général Gaïd Salah l’annulation de l’élection présidentielle prévue le 4 juillet. Le peuple algérien entend mettre un terme au « système FLN » qui a dirigé le pays depuis le début des années 60. Aux toutes dernières nouvelles, ces élections n’auront pas lieu le mois prochain et la révolution algérienne se poursuit pour un véritable renouvellement de la classe politique.
Malgré l’embargo sur la fourniture d’armes en Libye voté par le Conseil de sécurité en 2011, les armes affluent de tous les côtés en Libye. Le 18 mai, les chaînes de télévision libyennes ont montré le débarquement sur le port de Tripoli des dizaines de véhicules blindés de fabrication turque. Et je me demande bien pourquoi nos autorités, pourtant démocratiquement mises en place depuis le 30 mars 2016, refusent de faire ce choix afin que nos forces armées soient bien outillées…
En Afrique de l’Ouest, les Jihadistes poursuivent leur avancée meurtrière dans la zone sahélo-saharienne et veulent imposer méthodiquement leur loi dans toute cette région par le truchement d’enlèvements de touristes étrangers. Partis du Mali, ces groupes terroristes ont infiltré le Burkina Faso et le Bénin. C’est ainsi que deux touristes français, en excursion dans le parc de la Pendjari, ont été enlevé le 1er mai dernier. Au Nigéria, le groupe terroriste Boko Haram sévit toujours par les massacres, ces dernières semaines, de 23 soldats tchadiens en mars et de 8 civils au Niger avec l’enlèvement quelques jours plutôt de deux adolescentes dans le nord-est du pays.
Il faut souligner que l’Allemagne a apporté son soutien au G5 Sahel sur la question du terrorisme et de l’opérationnalisation de la force conjointe par le versement d’une contribution de 60 millions d’euros, le 1er mai.
Le Bénin, pourtant réputé pour le respect des principes démocratiques, s’est illustré à la fin du mois d’avril, sur le plan politique par des élections législatives sans la participation de l’opposition.
Au niveau de l’Afrique centrale, les autorités gabonaises s’emploient à mobiliser des ressources financières auprès de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), pour la réalisation des projets de développement inscrits dans le cadre du Plan stratégique Gabon émergent ainsi que la poursuite du Plan de Relance de l’Economie alors que le spectre d’une crise humanitaire se dessine au Cameroun, suite au conflit interne opposant le pouvoir central aux anglophones. Les pressions internationales auront enfin réussi à faire plier le président Paul Biya qui s’engagent à résoudre la crise anglophone par le dialogue. Kamto croupit en prison…
Nous allons retenir de la RDC le rapatriement le 30 mai 2019 du corps d’Etienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017 à Bruxelles. Cette grande figure de la classe politique congolaise a reçu à titre posthume, des hommages officiels en présence de chefs d’Etat africains-dont Faustin-Archange Touadéra-, et sous la présidence de son fils Félix, qui a accédé à la magistrature suprême de l’Etat, les 31 et 1er juin 2019. Dans le même ordre d’idée, en Angola, l’urne contenant les ossements de Jonas Savimbi, décédé sur le champ de bataille le 22 février 2012, a été remise à sa famille et à l’UNITA le 29 mai dernier.
Au Tchad, il est enregistré toute une série de décès dans les commissariats de police. Et sur le plan politique, la commission électorale nationale indépendante assure que les élections législatives, prévues de longue date n’auraient lieu qu’à la fin de l’année. Il faut aussi rappeler que les victimes d’Hissène Habré n’ont toujours pas été indemnisées, deux années après la condamnation en appel de l’ancien président. Le fonds chargé pour ces indemnisations a bien été créé en février 2018 et aucun franc n’a été versé.
Au Soudan voisin de la République centrafricaine, le président Omar El Béchir, sous la pression de la rue, a laissé le pouvoir à un Comité militaire de transition qui peine encore à se faire accepter par les populations soudanaises. La soixantaine de morts par balles, enregistrée depuis le mardi 4 juin à Khartoum va, soit mettre un terme aux « sit in » devant le ministère de la Défense, soit donner une autre dimension à cette révolution soudanaise…
Comme on peut le voir, toute l’Afrique bouge et les citoyens montent de plus en plus en première ligne. Grâce à une bonne utilisation des réseaux sociaux, les citoyens africains se mobilisent contre la mauvaise gouvernance, mènent des combats pour la préservation ou la restauration de la démocratie, luttent contre les coupures électriques et les pénuries d’eau potable. Ces mouvements citoyens dont les champs d’action sont multiples et variés sont animés par une nouvelle génération d’activistes comme Fadel Barro au Sénégal avec « Y’en a marre », « Balai citoyen » au Burkina Faso, « Lucha et Filimbi » en République démocratique du Congo, « Our Destiny » au Cameroun ou « E Zingo Biani » avec Gervais Lakosso en République centrafricaine et qui a enregistré, en ce 1er juin, l’adhésion du collectif « Citoyens Debout et Solidaires-Centrafrique-CDS-CA » du professeur Jean-François Akandji-Kombé.
Ce qui me permet d’aborder la troisième partie de votre question, à savoir l’actualité centrafricaine…
Actualité politique, actualité économique, actualité sociale ou actualité culturelle ? Vous savez, on dit généralement que si la politique va, tout va ! Ainsi je vais me limiter à l’actualité politique car de celle-ci dépend toute la vie de la Nation.
Nous continuons de défrayer la chronique depuis plus de six ans avec nos accords de paix qui finissent toujours par créer des désaccords de plus en plus profonds et qui nous mènent vers l’inconnu…L’accord de Khartoum dont les premières applications consacrent une certaine immunité aux bourreaux du peuple centrafricain, porte en lui-même les germes de la perpétuation et l’aggravation de la crise. Car nous avons fait preuve d’amateurisme et d’infantilisme politiques en acceptant de discuter des questions nationales avec des mercenaires étrangers. Nous aurions pu exiger de la communauté internationale que les représentants des groupes armés aux négociations de Khartoum soient des centrafricains comme ceux du FPRC, du FDPC ainsi que ceux des Antibalaka. Car, au sein du MPC, de l’UPC et les 3R, il doit bien y avoir des nationaux.
Comme tout le monde l’a constaté, l’encre de paraphe et de la signature de cet Accord n’a pas encore séché, ni à Khartoum, ni à Bangui, que l’UPC et les 3R ont violé le second alinéa de l’article 5 relatif aux engagements des groupes armés. Massacres d’une vingtaine de personnes et incendies de maisons à Zangba,et une centaine de personnes mortes par noyade sous la menace de l’UPC dans la même localité de la Basse-Kotto, sans aucune réaction des autorités et massacres d’une cinquantaine de personnes dans l’Ouham-Péndé et des tueries dans le Haut-Mbomou…
L’actualité centrafricaine semble tourner autour du décompte macabre de morts et de la montée en puissance des groupes armés, parties à l’Accord de Bangui/Khartoum. Parallèlement, des actions sont initiées pour freiner cette descente aux enfers. Le 29 mai 2019, le Groupe de travail de la société civile (GTSC) ainsi que des partis politiques ont mis en place la plateforme « E Zingo Biani ». Et il faut souhaiter que cette nouvelle plateforme tire de bonnes leçons du passé en prenant en compte les insuffisances et incohérences des 4CN, CFD, CODEPO, UFAP, CPC, UFVN et que la Société civile centrafricaine en soit véritablement le moteur…Cette plateforme aura suscité une vive réaction du pouvoir, suivie de l’appel des « Requins » ou « tonton Macoutes » de Saint Luc Bagaza le 1er juin…Et un quinzième groupe armé vient de voir le jour dans la Bamingui-Bangoran avec Nourd Grégaza et Aubin Issa Issaka…
Il convient de noter qu’une crise institutionnelle semblait poindre à l’horizon avec la non promulgation de la loi portant code électoral, adoptée par l’assemblée nationale depuis le 13 avril 2019. Les députés ont ramené à 15 millions de FCFA la caution pour l’élection présidentielle, fixée à 50 millions par l’Exécutif, et à 250 000 FCFA celle des législatives…Nous venons cependant d’apprendre que le Conseil constitutionnel a renvoyé le projet de loi pour une relecture à l’assemblée nationale…

Avez-vous de l’espoir pour une nouvelle RCA ?
Vous savez, je suis naturellement optimiste quelles que soient les circonstances ! Et j’ose croire que le Centrafrique va être remis à l’endroit et renaîtra de ses cendres. Et pour cela, je fais confiance à cette nouvelle génération consciente centrafricaine qui s’organise aujourd’hui pour prendre la relève. Les dernières élections générales dans notre pays et qui ont mis un terme à la Transition, ainsi que l’évolution de la situation nationale, marquent malgré tout, un début du processus du renouvellement de la classe politique. Il existe aujourd’hui ce que j’appelle « l’Hexagone du renouveau politique » constitué de nouvelles figures assez crédibles : Crépin Mboli-Goumba, Jean-Serge Bokassa, Charles-Armel Doubane, Serge Lénguéndayen, Maxime Nana et Dominique Yandocka. Je me permets de dire que l’espoir de la République centrafricaine pourrait venir de ce polygone politique. Et pourquoi ne pas adjoindre aussi Anicet-Georges Dologuélé qui aura eu le mérite d’arriver en première position au premier tour, avec un jeune parti politique, lors des dernières élections présidentielles ?
Nous devons aujourd’hui nous engager et résister pour garantir le Relèvement et la Renaissance de notre pays. Permettez que je cite ici Stéphane Hessel qui, dans son opuscule « Engagez-vous », affirme que résister, c’est considérer qu’il y a des choses scandaleuses autour de nous et qui doivent être combattues avec vigueur. C’est refuser de se laisser à une situation qu’on pourrait accepter comme malheureusement définitive. Pour ce faire, il suffit qu’il y ait une minorité solide, active, de patriotes qui considèrent que l’engagement signifie quelque chose. Et je lance un appel patriotique au polygone politique centrafricain de dépasser les éventuels clivages sclérosants afin d’induire un engagement conséquent des filles et fils du Pays. Notre survie en dépend…
Je garde un espoir pour la résolution du problème des groupes armés en invitant chaque compatriote à considérer que pour nous permettre d’avoir la paix, nous avons une double contradiction à résoudre ou, tout au moins, un système d’équations à plusieurs inconnues. La démarche consiste généralement à fixer quelques paramètres et de déterminer progressivement les valeurs qui en sont les solutions. Ainsi, je propose que le paramètre fondamental soit la « centrafricanité ». Et je m’explique. Sous le règne du président Djotodia en 2013, face aux tueries sauvages des jandjawid du général soudanais Assimeh à Bangui, les compatriotes gula, runga et yula de la Séléka ont tourné leurs armes contre leurs collègues Séléka d’origine étrangère. Si nous examinons les modes opératoires des hommes de Sidiki, Alkhatim et Ali Darassa, nous constatons qu’ils agissent avec une cruauté qui démontre qu’ils n’ont rien en partage avec les populations centrafricaines. Ils tuent comme les adeptes de Boko Haram. Le FDPC de Martin Koumtamadji alias Abdoulaye Miskine ainsi que l’UFDR de Djotodia, la CPJP de Noureldine Adam et la CPSK de Mohamed-Moussa Dhaffane, en dehors des rivalités historiques et anciennes des différents clans constitutifs des trois dernières et de leur région d’implantation, ne massacrent pas les personnes comme des bêtes, comme le font les 3R, le MPC et l’UPC. Dans mesure où « la nationalité ne s’acquiert pas par les armes » comme Crépin Mboli-Goumba l’a si bien dit, je proposerai qu’une action de sensibilisation soit initiée en direction des rebelles centrafricains, d’obédience musulmane et chrétienne pour qu’ils réalisent tout le mal que font à notre Patrie, tous ces rebelles d’origine étrangère. Une fois ces mercenaires neutralisés, il nous appartiendra de laver notre linge sale, à la centrafricaine…Et nous pourrons alors retrouver plus facilement les autres inconnues du système d’équations centrafricain…

Et quelles sont les perspectives qui s’offrent à l’Afrique centrale, à l’Afrique ?
Alors que les richesses du sous-sol devraient induire le développement des pays de l’Afrique centrale, elles sont à l’origine de l’instabilité, en raison des convoitises extérieures. Aujourd’hui, plusieurs acteurs se disputent le contrôle des routes commerciales et des ressources naturelles du continent. L’un des axes des « nouvelles routes de la soie » mise en place par la Chine pour créer le plus vaste réseau de routes commerciales du XXI ème siècle passe par l’Afrique orientale, ce qui fait dire par le journaliste Jean-Philippe Rémy* que « la planète se presse aux portes de l’Afrique, de ses chefs d’Etat, de ses mines et de ses ports. A l’échelle du continent, cette « ruée » s’est faite plus rude…La Russie a entamé une montée en puissance de son influence sur le continent, ancrée au Soudan puis en Centrafrique, et avec des visées sur d’autres pays, notamment l’Angola. Cette intensification de la compétition s’étend à l’ensemble du continent, même dans sa partie la plus en retrait de ces transformations, en Afrique centrale ».
Ainsi, si les dirigeants africains s’affranchissent de certaines tutelles, ne font pas montre d’infantilisme politique et s’engagent dans des partenariats gagnant-gagnant, de nouvelles perspectives vont s’offrir de manière indéniable, au lieu de demeurer seulement un terrain de compétition des grandes puissances, dans le domaine économique et de la lutte contre le terrorisme international.
Avec des dirigeants intègres, patriotes comme au Botswana où le diamant a été source de développement intégral, les pays d’Afrique centrale peuvent amorcer leur décollage économique et gagner la paix sociale avec une bonne gestion des ressources naturelles. Dans notre pays, les « diamants du sang » pourraient alors devenir alors des « diamants du développement ». La résolution méthodique de la crise sécuritaire que nous connaissons aujourd’hui et le respect de l’article 60 de notre Constitution pourraient à terme jeter les bases d’une exploitation rationnelle de nos mille et une richesses naturelles au bénéfice des populations.

Vous écrivez beaucoup dit-on. Racontez-nous ?
Dès mon jeune âge à Bangui, j’ai été amené à m’intéresser à l’écriture. En effet, mon père avait coutume d’envoyer des lettres aux parents à Kémbé, à Mbindo, au village dans la sous-préfecture de Satéma, et j’étais le plus souvent son nègre. Il exigeait de moi une retranscription fidèle et me demandait, en cours de rédaction, de lui rappeler ce qu’il disait. Au collège d’Etat des Rapides et au lycée Barthélemy Boganda où j’étais en série sciences expérimentales, je m’étais aussi intéressé au français et à la philosophie. Ce fut à cette époque que j’ai commencé à écrire mes premiers poèmes, encouragé en cela par un professeur de Français d’origine canadienne, que je n’oublierai jamais. Dénis Réhaume, c’est son nom, m’a fait découvrir et aimé le poète français Ronsard avec « mignonne allons voir la rose… ». Le frère Drouard que nous, « Rapidiens », avions surnommé affectueusement « Avogadro » m’a fait aimer les sciences physiques qui a été la discipline que j’ai eu à enseigner durant toute ma vie active. Et mes anciens élèves du lycée Boganda que je rencontre sur les réseaux sociaux ne manquent pas de me rappeler cette phrase ou slogan que j’avais coutume de leur balancer lors de mes cours : « le bon scientifique est un bon littéraire, mais la réciproque reste à démonter ».
Le Changement politique intervenu en 1993 a donné l’occasion à l’ancien militant étudiant de l’ANECA et de l’UNECA-FEANF et au syndicaliste de la Confédération Chrétienne des Travailleurs de Centrafrique (CCTC) que je suis, de poursuivre la lutte contre les multiples dérives antidémocratiques et tares de la société en utilisant la plume. Ainsi, j’ai collaboré avec le premier quotidien « Le Novateur » de mon ami Marcel Mokwapi en signant des articles, quelquefois avec des noms d’emprunt. J’ai été pigiste aussi à « La tortue déchaînée », « Le Citoyen », « Le Démocrate » ou encore « L’Hirondelle ». J’ai, par ailleurs, alimenté la presse écrite nationale par des publications relatives aux activités des syndicats au cours des luttes sociales de 1999-2001.
A la faveur d’une mission en Afrique de l’Ouest financée par la Coopération française, au cours de laquelle j’ai représenté notre pays au 6ème Séminaire Interafricain sur l’Harmonisation des Programmes de Sciences et de Technologie dans les Pays d’Afrique et de l’Océan Indien (HPSPT) en mai 2001, j’ai fui le pays. De mon pays d’exil et, profitant des NTIC, j’ai écrit « Devoir de mémoire » en trois parties, et que j’ai publiées sur les sites Sozoala et Sangonet. Les réactions positives des internautes, voire leur incitation, m’ont conduit à enrichir ces publications pour en faire un livre, mon premier livre qui a été édité par L’Harmattan en 2012 sous le titre : « Centrafrique 1993-2003 – La politique du Changement d’Ange-Félix Patassé ». Mon ami, le journaliste et écrivain Mathias Gonéyo-Répago a signé la préface.
Comme beaucoup de personnes, je suis adepte des réseaux sociaux. J’en fais usage pour échanger, partager des idées avec des amis ou mobiliser la communauté centrafricaine pour des causes nationales, quand bien même tout ce que j’ai eu à publier pour une bonne organisation de la communauté centrafricaine en France n’a pas donné les résultats escomptés !

Et votre dernier roman, de quoi parle-t-il ?
Il s’agit en fait de la seconde partie d’un livre qui s’intitulait au départ : « Ô Centrafrique de mes rêves ! » Le service éditorial des éditions L’Harmattan, après analyse et examen du manuscrit que j’ai soumis en août 2018, m’a demandé de scinder ledit manuscrit en deux parties : la première doit être purement littéraire et la seconde, plus politique. Ce que j’ai fait. Ainsi la première partie a été éditée en octobre 2018. C’est l’opuscule « La centrafricanité, antidote de la crise » et je remercie mon ami Adolphe Pakoua qui a accepté d’écrire la préface.
Mon dernier né « République centrafricaine : La parenthèse Séléka », sous-titré « Chronique d’une coalition d’obédience musulmane au pouvoir », parle du tsunami qui a balayé notre pays le 24 mars 2013. J’ai essayé, dans ce livre, de faire une approche des causes endogènes et exogènes de la crise que nous traversons et qui se poursuit encore aujourd’hui. J’ai fait quelques propositions que je soumets à mes compatriotes, à l’aube des capitales échéances de 2020-2021, si jamais elles devaient avoir lieu. Je n’ai pas manqué de rendre compte, à ma manière, de la mission pour laquelle j’ai été élu dans les locaux de notre ambassade à Paris en avril 2013 pour représenter la Diaspora-Zone Europe au Conseil National de Transition.
Pourquoi ce livre ? A cette question que je me pose maintenant, je me permets de faire appel au compatriote Jean-Gualbert Togba qui, tout en m’encourageant et en me félicitant sur ma page Facebook, affirme le 21 mai : « C’est important de nous approprier de notre histoire et de la raconter comme nous la vivons et non comme les autres la sentent ». Quelle belle réponse ! J’ai fait ma part et il appartient aux autres de faire la leur car je n’ai pas le don d’ubiquité pour tout voir ce qui s’est passé dans notre pays depuis 2013…
Je remercie encore le doyen Michel Gbézéra-Bria qui m’a fait l’honneur d’écrire la préface.

Un dernier mot ou message particulier ?
Je me dois d’exprimer toute ma gratitude à votre journal qui nous fait sortir des sentiers battus. Votre ligne éditoriale tranche du paysage et vous démontrez qu’il n’y a pas que des « journaleux » en Centrafrique-excusez-moi d’avoir utilisé ce terme- qui ne font pas honneur à notre pays sur la toile à travers des publications sans tête ni queue, partisanes à souhait et où le professionnalisme est une aiguille à chercher dans une botte de foin…

Propos recueillis par Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET

(*) « Le Monde – Hors-série-Le bilan du monde – Atlas de 198 Pays – Edition 2019 »

M. Clotaire Saulet Surungba et M. Victor Bissengue- Semaine Africaine – UNESCO

M. Nzafio, Son Excellence Ambassadeur Gbezera-Bria et M. Saulet Surungba