pLydie NZENGOU KOUMAT-GUERET, Journaliste, Experte en Communication

Trois années que cela dure. Trois années où les rebelles sont maîtres et rois et imposent leur loi, avec ça et là, lorsque cela est nécessaire, une communauté internationale et le gouvernement de Centrafrique qui haussent le ton. Ce n’est pas le ton qu’il faut hausser, ce sont les muscles qu’il faut montrer pense bon nombre d’habitants.

Au micro de Mbi la gué, Dimanche, jeune vendeur ambulant de la capitale Bangui : « ça suffit, il faut que ça s’arrête. Le Président a trop causé (discuté) avec ces gens-là. Comment pouvons-nous donner des postes à ces bandits, ils sont là sous notre nez, à la présidence, au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à la primature et ils nous narguent et continuent de tuer nos frères et sœurs, nos pères et nos mères. Ils ont pourtant signé cet Accord de Khartoum. Ils veulent quoi, ils veulent quoi ? Non ça suffit. Il faut à un moment donné savoir prendre les bonnes décisions qui s’imposent. TOUADERA doit faire quelque chose. Ça suffit. »

La RCA, ce pays situé au cœur de l’Afrique Centrale est en proie à une insécurité tenace. Les groupes armés y sévissent depuis plus de 6 ans, dans 14 Préfectures sur 16, bien qu’il y ait eu des élections en 2016, installant ainsi un Président de la République, un gouvernement et les différentes institutions. En février dernier, 14 Chefs des Groupes Armés ont signé l’Accord de Paix de Khartoum et occupent des hauts postes à responsabilités au sein de l’administration centrafricaine. Le processus du DDRR ( Désarmement, Démobilisation, Rapatriement et Réintégration) est en cours avec 10 groupes armés sur les 14 qui ont rendu leurs listes d’éléments à démobiliser.

Cela ne suffit pas, nous indiquent les faits. Il semble que malgré toutes les initiatives de la communauté internationale, la bonne volonté des autorités de Bangui, les tirs des kalachnikov et la barbarie demeurent au rendez-vous. Ce sont encore 34 morts et 5 blessés selon le dernier bilan du massacre qui a été perpétré hier, mercredi 22 mai, dans trois villages près de Paoua, par le Groupe Armé 3R de Sidiki Abass, signataire de l’Accord de Paix de Khartoum et nommé Conseiller à la Primature. Et dans la nuit de dimanche à lundi dernier, des religieuses et villageois de Nola, dans le sud-ouest du pays, ont retrouvé sœur Inès Nieves Sancho, égorgée, en bordure d’une forêt. 

Le gouvernement vient de hausser le ton au travers de son Ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, M. Ange-Maxime Kazagui qui s’est exprimé : « Le gouvernement s’associe à la MINUSCA pour exiger de Monsieur Sidiki l’arrestation et la remise des auteurs de ces massacres aux autorités dans les 72 heures sous peine d’être tenu personnellement responsable et de répondre de ces actes. Le même délai est donné au mouvement 3R pour démanteler ses bases et barrières illégales faute de quoi la MINUSCA et le gouvernement prendront les mesures qui s’imposent ». 

Il semblerait si l’on en croit les réseaux sociaux ce matin, qu’il s’agirait d’un vol de bœufs appartenant à des éleveurs proches de Sidiki par des éléments Antibalaka et que cela aurait conduit à des représailles. Cela nous emmène à nous poser la question sur la valeur de la vie humaine et la valeur de la vie animale pour chacun.

Comment collaborer, cohabiter avec des Chefs rebelles qui gardent les armes en mains lorsque l’on sait que le pays dispose de peu d’homme en arme avec les armes en main ? En effet, le RCA reconstruit son armée depuis l’embargo qui frappe le pays. Comment rendre justice à une population qui n’a pas encore fait le deuil de ses morts et attend réparation ?

Le schéma semble pourtant être mis en place par les autorités de Bangui avec le Tribunal Pénal Spécial, la Réforme du Secteur de la Défence et de la Sécurité, l’Accord de Khartoum, le DDRR, l’arrivée des Russes dans la nouvelle donne politique. Deux Chefs rebelles se retrouvent à la CPI, avec la menace d’appréhender Francis Bozizé, le fils de l’ancien Président François Bozizé. Mais force est de constater que sur ce point- là, seuls ceux d’un camp sont visés, les Antibalaka et non l’autre camp les Séléka. Et là encore d’autres difficultés se profilent à l’horizon pour les autorités banguissoises.

La République Centrafricaine reste dans une grande impasse avec d’énormes dilemmes. Le mécontentement et la grogne grandissent. Et là encore, il s’agit de la sécurité et la politique, car sur le plan sociétal, les pénuries d’eau et les délestages intempestifs ont aussi leurs conséquences. Et n’oublions pas l’épineuse question de la transhumance qui doit rapidement trouver les réponses les mieux appropriées pour tous.

Les analyses se poursuivent , nous reviendrons sur ces sujets brûlants de l’actualité centrafricaine.

Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET, publié le 23 mai 2019, Mbi la gué