Martiel EBA, 47 ans est Ingénieur Agro-Industriel

Il a un Master Agro-Industrie + 9, et 25 ans d’expérience dans l’industrie Agro-Alimentaire aux Royaumes Unies dans les secteurs industriels de la Viande (volaille), Produit frais, Boissons alcoolisés et jus, Boulangeries, Huiles et Graisses Végétales, Snacks, etc… allant des champs jusqu’à la table.
Il travaille actuellement comme Consultant chez AIB International, un cabinet de consultants internationaux qui offre des services de formations, conseils et audits aux clients tels que Nestlé, Pepsi, Coca Cola, Cargill, Danone, Costco, Diageo, McDonald’s, McCains, les Grandes Enseignes, etc… Partout dans le monde.
Il est un Pro-agricole, activiste engagé dans la lutte contre la Faim, la Pauvreté et la restauration d’une Paix Durable en RCA par l’agro-business écologique rurale.
Pour compléter tout cela, il a un vaste réseau et contacts dans le monde Agro-Industriel en Europe et principalement les exportateurs des denrées agricoles vers l’Europe.
Il, c’est martial EBA et il nous parle à coeur ouvert sur l’agriculture e République Centrafricaine.

FAYO RCA, AYO…
Le pays où la « Faim » carbure la « Faim de la Fin »

Je m’étais fait la promesse de faire profil bas en ce qui concerne l’état Agricole dans mon pays mais vu la situation de la Faim dans laquelle ce pays est plongé aujourd’hui, ce serait un crime de ma part de ne pas faire voir à mes frères d’ici et d’ailleurs ce que je vois car ils sont très peu qui voient ce que je vois et quand même ils voient ce que je vois, ils sont encore extrêmement très peu qui ont en « conjugué » le know-how, la passion et la vision pour faire basculer notre pays de sa position extrêmement alarmante du pays le plus affamé du monde pour devenir le “Grenier” de la sous-région et au de-là.
Au moment où je quitte ce beau pays après un séjour de 10 jours en mars dernier, j’ai ce sentiment amer que pour la première fois j’ai touché du doigt la “Faim”, une Faim rampante et omniprésente que l’on pourrait faire une coupe chirurgicale avec les yeux bandés.

Dès mon arrivée, j’ai eu du mal à reconnaître des visages qui m’étaient familiers lors de mon dernier passage en 2017, j’ai eu l’impression que les gens ont perdu au mieux 1/4 de leur poids et je fus heureusement très vite rassuré par chacun qu’ils n’étaient pas malade. Sur le visage de 9 interlocuteurs sur 10, on lit le “Ndjara”… La FAIM.

La chute drastique de la production Agricole (plus de 50% de réduction), les salaires très bas, voire même inexistant et le prix très élevé des denrées alimentaires ont mis la quasi-totalité de la population dans une situation de précarité alimentaire qui ne dit pas son nom. Plus de 90% de la population ne peut s’offrir qu’un seul petit repas à base de couscous de manioc par jour. La Faim en RCA, ce n’est pas juste l’affaire des Déplacés Internes ou ceux-là qui sont dans les zones à conflit. La Faim en RCA, touche même les fonctionnaires de la catégorie A1. Un fonctionnaire de cette catégorie qui touche 300000 CFA/mois et qui a la charge de 10 personnes (minimum) à nourrir devrait dépenser autour de 10000 CFA par jour (300000 CFA/mois) pour subvenir suffisamment à leur ration alimentaire (1800kcal/jour/personne). Or si on prend en compte les dépenses d’opération de la famille (loyer, transport, électricité, eau, santé etc…), il restera à peine 150000 CFA (5000 CFA/jour) pour nourrir cette famille et par conséquence, pour joindre les deux bouts, cette famille sera forcer de se contenter d’une alimentation à base du couscous de manioc qui ne procurera pas les 1800 kcal/jour/personne, ce qui met cette famille dans la classe des « affamés ». Que dirons-nous de la quasi-totalité de la population du pays qui touche moins de 30000 CFA/mois et qui a en charge des familles proportionnellement plus large? Le cycle infernal de la famine…. nul doute que notre pays est le pays le plus affamé du monde.

La production de la denrée de base No 1 qui est le manioc a connu une chute alarmante, la production est passée de près d’1/2 million de tonnes au top de sa production avant la crise à moins de 200 000 tonnes aujourd’hui. Dans un pays où l’on mange le couscous de manioc le matin, à midi et le soir, c’est une catastrophe alimentaire, malheureusement on n’en parle peu ou pas. En ce jour, le prix du manioc sur l’ensemble du territoire est à son niveau le plus élevé jamais connu dans l’histoire du pays pendant que les revenus sont au plus bas. Nu n’était le nombre élevé des milliers de déplacés hors du territoire, des déplacés internes pris en charge par les organisations humanitaires et l’apport très significatif du manioc venant de Zongo situé juste sur la rive droite de l’Oubangui (RDC), la situation aurait été un tsunami. La filière phare de notre agriculture s’est éteinte ou presque, aucune initiative de développement du manioc n’a été mise en place ces 7 dernières années, même pas un “parc à bois” qui soit accessible aux paysans, les boutures malades pilonnent un rendement estimé à moins de 3 tonnes par hectare alors que la moyenne africaine est au-dessus de 10 tonnes.

Si l’on considère que le manioc contribue à une valeur minimum de 500 kilo calories par jour par habitant dans la nutrition journalière des 3.5 millions sur les 4 millions d’habitant alors il faudrait au minimum en RCA plus de 1000 tonnes/jour soit plus de 400 000 tonnes/an pour satisfaire rien que la consommation humaine directe. Si cette denrée aussi critique en RCA se fait rare, ceci devrait déclencher un état de Couvre-Feu Agricole mais hélas zéro. Pourtant nous sommes entourés des pays les plus gourmands en manioc sur le continent et avec une telle demande même si chacun des 4 millions des Centrafricains produisait 1 hectare de manioc, ce ne serait pas suffisant pour asseoir cette demande. 4 Millions d’hectares, c’est possible, le Cambodge qui est trois fois plus petit en superficie a produit plus de 13 millions de tonnes de manioc en 2018.

Alors que la limite mondiale alarmante de malnutrition infantile est de 2%, en RCA, plus de 7% des enfants dans le pays souffrent d’un état de malnutrition sévère et aigue, 2 enfants sur 3 (1.5 millions d’enfants) ont besoin d’une assistance humanitaire. Les conséquences mentales et physiques de la malnutrition suivront ces enfants pour le reste de leur vie. Ce que peu le savent, c’est que le développement du cerveau est critique dès les 1000 premiers jours d’un enfant. Ce développement est essentiellement proportionnel à la quantité et qualité nutritive des aliments que la mère et l’enfant reçoivent pendant cette période critique. Les enfants qui naissent et grandissent dans les familles affamés auront conséquemment un cerveau de « Toto » par rapport à leurs paires qui n’auront pas connu ce début très tragique de la vie. Les conséquences mentales et physiologiques de la Faim sur les enfants sont plusieurs fois plus dévastatrices que les conséquences physiques, un sujet dont on parle très peu.…. Faites un tour dans Bangui et ses environs et regardez l’expression de la Faim sur le visage des femmes enceintes et des enfants pour évaluer l’état des choses chez nous, triste, triste, triste. Nos enfants affamés en RCA qui sont éduqués par des enseignants affamés dans un cadre éducatif au mieux lugubre deviendront des « Super Toto » qui devront faire face demain à un monde ou l’Intelligence Artificielle (AI) sera monnaie courante et nous savons tous ce que « Toto » sait faire devant une situation pareille, « Toto » tâtera sa tête avec sa main gauche et tendra sa main droite pour quémander un bol de riz.

Les importations alimentaires sont devenues la « Ceinture de Sécurité Alimentaire » de notre pays ces dernières années, tout ou presque est importé… Cette triste situation non seulement nous appauvrit chaque jour d’avantage mais également contribue à pousser progressivement dans le coma alimentaire le nombre de ceux qui n’ont plus accès à un repas par jour, vu le prix excessivement très élevé et croissant des produits importés et de facto, une situation qui contribue à maintenir le foyer ardent de l’insécurité. Malheureusement pour nous, ceux qui tirent profit de ce business, s’activeront à ce que cette situation dure le plus longtemps possible, nul point de rappeler que cela coûte 5 à 6 fois plus cher d’importer une tonne de produit alimentaire que de produire la même quantité localement. L’axe Garamboulai – Bangui qui fut perturbé il y a quelques semaines, entrainant une montée en puissance des prix des denrées alimentaires à Bangui, démontre à suffisance que la ceinture alimentaire de notre capitale se trouve hors de nos frontières. Bangui, l’une des rares villes au monde à être quasi ceinturée par deux cours d’eaux, l’Oubangui à gauche et le Mpoko à droite, une opportunité divine à faire une Agro-Silvo-Pasto-Pisiculture péri-urbaine qui rendrai Bangui auto suffisant et blindé contre tout choc alimentaire mais hélas, hélas, zéro. Je vous laisse découvrir l’impact du Nil sur l’agriculture dans les pays qu’il traverse; sans le Nil, ce serait le KO total ou presque en Egypte. Nos voisins de la rive gauche (RDC) ont tout compris, ces centaines d’hommes et femmes qui traversent l’Oubangui chaque jour avec des vivres sur leur tête, rentrent le soir, les poches pleines avec notre cash que nous disposons très très peu, voire même pas. La Faim à Bangui carbure le développement rural à Zongo, pour ceux qui ont la chance de survoler cette zone, la différence de développement rural entre une bourgade de la RDC située sur la rive droite de l’Oubangui et la capitale Centrafricaine à gauche, c’est Deux Tanga, Deux Monde, Deux Destins.

Certes, notre pays traverse un cycle de conflits armés qui a duré plus d’une vingtaine d’années mais force est de constater que notre pays est quadrillé dans son entité par des dizaines de centaines d’engins de guerre, des centaines d’autres engins qui supportent les engins de guerre, des dizaines des engins des ONG qui luttent contre la Faim, tous ces engins qui ont coûté des milliards à l’achat et qui coûtent des milliards pour faire rouler s’activent seulement à pallier aux « Conséquences » de la Faim qui est le conflit armé. Si seulement on investissait le 1/100ème de ce lourd budget pour faire face aux « Causes » de ce conflit armé qui est la Faim, notre pays ne serait pas dans ce merdier aujourd’hui. Les conséquences directes et indirectes de la Faim en RCA tuent dix fois plus que les armes du conflit et c’est paradoxal que l’on consacre 100 fois plus d’effort pour faire taire le « Fils du conflit » qu’à mettre fin à la « Mère du Conflit » qui est la Faim.

Le 24 Mai 2018, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a adopté la Résolution 2417 qui reconnait le lien embryonnaire entre la Faim et les conflits armés et par conséquence a établi que la Faim était une menace sérieuse à la paix et la sécurité nationale et internationale. Pourquoi cette disproportion entre les ressources allouées aux conflits et la Faim en RCA? Certes, certains diront que des millions de dollars sont alloués pour faire face à la Faim à travers des dons alimentaires. Ceux-là ignorent que la Faim adeux faces, une face dite d’urgence ou court terme qui fait appel aux dons alimentaires avec un effet éphémère ou nul sur le conflit et l’autre face dite de long terme, qui fait appel à une agriculture qui crée un tissue social solide, dope le développement rural, crée la richesse et a un effet sans appel tant dans la résolution que la prévention d’un conflit. Malheureusement, c’est cette face de la famine qui est passée aux calendres grecques en RCA, pourtant les acteurs humanitaires sont sonnés à faire face au conflit et à la Faim avec la même énergie et un focus particulier sur la prévention (la Faim). La Faim et les conflits armés sont intimement liés et devraient par conséquence être adressés simultanément avec les mêmes efforts.

La RCA est aujourd’hui à son n-nième Accord de Paix, Libreville, Brazzaville, Ndjamena, Yaoundé, Nairobi, Entebbe, Cotonou, Niamey, Khartoum, Addis Abebas, etc… demain serait une autre destination car il serait naïf de croire le contraire. On amène partout des personnalités meurtries par la Faim pour signer des Accords de Paix et l’on s’étonne après que les termes des accords ne sont pas respectés, ventre affamé… Conséquence, on essuie un ballet d’accords où un accord de paix dame le pion à l’accord précèdent et roule le tapis rouge à l’accord suivant, un ballet de Présidents de la République, un ballet des Premiers Ministres, un ballet de gouvernement, un ballet des hauts représentants de ci et de ça, des médiateurs, des missions de ci, des missions de ça, des avions qui atterrissent et décollent sur l’aérodrome de Bangui Mpoko sans cesse, tout ceci pour une lourde facture qui s’élève à des milliards et au final un résultat qui tarde à sortir le pays définitivement de l’impasse. Pourtant la solution essentielle à la résolution de tous ces conflits est là, là là là. Jamais, jamais, jamais mais jamais il n’y aura une Paix durable en RCA tant que la cause principale des conflits qui est la Faim n’est pas résolue car voyez-vous, il suffirait seulement qu’un tirailleur affamé se pointe au milieu de nul par en RCA avec un calibre 12 qui doit être refroidi après chaque tir en le plongeant dans un bac l’eau pour que ceci déclenche un autre ballet d’Accords de ci et de ça. Dieu seul sait combien des calibres 12 et des tirailleurs affamés il y a dans ce pays et vue l’étendue du pays, cela vous donne une idée du travail à abattre pour terrasser ce taureau en le tirant par la queue. Ce qui se passe ces dernières semaines sur l’axe vital Garamboulai -Bangui est un exemple édifiant. Il est plus facile de faire passer un affamé à travers l’œil d’une aiguille que de convaincre un paysan qui possède 5 hectares d’abandonner cet investissement pour devenir Zaraguina, Coupeurs de route ou rebelles, et c’est ça même la base d’une paix durable.

J’ai eu l’opportunité, lors de ce court séjour de 10 jours de faire le trajet Yaloké allant jusqu’au de-là de Pissa près de Mbaiki (autour de 400km), l’axe de la zone de « Paix » du pays, je n’ai pas vu l’ombre d’un seul tracteur communautaire de 15hp qui coûte à peine 5 millions CFA. Ici les paysans se lèvent le matin affamés, ils vont aux champs affamés, ils rentrent le soir affamés et vont au lit affamés et c’est à ces même paysans que l’on demande de fournir des efforts titaniques en utilisant des variétés à rendement nul ou presque pour produire de quoi faire nourrir toute une nation dans un pays où la taille moyenne des champs est de ½ ha ou moins, de quelle PAIX parle-t-on ici? Néanmoins, on est frappé sur ce trajet Yaloké-Pissa par le nombre des pancartes sur lesquelles on peut lire « ProjetAgricole de Ci », « Projet Agricole de Ça », mais lorsque l’on pose la question aux riverains à savoir c’est quoi ce projet? Ils répondent dans la majorité ne rien savoir ou au mieux telle ONG est arrivée, a distribué des semences, planté la pancarte et a foutu le camp. Lorsque vous distribuez à contre temps aux affamés des semences de piètre qualité sans aucun suivi, on sait très bien là où ça finit, ceci s’appelle perpétuer le cycle de la Faim….nul doute que notre pays est le plus affamé du monde.

La RCA, c’est quand même 17 millions d’hectares de terre arable (plus de 5 fois cette taille en terre Agricole) qui pourrissent sous 6-9 mois de 1000-1800 mm de pluies par an, arrosés avec une hydrologie généreuse sans son deux et un sol exceptionnellement fertile qui ne demande qu’à jeter la graine en début de saison pluvieuse et revenir quelques mois plus tard pour la récolte. Ce pays est l’un des rares pays au monde où l’herbe retient son vert vif toute l’année sur une bonne partie du pays, l’un des rares pays à avoir eu un Président qui fut ingénieur agronome et sans faire mention de tous les Ministres agronomes qui ont et qui continuent d’être en charge du Ministère de tutelle. Devant un tel potentiel, on ne peut se demander pourquoi ce pays est le plus affamé du monde? Et c’est ce potentiel agro-écologique qui s’offre à la RCA et à chacun de nous, une opportunité à saisir à l’arrachée.

Pendant ce bref séjour, j’ai aussi touché du doigt ce potentiel, le potentiel de produire 3 millions d’ha de Manioc, 3 millions d’ha de Maïs, 2 millions d’ha de Palmier à huile, 2 millions d’ha d’oléagineux (arachide, soya, sésame, etc…), 1 million d’ha de fruitiers (manguier, avocatier, etc…), 5 millions d’ha de canne à sucre et voire plus. Pour beaucoup c’est peut-être un rêve mais c’est juste l’équivalent de 4 ha par habitant, 16 millions d’ha restent insuffisants pour satisfaire la demande alimentaire nationale, régionale et internationale du marché que j’essuie sur mon passage. Il serait utile de rappeler ici que pour une population qui tire essentiellement sa subsistance de l’agriculture comme ce le cas en RCA, il faut en moyenne 3 ha par habitant pour sortir du seuil de la Faim et 5 ha pour sortir du seuil de la Pauvreté. Si l’on investit seulement le 10ème de ce qui est mis à contribution pour « calmer » les conflits en RCA, afin de développer un programme Agricole qui permettrai de mettre « Fin à la Faim », ceci deviendrait simplement comme mettre une lettre à la poste.

Au moment où la campagne Agricole a déjà commencé, je me permets de faire cet appel citoyen ardent: je commencerai par lancer un vibrant appel au N° 1 du pays, le Président de la République qui en 2016 avait présenté un programme de campagne dans lequel il prévoyait faire de l’agriculture le cheval de bataille pour la paix et la relance socio-économique du pays, un slogan qui a poussé plus d’un à aller puiser dans leur dernière énergie pour trainer leur ventre à moitié vide sur des distances pour voter massivement ce programme lors des scrutins de 2016. Lors de son dernier discours post Khartoum, et même tout récemment à Bruxelles, il n’a pas raté de mettre une fois de plus l’agriculture au Cœur de la relance socio-économique du pays. Aujourd’hui, malgré quelques tornades agricoles dans une tasse de thé ci et là, le constat affiche que le pays est passé sur l’Index Global de la Faim de la zone de Faim Jaune (46.1, Alarmante) en 2016 à la zone de Faim Rouge Sang (53.7, Extrêmement Alarmante) en 2018. En 10 ans nous avons dégringolé de l’échelle de la Faim de l’index 42 en 2008 à l’index 53.7 en 2018, pour ceux qui ont une malaise avec les chiffres, c‘est l’équivalent en brute de quelqu’un qui mangeait 500g de couscous en 2008 et qui doit se contenter de 100 gr en 2018. Le temps nécessaire pour remonter l’Index de la Faim et atteindre le niveau de 2008 sera minimum de 10 ans multipliés par un facteur K, un facteur réducteur ou amplificateur qui sera proportionnel à la vision de la politique Agricole implémentée par le N° 1 du pays et sa capacité à créer un environnement propice pour attirer les investissements du secteur privé.

Vu l’inertie agricole enregistrée ces dernières années, il y a de fortes chances que la dégringolade sur l’échelle de la Faim continue en 2019, 2020 et 2021. En politique ça va vite et très vite même, on ne peut pas faire grand-chose en deux ans mais deux ans en agriculture c’est beaucoup de temps pour «Unir des Cœurs ». Deux programmes de développement agricoles à impact rapide s’offrent à cet exercice :
1- Le programme graines et céréales (maïs, soya, arachide) dit « Programme Sapeur-Pompier » qui
peut se faire deux fois dans l’année pour « Couper le Feu », dégager du cash rapide pour les paysans et doper la consommation humaine et la production animale.
2- Le programme Manioc dit « Diesel » pour rehausser quantitativement le stock de manioc disponible de manière à faire chuter considérablement le prix de la cuvette de manioc qui coûte aujourd’hui le prix record dans tout le pays et ainsi faisant poser les bases d’une filière semi mécanisée qui va tracter le développement rural.

Pour dérouler ces programmes, le Président dispose de deux « Tomawak Agricoles » qui ne demandent qu’à être utilisés :
1- Les Déclarations de L’Union Africaine de Maputo en 2003 sur l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire qui stipulent que les pays signataires doivent investir 10% de leur budget national au développement Agricole.
2- Les Déclarations de L’Union Africaine de Malabo en 2014 qui stipulent que les pays signataires doivent œuvrer pour mettre fin à la Faim d’ici 2025.

Ces deux déclarations doivent être l’alibi de référence au Président de la République pour « Cannibaliser » une partie du budget nationale et diverger les fonds de développements des partenaires internationaux vers l’agriculture enfin de catapulter ces deux programmes, l’accès à l’alimentation étant un droit fondamental. L’Union Africaine qui a initié ces deux déclarations est assise à sa droite, qu’il les mette à contribution.

Beaucoup d’efforts financiers ont été mis en jeu ces dernières années pour « Unir les Cœurs » de ceux-là qui charbonnent le conflit armé dans le pays mais le résultat final reste très mitigé. Il est grand temps maintenant d’unir les Cœurs des Centrafricains autour d’une agriculture qui va semer les graines d’une paix véritable et durable. Sans ambition partisane, je dirai, si cette Faim continue, il va falloir se re-re-inventer pour convaincre en 2021 des gens à trainer leur ventre vide sur des distances pour voter pour un programme qui a promis le « Plein Plat » mais a délivré une Faim jamais connue dans l’histoire du pays. J’irai encore plus loin en disant que si la situation de la Faim ne s’améliore pas d’ici 1 an, il y a de forts risques que le mercure socio politique monte d’un cran et ne mette en péril beaucoup ce dont le Président a pu mettre en place depuis lors. Je prie pour nous que mon diagnostic soit totalement FAUX.
« Monsieur le Président, l’on peut être Président du pays le plus pauvre du monde ça passe, mais être Président du pays le plus affamé du monde avec tous les atouts agricoles dont dispose le pays, Mr le Président ne laissez pas ça dans vos records. M. le Président faites quelque chose, jetez le filet du « côté droit », semez les graines d’une agriculture dont le pays se souviendra comme de Barthelemy Boganda dont le pays célèbre le 60ème anniversaire de sa mort cette année. C’est le moment idéal où il est plus facile de marquer les esprits et les mémoires. Vous voulez que la Nation se souvienne que c’est vous qui aviez ramené la paix en RCA ? De grâce ? appuyez sur ce « Bouton Rouge » car il n’y a que vous dans ce pays qui est mandaté à le faire, il n’ a que vous pour mettre ce « Bombardier Agricole » sur les bonnes rails et dans la bonne direction, il n’y a que vous Monsieur le Président…. Et la paix durable dans ce pays passera essentiellement par l’Agriculture, « sans Si, sans Mais ».

Je lance un appel vibrant aux hommes politiques et aux institutions internationales de mettre l’agriculture au Cœur des débats et œuvrer dans le sens qui permettrait de remettre la machine Agricole en marche dans le pays enfin que Paix Durable soit !
Je lance un vibrant appel aux opérateurs économiques de considérer l’agriculture comme un business très porteur capable de générer d’énormes revenues. L’agriculture est en effet l’une sinon la seule activité qui génère plus de retour sur investissement qu’une autre activité humaine. Plantez une graine de maïs, et vous récolterez 300-500 graines; plantez 25 cm de bouture de manioc, vous récolterez 5-10kg de tubercules de manioc, 2-5 kg de feuilles et 20 x 25 cm de boutures de manioc ; plantez une noix de palme, après 4-5 ans vous récolterez chaque année et pendant près de 25 ans en moyenne 5 tonnes d’huiles de palme et de palmiste sans compter 20-30 litres de vin de palme que le palmier va vous offrir pour ambiancer vos soirées au village lorsque le palmier atteindra son fin de cycle. Quelle activité humaine donne un pourcentage de revenue aussi élevé ?

Il est aussi important de relever ici le fait que si vous déposez 1 million de CFA en Banque avec un taux de 14%, en 1 an vous gagnerez 140.000 CFA. Cependant si vous investissez par exemple la moitié de cette somme pour produire 3 ha de maïs dans les règles de l’art, le revenu de la vente du maïs va tourner minimum autour de 500.000 CFA, pratiquement 100% de gain en seulement 4 mois, 3 fois plus de gain généré que le double du montant déposé en banque pendant 1 an. Mais au-dessus et au-delà du gain financier personnel, vous auriez contribué à augmenter la banque alimentaire dans le pays de 6-9 tonnes de maïs qui feront la différence au quotidien chez des milliers de nos citoyens qui crèvent la dalle, et ça c’est une grâce qu’aucun montant d’argent ne peut acheter. Si vous ne saviez pas comment multiplier vos avoirs en les mettant aux services de cette nation, maintenant vous le savez, il ne reste plus qu’à cogner à cette porte.

Je lance un vibrant appel à la diaspora Centrafricaine partout où elle se trouve, au-dessus et au-delà de toute considération partisane, régionale, ethnique et religieuse, de vouloir bien se mobiliser pour aider nos parents à faire un peu plus cette saison Agricole. Nos parents sont fatigués et très même, beaucoup qui le peuvent encore le sont sous le coup du « Tramador ». Pour la « Diaspora Qui n’a pas » , 10.000 -20.000 CFA c’est déjà assez pour acheter du sucre et du café pour démarrer la journée en pompe avant d’aller affronter les travaux champêtres durant cette saison agricole. Pour la « Diaspora débrouillarde », 30.000-50.000 CFA vont permettre aux parents de recruter des temporaires lors du labour, la phase agricole la plus laborieuse. Pour la « Diaspora capable », 100.000 CFA pour « financer » une culture sur 1 ha. Nous sommes certes dans une zone de « Confort » dans des pays qui ont fait leur révolution verte à coup de sang et nous savons pertinemment qu’au bout du rouleau nous finirons chez nous. Pour rentrer et jouir de ce « Confort » chez nous, chacun devra apporter sa pierre à l’édifice et la situation de ce pays interpelle chacun de nous.

Je lance un vibrant appel aux fonctionnaires et employés du secteur privé qui croulent sous le poids de la vie car les salaires très très bas. « Regardez nos parents qui sont passés par là, d’autres Ministres, DG, Haut Gradé, cadres hors hiérarchie, etc… la vaste majorité d’entre eux, après plus de 30 ans de loyaux services dépendent encore de la pension de retraite pour joindre les deux bouts. Si de manière généreuse on suppose que la moyenne totale de votre salaire s’élevé à 200 000 CFA/mois sur 30 ans et que par magie vous ayez économisé 300 000 CFA/an, en 30 ans vous aurez économisé la minette cagnotte de 9 millions CFA. Sincèrement, combien vont à la retraite avec un montant pareil dans leur compte chez nous? Cependant, si vous allouez 10% votre salaire de 100 000 CFA à l’agriculture, en la première année vous aurez économisé 120 000 CFA pour financer à suffisance 1 ha de maïs. A la deuxième année, vous utilisez les revenues de la vente de votre ha de maïs pour passer à 2 ha, en gardant la même géométrie chaque année au bout de 10 ans vous aurez minimum 10 ha (pour les moins ambitieux). En seulement 10 ans de service et avec 10 ha sous la main, la vie commence à être belle, on peut rêver à passer à 15 ha, 20 ha et plus, les banques vous font la cour, la quinzaine du mois vous passe sans savoir, vous pouvez vous soignez et vous logez décemment, envoyer vos enfants dans les bonnes écoles, Madame peut se taper la petite Mercedes Compressor, etc… Pendant que vous seriez potentiellement entrain de rouler carrosse et attendez avec impatience la retraite pour profiter à fond, pour vos collègues qui auront fait comme la cigale ce sera peut-être tout le contraire. Voici une illustration simpliste d’un projet qui peut potentiellement changer le cours de votre vie et celle de votre lignée, avec un peu de sacrifice et un zeste de vision, tout ceci est possible, ceci s’appelle « Commencer petit mais rêver grand ». Faites comme Konan Kouassi, ce petit fonctionnaire de l’état qui s’est torché pour mettre sur pied 5 ha de palmiers à huile. Les revenues de ces 5 ha de palmier à huile une fois à maturité lui on permit de passer au fils des années à 28 ha avant sa retraite. Aujourd’hui à la retraite, ses 28 ha lui rapportent plus de 2000 euro/mois, l’équivalent de plus de 10 fois son salaire le plus élevé quand il était fonctionnaire et également un salaire plus élevé que son Ministre de tutelle pendant que son Directeur de service à la retraite attend ses maigres 100 000 cfa/par mois pour joindre les deux bouts. Prenez à bras le corps l’Agriculture comme un outil sérieux pour votre épanouissement et contribuez à semer les graines d’une Paix durable en RCA., et ça commence dès cette saison Agricole ».

Je lance un appel ardent à la jeunesse Centrafricaine, celle-là qui n’a plus de place dans cette société de « Fils de », celle-là avec un BAC + 3, une License, un Master et plus en est devenue vendeur à la sauvette, celle-là qui s’aligne en longueur de journées devant des bureaux et autres pour briguer un poste qui leur sucera tout le jus de leur jeunesse, celle-là qui voit des « toto tâte sa tête » occuper des hauts postes de responsabilité, celle-là qui a tout simplement cessé de rêver, à cette jeunesse là je dis, l’Agro-business, l’Agro-business, l’Agro-business…… Un trésor y est caché.

Sur l’échiquier « Easy of Doing business » de la Banque Mondiale, notre pays est classé 183/190, ce qui signifie de manière brute que les investisseurs internationaux sont à la limite interdit de venir faire du business en RCA. Les seuls business présents en RCA aujourd’hui sont:
1- Ceux qui étaient implantés dans le pays avant la crise ;
2- Ceux qui sont venus attirés par le gain que génère la crise.

Les investissements à long termes sont extrêmement rares, beaucoup de financements de coopération viennent faire « un petit tour et ils s’en vont ». Le milieu des affaires est hostile à l’investissement international. Mon épouse qui travaille dans le mythique centre financier de la City à Londres, où elle fait appel au quotidien à des philanthropes pour venir investir en RCA reçoit toujours la même réponse : « Vue la situation de votre pays, faites appel à nous quand vous aurez avancé dans vos projets ». D’ailleurs je me rappelle qu’à la Conférence de Brussels en 2016, elle avait réussi à faire déplacer une importante représentation des philanthropes Britanniques pour assister à la dite conférence, tous animés par l’esprit d’investir dans le secteur Agricole chez nous et une fois de plus nous avons fini à la même conclusion : on peut aller faire des forums à New York, Tokyo, Paris, Londres, Moscou, Pékin, Brussels, etc…. tant que notre discours ne va que consister à présenter le potentiel agroécologique que détient le pays sans mettre en avant ce que nous-mêmes avons déjà réalisé tel, par exemple nous avons en pépinière 2 millions plantes d’avocatiers (200 ha), 2 millions manguiers, etc… Et que nous voulons des investisseurs pour nous accompagner pour la suite, nous n’allons pas intéresser les investisseurs. Regardez au Kenya, pour avoir mis une politique agricole qui va dans ce sens, les investisseurs internationaux se bousculent sans cesse pour avoir une partie des 2-3% des terres arables restantes encore dans le pays. Aujourd’hui, nous-mêmes n’avons ni la quiétude et ni la capacité de produire ne serait-ce que des semences de manioc améliorées mais nous voulons que dans ce contexte que des financements et investissements étrangers nous tombent du ciel, zéro. CHANGEONS DE STRATEGIE à 180 dégrés… Le changement chez nous ne va que s’opérer que par nous. Il va falloir qu’on naisse de nos cendres, qu’on charbonne, qu’on sue du sang pour se tracter hors de ce merdier dans lequel on se trouve. Les investissements ne viendront cogner à nos portes que lorsque nous auront montré à la face du monde que nous nous sommes embarqués dans cette transformation. L’Agriculture, nous offre cette opportunité, chacun de nous est appelé à faire sa propre révolution verte et cela commence avec cette saison Agricole. 10 boutures de manioc plantées ici, 50 graines de mais par la, 100 graines d’arachide là-bas, 100 graines de haricots la haut, 200 graines de tomate en bas, etc…. chacun a son rythme pour occuper tous les espaces verts autour de la maison et au de-là. Dans 10 ans, ceux qui n’auront pas pris ce Train Agricole qui démarre se seront faits un tort.

J’étais venu m’installer au pays en fin 2012 pour poser les bases d’une agri-business villageoise, hélas la crise de 2013 a mis court au projet. J’y suis revenu en 2017 pour 6 mois, j’ai pu mettre sur pieds un champ de 6 ha de manioc sans traction mécanique (pour le plaisir des riverains), malgré les pertes colossales enregistrées, le bilan reste très positif et j’en sors très galvanisé. Aujourd’hui plus que hier, demain plus qu’au aujourd’hui, j’ai la ferme conviction que sortiront de notre sol des millionnaires, multi millionnaires, milliardaires et multi milliardaires agro entrepreneurs. Venez fils et filles de ce pays, venez-vous joindre à ce combat, il y a de la place pour TOUT LE MONDE….Même si on se réveille demain avec une population de 4 millions multipliée par 10, chacun des habitants produisant 1 ha, ce ne serait pas suffisant pour satisfaire la demande ALIMENTAIRE et ENERGETIQUE qui s’offrent à nous.

Pour donner le coup de manivelle et mettre une traction à cette vision Agricole, je vais mettre à contribution ceux-là qui n’attendent qu’à venir investir massivement dans le secteur Agricole chez nous. Pour y arriver, il va falloir que toutes les parties citées ci-dessus auxquelles j’ai fait appel se rallient autour des filières ci-dessous pour mettre les bases de cette stratégie qui va attirer ces investissements. Ceci peut s’exprimer par la mise en place des actions suivantes:
– Création d’un Parc à bois de Manioc de 100 ha pour générer suffisamment des boutures saines enfin d’initier le programme qui nous permettra avec le support des investisseurs d’atteindre le cap de 1 million d’ha ;
– Création d’une Pépinière de 200.000 avocatiers (Haas, Fuerte) pour initier un programme de
100.000 ha ;
– Création d’une Pépinière de 200.000 manguiers (Keith, Kent, Alphonso) pour initier un programme
de 100.000 ha ;
– Création d’une Pépinière de 20.000 palmiers à huile (Tenera) pour lancer le programme de palmerai
villageois enfin d’apporter main forte aux initiatives industrielles du palmier à huile déjà en place.
– Création d’un Champ pilote de 50 ha d’oignon pour initier un programme de 500 ha ;
– Création d’un Champ pilote de 50 ha de soya pour initier un programme de 10000 ha ;
– Création d’un Champ pilote de 50 ha d’arachide pour initier un programme de 10000 ha ;
– Création des Champs pilotes de 2000 ha de maïs pour initier un programme de 1 millions d’ha ;
– Création des Champs pilotes de 1000 ha de canne à sucre pour initier un programme de 5 millions d’ha qui nous permettront premièrement de pallier au déficit énergétique de la ville de Bangui, réduire nos importations de pétrole par la production de l’éthanol et en dernier par ricochet produire du sucre qui manque énormément dans le pays.
La liste de ce qu’on peut faire étant trop longue, le cœur de cette stratégie est de « Commencer » à mettre les bases des filières qui vont appâter les potentiels investisseurs et créer cet environnement où un investisseur va cacher un autre et une filière pouvant dérouler le tapis à une autre.

Nous avons chez nous simultanément en abondance les ingrédients requis pour y arriver, le sol, le soleil, la pluie et l’eau. En plus de ceci, le marché et la maitrise de la technologie agro-industrielle que je compte mettre à contribution dans ce processus sont comparable à une manne qui tombe du ciel, une opportunité agro industrielle inégalée dans l’histoire du pays qui se présente à nous. Tout ce qui nous manque aujourd’hui c’est la volonté politique et l’apport humain, oui l’apport humain, car il va falloir que chacun de nous donne un bout de soi car notre auto-suffissance alimentaire personne ne va nous le servir dans un plat, il va falloir aller l’arracher.

Si maintenant malgré tout ceci, chacun de nous choisit de commettre la plus « grosse bêtise de l’humanité » qui est celle qui voudrai qu’on « choisisse de ne rien faire considérant que ce qu’on peut faire est très peu », alors il ne nous restera plus qu’à prendre notre place de spectateur et savourer ce long, lourd et pénible spectacle que nous offre la RCA qui est comme un patient atteint d’une « Pneumonoultramicroscopicsilicovolcanoconiosis » en phase finale. Ce spectacle macabre ou plus de 70% des morts sont due aux causes directes et indirectes de la Faim, plus de 50% de la population n’a pas accès à l’eau potable, plus de 70% des enfants ne vont pas à l’école, un taux de mortalité infantile classé parmi les premiers dans le monde, dernier des derniers sur l’Index de Développement Humain (189/189), les symptômes d’une « Fin carburée par la Faim ».

RCA…. Le combat pour la « Fin de la Faim » a commencé, graine après graine nous vaincrons

Martiel EBA