L’attaquant sénégalais Sadio Mané célèbre sa victoire à l’issue de la finale de la CAN 2022, au stade Olembé, à Yaoundé, le 6 février 2022. CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Les Lions de la Teranga l’ont emporté au bout du suspens (0-0, 4-2 aux t.a.b.) face aux Pharaons en finale de la Coupe d’Afrique des nations, dimanche, à Yaoundé.
Par Mustapha Kessous(Yaoundé, envoyé spécial)

Il n’y a pas d’étoile dans le ciel noir de Yaoundé ; mais quand le stade d’Olembé s’éteint au début du concert de la cérémonie de clôture, les tribunes se transforment en une constellation où les lumières des téléphones sont autant d’astres qui brillent. Il n’y a pas d’étoile dans le ciel de Yaoundé ; mais une bande de Lions est venue au Cameroun pour la trouver, l’arracher, la décrocher et la broder à jamais près du cœur sur le maillot national. C’est ce que le Sénégal a réussi à réaliser, dimanche 6 février, en remportant la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), au stade Olembé, face à l’Egypte, après un match au bout du suspens (0-0, 4-2 aux t.a.b.).

Retour en arrière. Sénégal-Egypte, une affiche pleine de classe ; la promesse d’un duel sans précédant, qui ponctue en majesté la fin d’un tournoi endeuillé. En effet, le 24 janvier, peu avant Cameroun-Comores (2-1), huit personnes ont trouvé la mort dans une bousculade devant l’entrée Sud de l’arène. Une minute de silence a été observée avant la finale. La vie continue, le foot aussi.

Il n’y a pas d’étoile dans le ciel de Yaoundé, mais un joueur s’en rapproche : Sadio Mané. Avant le début du match, sur les écrans géants, le maillot du numéro 10 sénégalais est apparu : ovation du public. Puis, quelques minutes plus tard, le guide des Lions de la Teranga se rue, sourire d’un petit garçon, sur le gazon, les bras levés, haranguant la foule. Nouvelle ovation. Le Sénégal joue à la maison ; les Egyptiens, hués, n’ont pas le droit au même accueil.

Le penalty raté de Mané
Pour des journalistes venus en nombre de Dakar, cette finale, c’est « la guerre des étoiles ». Le Sénégal court depuis 1965 derrière sa première victoire. Cette grande nation du football n’a jamais remporté une Coupe d’Afrique. Quelle injustice ! Les Lions auraient pu l’emporter en 2002 (face au Cameroun, aux tirs au but) ou en 2019 (contre l’Algérie, 0-1). Pour leur troisième finale, la deuxième de suite, ils ont juré de la ramener au pays.

En face, l’Egypte compte sept victoires, palmarès inégalé. Sauf que leur meneur, l’intenable Mohamed Salah, ne l’a jamais gagnée : en 2017, il a perdu face au Cameroun, à son plus grand désespoir. Sénégal-Egypte, c’est aussi la confrontation entre deux comparses, deux stars, deux attaquants qui partagent le même maillot en club, celui de Liverpool. Mané-Salah, un duel entre deux grands noms du foot africain.

C’est parti. Comme face au Cameroun, l’Egypte accepte de laisser la balle à l’adversaire. Puis tout s’emballe : Saliou Ciss est fauché dans la surface (3e). L’arbitre n’hésite pas longtemps : penalty. Mané s’apprête à tirer, l’étoile n’est plus loin. Le public l’encourage en criant : « le but ». Il s’élance mais Gabaski, impérial, arrête la frappe. Le gardien numéro deux (le titulaire est blessé) stoppe une nouvelle fois un penalty, comme au tour précédant.

L’expérience égyptienne
On s’observe, on ne se découvre pas. Les Pharaons tentent de chercher Salah. Leur tactique est limpide : donner la balle au patron et laisser parler son génie. Les Sénégalais dominent nettement ; les Egyptiens ne paniquent pas en défense. Salah semble en jambes, même si, virtuellement, son équipe a joué un match de plus que son adversaire : pour arriver en finale, l’Egypte a en effet dû disputer trois prolongations.

Face au Sénégal, une muraille rouge est en place : comment trouver la faille ? La finale est serrée, fermée, technique, et peu spectaculaire. Les Sénégalais n’arrivent pas à se trouver dans la dernière passe, celle qui fera la différence. Salah semble vouloir, lui, conclure : chacun de ses contrôles est dangereux et fait la différence. L’Egypte joue comme des vieux briscards, à l’expérience, à coups de petits vices, multipliant les petites fautes pour casser le rythme des contre-attaques. Le Sénégal n’arrive pas à emballer cette finale.

A la reprise, l’intensité est tombée de plusieurs étages. Le Sénégal charge à plusieurs reprises mais Gabaski, toujours et encore, ne laisse rien passer. Quand il y a le feu à quelques centimètres de sa ligne de but, le gardien se jette dans les pieds, sans peur, pour attraper le ballon. Le match devient indécis, tendu. Même si le Sénégal domine, la finale peut basculer d’un côté comme de l’autre. Salah reste en embuscade pour distribuer des passes décisives.

Troisième séance de tirs au but pour les Pharaons
Bamba Dieng, virevoltant, aurait pu donner l’avantage à plusieurs reprises. On se dirige vers les prolongations, la quatrième pour les Pharaons, la première pour le Sénégal. La finale est sur un fil et Gabaski est infranchissable. L’Egypte s’entête dans sa stratégie : défendre et attendre la bonne contre-attaque. Elle ne joue pas, elle va le regretter…

Au bout du suspens, les Pharaons ont verrouillé la finale, annihilant le Sénégal et son jeu, incapable de s’exprimer. Fin des prolongations. Tirs au but, la troisième séance pour l’Egypte durant ce tournoi. Impensable.

Edouard Mendy, meilleur gardien au monde selon la FIFA, face à Gabaski, qui a sauvé son équipe des tas de fois. Après Mané-Salah, un autre duel s’annonce. Le public gronde quand un Egyptien s’apprête à tirer, il exulte quand un Lion s’approche : il exige que le Sénégal décroche cette satanée étoile.

Trois tirs à deux. Puis Mendy arrête le quatrième tir au but. Sadio Mané s’avance, le stade scande son nom ; Mohamed Salah se cache le visage avec son maillot. Le numéro 10 s’élance, marque, délivre son équipe, le stade, un peuple. L’étoile Mané vient d’enlever la Coupe d’Afrique des nations, la première, celle que tout le monde attendait. L’histoire a frappé une troisième fois à la porte du Sénégal. C’était la bonne. Pape Diouf, ancien président de l’Olympique de Marseille, décédé du Covid-19 à Dakar il y a près de deux ans, aurait aimé voir cette victoire. Ce soir-là, Il n’y a pas eu d’étoile dans le ciel noir de Yaoundé, mais sur la pelouse d’Olembé, le Sénégal l’a enfin trouvée.

Mustapha Kessous(Yaoundé, envoyé spécial)