L’avenue Kwame Nkrumah, dans le centre de Ouagadougou (image d’illustration).
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Par RFI Publié le 21-06-2019 Modifié le 21-06-2019 à 22:01

Au Burkina Faso, les députés ont adopté à 103 voix sur 114 votants un projet de loi pour modifier le Code pénal. Le texte a pour objectif d’encadrer la diffusion d’informations ou images durant les attaques terroristes dans le pays. Plusieurs députés de l’opposition ont boycotté la séance. Ils ont ensuite demandé sans succès le retrait du projet de loi. Les organisations de défense des droits de l’homme et de la liberté de presse parlent d’un recul démocratique. De son côté, le gouvernement soutient que ce projet de loi aidera les forces de défense et de sécurité dans leurs opérations.
Dès le début des débats, certains députés de l’opposition ont demandé le retrait du projet de loi pour permettre une plus large concertation. Au cours des échanges, remontés contre les propos d’un député de la majorité, ils ont quitté l’hémicycle.

« Liberticide »

Ils ont rappelé aux journalistes que toutes les organisations de défense des droits de l’homme avaient qualifié cette loi de « liberticide ». « Si ceux qui sont concernés par la loi ne sont pas d’accord, nous ne pouvons pas l’être » martèle Adama Sosso, de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Tous ceux quoi sont concernés par ce projet de loi a dit qu’il s’agissait d’un recul pour la démocratie et la liberté de la presse. Est-ce qu’entre Burkinabè, on ne peut pas se parler ? Qui est contre le Burkina ici ? »

Cette sortie d’une partie des députés de l’opposition n’a pas empêché l’examen du projet. « Voulons-nous que les Burkinabè n’aient plus droit à la vérité ? » a demandé un député. Un autre a renchéri : « Qui donnera l’autorisation pour la diffusion des informations ou images en cas d’attaque terroriste ? » « Comment se fera le suivi des millions d’internautes burkinabè pour savoir ceux qui font des publications compromettantes ? » a demandé de son côté un député de la majorité.

Face à toutes ces questions, René Bagoro, le ministre de la Justice a expliqué que le projet de loi visait à protéger les opérations des forces de défense et de sécurité et qu’il n’avait pas pour vocation à empêcher le travail des journalistes. « En cas d’attaque, on ne doit plus présenter les images des dégâts alors que les opérations sont toujours en cours, a-t-il déclaré. On n’a jamais dit dans le texte qu’il fallait une autorisation pour donner l’information. On a parlé d’informations « de nature à compromettre » ».

Le ministre de la Justice se dit disposé à poursuivre les discussions avec toutes les parties concernées afin que chacun comprenne le sens réel du nouveau texte.

« Malheureusement, nous n’avons pas été suivis dans notre demande de suspension… »
Urbain Yameogo, directeur exécutif du centre d’information et de formation sur les droits humains en Afrique.
21-06-2019 – Par Jeanne Richard