Depuis hier, lundi 27 juillet 2020, nous avons constaté l’arrêt du travail à l’Hôtel du Centre, l’un des fleurons du « Bangui la Coquette ». Ce bâtiment qui jadis faisait la fierté de tout un peuple est aujourd’hui au bord de l’explosion, la pandémie du Covid-19 n’arrangeant pas non plus les affaires de cet établissement. Ce n’est plus un secret pour personne, l’Hôtel du Centre cumule depuis des décennies tous les problèmes en tout genre.
Les Directions qui se sont succédées ont essayé tant bien que mal à redresser la barque, mais le navire tangue de trop.
Quels solutions, comment faire pour redorer le blason de ce monument situé en plein cœur de la capitale Bangui ? Est-il une priorité pour les autorités ? Et pour ces hommes et femmes qui pour prendre à bras le corps leur épineux « problèmes ».
Mbi la gué s’est entretenu pour un cours instant avec Mme Grâce NZENGOU, l’une des employée en grève, Cheffe de réception..

Que se passe-t-il en ce moment à l’Hôtel du Centre ?
Le personnel s’est mis en grève après un préavis de 8 jours sans suite favorable.

Pourquoi ce mouvement? Quelles sont vos revendications ?
Nous demandons à l’État par le biais du Ministère des Finances de nous payer nos factures, c’est-à-dire le reliquat du croisement des dettes en notre faveur (ce que l’État nous doit moins ce que nous lui devons). Il s’élève aujourd’hui à 233 473 820 Frs CFA. Nous demandons également le paiement des factures des 5 Ministres logés actuellement à l’hôtel.

Que disent votre Direction, votre Ministère de tutelle et le Ministère des Finances ?
La Direction, elle a tout fait, c’est notre droit.
Le Ministère de tutelle nous demande de patienter. « Nos arriérés de salaires seront payés bientôt (5mois) et nos droits légaux liés à la privatisation en décembre » nous a-t-on dit.

Comment assurez-vous votre quotidien ?
Le quotidien est très difficile, pour manger, le loyer, la scolarité des enfants…
Et aussi le transport pour venir au travail… Ce qui fait que certains ne sont pas réguliers. Difficultés à payer l’ENERCA et la SODECA. L’ENERCA nous a même coupé l’électricité plusieurs fois. Et bien évidemment difficultés à satisfaire les clients.

Quelles sont les situations les plus délicates au milieu du personnel ?
Des collègues tombent malades, d’autres sont amaigris et il y a même eu un décès au milieu de nous.

Jusqu’à quand ce mouvement ?
Ce mouvement ira jusqu’à satisfaction.

Quelles ont été les différentes réactions du côté de l’Etat depuis hier ?
Pas de réaction. Rien. C’est après la rencontre des représentants du personnel avec le Ministre de tutelle hier que le mouvement a commencé.
C’est l’État qui nous doit depuis 1985. Avec le Covid-19 nos difficultés ont empiré d’où ces arriérés de 6 mois si l’on compte le mois de juillet.
Attendre décembre pour recevoir nos droits légaux ? Cela ne figurait pas dans nos revendications mais soulevé par le Ministre, ce qui veut dire que le nouveau preneur, un Libanais, est prêt pour démarrer ses travaux. Qu’est-ce que nous faisons ? Nous allons rentrer à la maison et attendre décembre ? Et à la reprise ce n’est même pas sûr qu’il nous reprenne tous !
La loi dit qu’avant qu’un preneur vienne, l’ancien employeur doit payer les droits du personnel. Notre employeur c’est l’État.
C’est donc une revendication en plus : si nos droits ne sont pas payés, le repreneur ne commence pas ses travaux.

Un dernier mot, un message ?
 » Nous sommes aussi Centrafricains. Cette société a beaucoup aidé l’État. Nous avons fait beaucoup de sacrifices. Que notre employeur se souvienne de nous, qu’il essaie d’imaginer comment nous vivons. Qu’il nous satisfasse. Nos 233 millions et nos droits légaux. Et qu’il réfléchisse bien sur la privatisation : il n’y a que des Libanais? Tout Bangui à eux? « 

Nous vous souhaitons beaucoup de courage
Je vous remercie.

Propos recueillis par Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET