Les États-Unis avaient accusé le Soudan de soutenir des groupes jihadistes. Ebrahim Hamid, AFP
Texte par : FRANCE 24
Publié le : 17/09/2019 – 12:34
Modifié le : 18/09/2019 – 07:55

En visite à Khartoum, le chef du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian, s’est attaché, lundi, à montrer le soutien de Paris à la transition en cours au Soudan. Il a également annoncé une aide de 60 millions d’euros pour aider à la transformation du pays.

Une visite au Soudan. La première du genre de la part d’un haut diplomate français en plus d’une décennie. Lors d’une conférence de presse à Khartoum, le chef du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian, a déclaré, lundi 16 septembre, que Paris ferait pression en faveur du retrait de ce pays de la liste noire américaine des « États soutenant le terrorisme ».

Le ministre des Affaires étrangères a également plaidé pour la réintégration du Soudan à la communauté internationale. Ce déplacement officiel intervient alors que le pays est entré dans une période de transition, après des décennies d’autoritarisme sous Omar el-Béchir, destitué par l’armée le 11 avril sous la pression populaire.

« Nous allons user de notre influence pour que le Soudan soit retiré de cette liste », a indiqué le ministre français lors d’une conférence de presse avec son homologue Asma Mohamed Abdallah, la première femme à occuper ce poste dans l’histoire du pays.

« Les engagements pris, la manière dont l’armée a perçu son rôle pendant cette période, tout cela va dans le sens d’une sortie du Soudan de cette liste », a-t-il répondu à une question de l’AFP sur le sujet. Une démarche qui vise à permettre « une relation nouvelle (du Soudan) avec les institutions financières (…) », a-t-il argumenté.

« Nous avons décidé d’engager 60 millions d’euros, dont 15 millions très rapidement, pour aider la transformation du Soudan et sa révolution pacifique », a-t-il également déclaré.

« Il s’agit d’une aide d’un montant important, et la visite elle-même d’un ministre d’un pays aussi influent que la France est une marque de soutien moral pour le peuple soudanais qui a mené cette révolution et triomphé », confie à France 24 Salahedin al-Douma, expert soudanais des relations internationales.

Une économie à genoux

L’inscription depuis des décennies du Soudan sur cette liste et les sanctions américaines imposées pendant 20 ans (1997-2017) ont isolé ce pays et asphyxié son économie. La contestation qui a mené à la destitution d’Omar el-Béchir a été déclenchée en décembre 2018 par le triplement du prix du pain.

Washington avait accusé Khartoum e violation des droits humains, notamment au Darfour, et de soutenir des groupes jihadistes : le fondateur d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden, a vécu dans la capitale soudanaise entre 1992 et 1996.

Jean-Yves Le Drian a également rencontré le Premier ministre Abdallah Hamdok et le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil souverain, un organe composé à la fois de civils et de militaires, fruit d’un accord âprement négocié entre l’armée et la contestation sur la période de transition.

« Les Soudanais attendent de la France et de la communauté internationale qu’ils fassent pression sur le conseil militaire et ses appuis régionaux afin qu’il permette au gouvernement qui représente les aspirations du peuple d’appliquer sa politique », a souligné Salahedin al-Douma.

Le chef de la diplomatie française a aussi réitéré le soutien de la France à Khartoum face aux défis à venir : reconstruire une économie moribonde et conclure des accords de paix avec les groupes rebelles dans les zones de conflit des Etats du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil-Bleu.

Avec AFP et Reuters