Un chasseur-bombardier turc F-16 revient de mission, le 10 octobre 2019, dans une base aérienne de la province de Diyarbakir.
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Par RFI Publié le 10-10-2019 Modifié le 10-10-2019 à 14:13

Ce jeudi 10 octobre, les forces kurdes en Syrie luttent face à la Turquie pour tenter de contenir un assaut d’Ankara dans le nord-est du pays en guerre, faisant craindre une nouvelle crise humanitaire. L’objectif affiché de l’offensive, menée avec des supplétifs syriens, est d’éloigner de la frontière la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG).

À la mi-journée, la situation semble confuse, indique l’un de nos correspondants dans la région, Paul Khalifeh. Les combats sont ininterrompus sur un front de plusieurs dizaines de kilomètres. Jeudi matin, les forces démocratiques syriennes, les FDS dominées par les Kurdes, ont annoncé avoir repoussé un nouvel assaut terrestre de l’armée turque, le deuxième en moins de 24h à la frontière entre les deux pays à la province de Hassake.

Quelques heures plus tard, un responsable militaire des FDS a déclaré à l’agence Reuters que des combats féroces se déroulent dans plusieurs localités syriennes après des tentatives d’avancée de l’armée turque et de ses milices supplétives syriennes. Une source proche de Damas affirme de son côté que l’armée turque est bien entrée dans cinq villages au moins. Les combats aux sols s’accompagnent de violents raids aériens et de tirs intensifs d’artillerie contre des cibles militaires mais aussi contre des infrastructures civiles comme des silos ainsi qu’une raffinerie et un barrage.

Que deviennent les combattants du groupe État islamique détenus par les Kurdes ?

Il s’agit d’une question délicate puisque 10 000 membres de l’EI dont 2 000 étrangers, sont détenus par les Kurdes, un responsable des FDS a d’ailleurs accusé l’armée turque d’avoir bombardé ce jeudi la prison de de Chirkin, dans la ville de Kamichli où sont détenus des combattants du groupe extrémiste.

Ces responsables affirment que les Turques tentent d’ouvrir des brèches dans l’enceinte de la prison pour provoquer la fuite de ces jihadistes. Par précaution, les détenus les plus dangereux ont été remis aux forces américaines ; Donald Trump a annoncé ce jeudi que deux membres de l’EI qu’il a qualifié de « pire des pires » ont été transférés en dehors de la Syrie. Le Washington Post affirme, lui, que quarante commandants du groupe terroriste sont désormais aux mains des troupes américaines.

L’heure n’est pas encore réellement à la négociation diplomatique, mais Sergueï Lavrov le chef de la diplomatie russe l’a affirmé ce matin, écrit notre correspondant à Moscou,Daniel Vallot, « nous allons utiliser nos bonnes relations avec toutes les parties prenantes au conflit pour renouer le dialogue et trouver une solution politique à cette nouvelle crise ».

L’idée serait que ce soit l’armée syrienne qui contrôle de nouveau la frontière entre la Syrie et la Turquie, cela permettrait à Ankara de renoncer à son projet de zone tampon et donc à son intervention militaire, et, pour cela Moscou propose d’instaurer un double dialogue, d’une part entre Damas et Ankara et d’autre part entre les Kurdes de Syrie et le régime de Bachar el-Assad, car il faut un accord entre les Kurdes et le régime syrien pour que ce retour de l’armée soit possible le long de la frontière.

La Russie qui veut jouer la carte du dialogue pour éviter un embrasement militaire, n’a, en réalité, pas vraiment d’autre option car elle doit ménager la Turquie dont elle a besoin pour parvenir à une solution politique globale en Syrie et c’est son objectif numéro un depuis qu’elle a sauvé militairement Bachar el-Assad. La Russie qui insiste beaucoup donc depuis hier, et le début de cette intervention militaire turque sur le fait qu’Ankara l’a tenu informé, l’a prévenu de cette opération, « nous sommes en contact régulier avec la Turquie », insistait ce matin Sergueï Lavrov, et cela à tous les niveaux y compris au niveau militaire a précisé le chef de la diplomatie russe.