Le président russe, Vladimir Poutine, serre la main du président turc, Recep Tayyip Erdogan, lors de leur conférence de presse conjointe à la suite des pourparlers russo-turcs dans la station balnéaire de Sochi, en Russie, le 22 octobre 2019. Sergei Chirikov, Pool, Reuters
Texte par : FRANCE 24
Publié le : 22/10/2019 – 21:23 Modifié le : 23/10/2019 – 01:17

Les présidents russe et turc se sont accordés mardi sur un retrait des forces kurdes du Nord-Est syrien, prenant le contrôle en commun de la majeure partie de cette zone en proie à un conflit croissant entre Ankara et combattants kurdes.

À Sotchi, sur les bords de la mer Noire, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan sont finalement tombés d’accord, mardi 22 octobre, après six heures de négociations. La Turquie et la Russie se sont entendues sur un départ des combattants des Unités de protection du peuple (YPG) d’une zone de 30 km de profondeur le long la frontière syro-turque, ce qui va permettre d’éviter une reprise de l’offensive des forces d’Ankara, a annoncé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Aux termes de l’accord, la police militaire russe et des garde-frontière syriens vont se déployer le long d’une partie de la frontière à partir de midi mercredi pour faciliter le retrait des derniers combattants kurdes et de leurs armes.

Ce retrait devrait être parachevé dans six jours, a précisé Sergueï Lavrov, selon lequel l’accord russo-turc mettra fin au bain de sang dans la région.

Appel entre Poutine et Assad

Les présidents russe et turc se sont aussi entendus sur le retrait des combattants kurdes des villes de Manbij et Tel Rifaat.

« Le principal objectif de l’opération est d’obtenir le départ des organisations terroristes PKK/YPG de la région et de faciliter le retour des réfugiés syriens », a déclaré Erdogan aux côtés de son homologue russe. « Cette opération garantit aussi l’intégrité territoriale et l’unité politique de la Syrie », a-t-il ajouté.

Vladimir Poutine a téléphoné à son homologue syrien Bachar al-Assad pour l’informer du contenu de l’accord, a fait savoir la présidence syrienne, promettant de poursuivre sa « lutte contre le terrorisme sur le territoire syrien par tous les moyens légitimes ».

La Turquie considère la milice kurde syrienne des YPG comme une organisation terroriste liée aux séparatistes kurdes du sud-est de son territoire. Elle souhaite établir une « zone de sécurité » en Syrie, le long de sa frontière, dont les YPG seraient exclues.

Une fois les combattants kurdes partis, les armées russe et turque effectueront des patrouilles conjointes dans le nord de la Syrie, jusqu’à dix kilomètres de la frontière, prévoit l’accord conclu à Sotchi. Les deux pays vont aussi travailler ensemble au retour des réfugiés syriens qui vivent en Turquie, a déclaré Erdogan.

Les Kurdes assurent qu’ils se sont retirés

En annonçant une pause des opérations militaires jeudi dernier sous la pression des États-Unis, le président turc avait donné aux miliciens kurdes jusqu’à 22 h mardi (19 h GMT) pour effectuer leur retrait de la région frontalière, sous peine de reprendre son offensive.

Le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les YPG sont la principale composante, a assuré que ses hommes avaient respecté toutes les conditions de la trêve, selon un membre de l’administration américaine.

De leur côté, les États-Unis ont informé la Turquie que le retrait des combattants kurdes de la « zone de sécurité » était terminé, a déclaré le ministère turc de la Défense dans la nuit de mardi à mercredi. Il n’est pas nécessaire à l’heure actuelle de lancer une opération supplémentaire dans le Nord-Est syrien, précise la diplomatie turque dans un communiqué.

La Turquie dit vouloir sécuriser les 440 km de frontière avec la Syrie mais son offensive s’est pour l’instant concentrée sur deux localités dans le centre de cette bande de territoire, Ras al-Aïn et Tal Abyad, distantes de 120 km.

À l’occasion d’une rare visite dans la province d’Idlib, près du dernier grand bastion rebelle dans le nord-ouest de la Syrie, le président syrien Bachar al-Assad a qualifié Erdogan de « voleur ». « Maintenant il vole notre terre », a-t-il dit, cité par les médias syriens.

Avec Reuters