Capture d’écran du compte Instagram @africaforblacklives © africaforblacklives / Instagram
Texte par : Mélissa BARRA
Publié le : 19/06/2020 – 22:38 Modifié le : 19/06/2020 – 22:38

Un collectif d’artistes ouest-africains s’est emparé des réseaux sociaux pour soutenir le mouvement « Black Lives Matter » depuis le continent. A travers le hashtag #AfricaforBlackLives, ils cherchent à mobiliser davantage la société civile africaine.

Point fermé, le regard déterminé, la chanteuse malienne Fatoumata Diawara prend la pose devant une pancarte marquée #AfricaforBlackLives. Elle a posté cette photo le 8 juin sur son compte Instagram à l’appel du collectif du même nom. Ce collectif a lancé début juin une campagne pour rassembler en ligne les soutiens africains au mouvement « Black Lives Matter ».

Après la lettre ouverte d’une centaine d’écrivains du continent, c’est au tour de personnalités du monde de la culture et des influenceurs principalement francophones de relancer la mobilisation antiraciste sur les réseaux sociaux, la crise sanitaire ayant fortement limité la participation aux manifestations.

« Il ne s’agit pas uniquement d’un mouvement américain. Nous l’avons vu avec des manifestations de masse en Europe », explique à France 24 Antoine Tempé, photographe franco-américain basé à Dakar et co-fondateur du collectif #AfricaforBlackLives. « Nous souhaitons montrer que l’Afrique n’est pas muette. »

« A l’époque, aucune voix officielle ne s’est élevée »

En Afrique, la contestation autour de la mort de George Floyd et des violences racistes s’est manifesté surtout dans les pays anglophones comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana.

Antoine Tempé et Nathalie Vairac, comédienne d’origine guadeloupéenne et indienne, installée à Dakar également, se sont étonnés de la réaction tardive dans l’Ouest africain.

« Il y a eu des velléités de manifestation, mais à cause du coronavirus elles n’ont pas été autorisées » pointe Antoine Tempé. « A l’époque, aucune voix officielle ne s’est élevée pour dénoncer le crime commis contre George Floyd », ajoute Wise Bayano, « artiviste » sénégalais et représentant des cultures urbaines. Le 3 juin, #AfricaforBlackLives postait une première série de photos.

« Il n’y aura jamais assez de petits mouvements pour la paix »

La multiplication de collectifs (à mot-dièse) sur les réseaux sociaux comme #AfricaforBlackLives ne va pas sans évoquer la force des happening en ligne en temps de pandémie comme le #BlackOutTuesday. 28 millions de personnes à travers le monde avaient posté sur Instagram un carré noir aux lendemains de la mort de Georges Floyd.

« Nous avons pris note de l’importance des réseaux », affirme le photographe Antoine Tempé. Le mouvement d’artistes africains joue à petite échelle, avec moins d’une centaine de publications sur Instagram. Leur démarche court le risque de se noyer dans la masse d’événements virtuels. « Nous ne voyons pas un hashtag comme un produit de plus », répond Nathalie Vairac. « Car il n’y aura jamais assez de petits mouvements pour la paix ou de petites solidarités. »

Le collectif veut désormais s’approprier les rues et organiser des rassemblements autour du graffiti et de l’art urbain, avec un sens plus large.

« Nous souhaitons créer un mouvement d’union pour nous solidariser de tout être humain subissant des violences, à commencer par les brutalités sur notre continent », peut-on lire dans un communiqué du collectif sénégalais.

« Le cas George Floyd a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il nous invite à agir contre toutes violences et la violation des droits humains dans toute l’Afrique de l’ouest », conclut la co-fondatrice de #AfricaforBlackLives.